POLYEUCTE, ACTE V, SCÈNE
Leur Dieu seul excepté, toute sorte de dieux : [Rome ; Tous les monstres d'Egypte ont leurs temples dans Nos aïeux à leur gré faisaient un dieu d'un homme ; Et leur sang parmi nous conservant leurs erreurs, Nous remplissons le ciel de tous nos empereurs : Mais, à parler sans fard de tant d'apothéoses, L'effet est bien douteux de ces métamorphoses.
Les chrétiens n'ont qu'un Dieu, maître absolu de De qui le seul vouloirfaittout ce qu'il résout: [tout, Mais, si j'ose entre nous dire ce qu'il me semble, Les nôtres bien souvent s'accordent mal ensemble ; Et, me dût leur colère écraser à tes yeux, Nous en avons beaucoup pour être de vrais dieux. Enfin chez les chrétiens les mœurs sont innocentes, Les vices détestés, les vertus florissantes ; Ils font des vœux pour nous qui les persécutons, Et, depuis tant de temps que nous les tourmentons, Les a-t-on vus mutins ? les a-t-on vus rebelles ? Nos princes ont-ils eu des soldats plus fidèles? Furieux dans la guerre, ils souffrent nos bourreaux; Et, lions au combat, ils meurent en agneaux. J'ai trop de pitié d'eux pour ne les pas défendre. Allons trouver Félix ; commençons par son gendre ; Et contentons ainsi, d'une seule action, Et Pauline, et ma gloire, et ma compassion.