‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 134 sur 766 · AUGUSTE, LIME · texte numérisé non relu

AUGUSTE, LIME

AUGUSTE

Madame, on me trahit, et la main qui me tue Rend sous mes déplaisirs ma constance abattue. Cinna, Cinna le traître...

LIVIE

Euphorbe m'a tout dit, Seigneur, et j'ai pâli cent fois à ce récit. Mais écouteriez-vous les conseils d'une femme?

AUGUSTE

Hélas ! de quel conseil est capable mon âme ?

LIVIE

Votre sévérité, sans produire aucun fruit, Seigneur, jusqu'à présent a fait beaucoup de bruit; Par les peines d'un autre aucun ne s'intimide : Salvidien à bas a soulevé Lépide ; Murène a succédé, Cépion Ta suivi :

Le jour à tous les deux dans les tourments ravi N'a point mêlé de crainte à la fureur d'Égnace, Dont Cinna maintenant ose prendre la place ; Et dans les plus bas rangs les noms les plus abjects Ont voulu s'ennoblir par de si hauts projets. Après avoir en vain puni leur insolence, Essayez sur Cinna ce que peut la clémence, Faites son châtiment de sa confusion, Cherchez le plus utile en cette occasion : Sa peine peut aigrir une ville animée, Son pardon peut servir à votre renommée; Et ceux que vos rigueurs ne font qu'effaroucher Peut-être à vos bontés se laisseront toucher.

AUGUSTE

Gagnons -les tout à fait en quittant cet empire Qui nous rend odieux, contre qui l'on conspire. J'ai trop par vos avis consulté là-dessus ; Ne m'en parlez jamais, je ne consulte plus.

Cesse de soupirer, Rome, pour ta franchise; Si je t'ai mise aux fers, moi-même je les brise, Et te rends ton état, après l'avoir conquis, Plus paisible et plus grand que je ne te l'ai pris : Si tu veux me haïr, hais-moi sans plus rien feindre ; Si tu me veux aimer, aime-moi sans me craindre: De tout ce qu'eut Sylla de puissance et d'honneur, Lassé comme il en fut, j'aspire à son bonheur.

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