‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 154 sur 766 · POLYEUCTE, NÉARQUE , PAULINE, STRATONICE · texte numérisé non relu

POLYEUCTE, NÉARQUE , PAULINE, STRATONICE

polyeucte. [sent :

C'est trop verser de pleurs ; il est temps qu'ils taris- Que votre douleur cesse, et vos craintes finissent ; Malgré les faux avis par vos dieux envoyés, Je suis vivant, madame, et vous me revoyez.

PAULINE

Le jour est encor long, et, ce qui plus m'effraie, La moitié de l'avis se trouve déjà vraie ; J'ai cru Sévère mort, et je le vois ici.

Je le sais ; mais enfin j'en prends peu de souci. Je suis dans Mélitène, et, quel que soit Sévère, Votre père y commande et l'on m'y considère, Et je ne pense pas o)u'on puisse avec raison D'un cœur tel que le sien craindre une trahison : On m'avait assuré qu'il vous faisait visite, Et je venais lui rendre un honneur qu'il mérite.

PAULINE

Il vient de me quitter assez triste et confus ; Mais j'ai gagné sur lui qu'il ne me verra plus.

Quoi '.vous me soupçonnez déjà de quelque ombrage?

Je ferais à tous trois un trop sensible outrage. J'assure mon repos, que troublent ses regards : La vertu la plus ferme évite les hasards ; Oui s'expose au péril veut bien trouver sa perte : Et pour vous en parler avec une âme ouverte, Depuis qu'un vrai mérite a pu nous enflammer, Sa présence toujours a droit de nous charmer. Outre qu'on doit rougir de s'en laisser surprendre, On souffre à résister, on souffre à s'en défendre ; Et bien que la vertu triomphe de ces feux, La victoire est pénible, et le combat honteux.

0 vertu trop parfaite, et devoir trop sincère, Que vous devez coûter de regrets à Sévère! [reuxl Qu'aux dépens d'un beau feu vous me rendez heu- Et que vous êtes doux à mon cœur amoureux ! Plus je vois mes défauts et plus je vous contemple , Plus j'admire...

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