‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 140 sur 766 · CINNA, ACTE V, SCENE II · texte numérisé non relu

CINNA, ACTE V, SCENE II

Les Cosses, les Métels, les Pauls, les Fabiens, Et tant d'autres enfin de qui les grands courages Des héros de leur sang sont les vives images, Quittent le noble orgueil d'un sang si généreux Jusqu'à pouvoir souffrir que tu règnes sur eux? Parle, parle, il est temps.

CINNA

Je demeure stupide , Non que votre colère ou la mort m'intimide : Je vois qu'on m'a trahi, vous m'y voyez rêver, Et j'en cherche l'auteur sans le pouvoir trouver.

Mais c'est trop y tenir toute l'âme occupée : Seigneur, je suis Romain, et du sang de Pompée. Le père et les deux fils lâchement égorgés, Par la mort de César étaient trop peu vengés ; C'est là d'un beau dessein l'illustre et seule cause : Et puisqu'à vos rigueurs la trahison m'expose, N'attendez pas de moi d'infâmes repentirs, D'inutiles regrets, ni de honteux soupirs ; Le sort vous est propice autant qu'il m'est contraire; Je sais ce que j'ai fait, et ce qu'il vous faut faire. Vous devez un exemple à la postérité, Et mon trépas importe à votre sûreté.

AUGUSTE

Tu me braves, Cinna, tu fais le magnanime, Et, loin de t'excuser, tu couronnes ton crime. Voyons si ta constance ira jusques au bout. Tu sais ce qui t'est dû, tu vois que je sais tout ; Fais ton arrêt toi-même, et choisis tes supplices.

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