‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 156 sur 766 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

NÉARQUE

Où pensez-vous aller?

Au temple où l'on m'appelle.

NÉARQUE

Quoi ! vous mêler aux vœux d'une troupe infidèle ! Oubliez-vous déjà que vous êtes chrétien ?

Vous par qui je le suis, vous en souvient-il bien ?

NÉARQUE

J'abhorre les faux dieux.

Et moi, je les déteste.

NÉARQUE

Je tiens leur culte impie.

Et je le tiens funeste.

NÉARQUE

Fuyez donc leurs autels.

Je les veux renverser, Et mourir dans leur temple, ou les y terrasser. Allons, mon cher Néarque, allons aux yeux des hom- Braveri'idolâtrie, et montrer qui nous sommes :[mes C'est l'attente du ciel, il nous la faut remplir ; Je viens de le promettre, et je vais l'accomplir. Je rends grâces au Dieu que tu m'as fait connaître De cette occasion qu'il a si tôt fait naître, Où déjà sa bonté, prête à me couronner,

Daigne éprouver la foi qu'il vient de me donner.

NÉAEQUE.

Ce zèle est trop ardent, souffrez qu'il se modère.

On n'en peut avoir trop pour le Dieu qu'on révère.

NÉAEQUE.

Vous trouverez la mort.

Je la cherche pour lui.

NÉAEQUE.

Et si ce cœur s'ébranle ?

Il sera mon appui.

NÉAEQUE.

Il ne commande point que l'on s'y précipite.

Plus elle est volontaire, et plus elle mérite.

NÉAEQUE.

Il suffît, sans chercher, d'attendre et de souffrir.

On souffre avec regret quand on n'ose s'offrir.

NÉAEQUE.

Mais dans ce temple enfin la mort est assurée.

Mais dans le ciel déjà la palme est préparée.

NÉAEQUE.

Par une sainte vie il faut la mériter.

Mes crimes, en vivant, me la pourraient ôter. Pourquoi mettre au hasard ce que la mort assure? Quand elle ouvre le ciel, peut-elle sembler dure ? Je suis chrétien, Néarque, et le suis tout à fait ; La foi que j'ai reçue aspire à son effet. Qui fuit croit lâchement, et n'a qu'une foi morte.

NÉARQUE

Ménagez votre vie, à Dieu même elle importe ; Vivez pour protéger les chrétiens en ces lieux.

L'exemple de ma mort les fortifira mieux.

NÉAEQUE.

Vous voulez donc mourir ?

Vous aimez donc à vivre?

NÉAEQUE.

Je ne puis déguiser que j'ai peine à vous suivre. Sous l'horreur des tourments je crains de succompolyeucte. [ber.

Qui marche assurément n'a point peur de tomber : Dieu fait part, au besoin, de sa force infinie. Qui craint de le nier, dans son âme le nie, 11 croit le pouvoir faire, et doute de sa foi.

NÉAEQUE.

Qui n'appréhende rien présume trop de soi.

J'attends tout de sa grâce, et rien de ma faiblesse. Mais, loin de me presser, il faut que je vous presse!

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