‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 172 sur 766 · FÉLIX, POLYEUCTE, ALBIN · texte numérisé non relu

FÉLIX, POLYEUCTE, ALBIN

As-tu donc pour la vie une haine si forte, Malheureux Polyeucte? et la loi des chrétiens T'ordonne-t-elle ainsi d'abandonner les tiens?

Je ne hais point la vie, et j'en aime l'usage, Mais sans attachement qui sente l'esclavage,

| Toujours prêt à la rendre au Dieu dont je la tiens ;

i La raison me l'ordonne, et la loi des chrétiens;

| Et je vous montre à tous par là comme il faut vivre,

! Si vous avez le cœur assez bon pour me suivre.

FÉLIX

Te suivre dans l'abîme où tu te veux jeter?

! Mais plutôt dans la gloire où je m'en vais monter.

FÉLIX

Donne-moi pour le moins le temps de la connaître ; Pour me faire chrétien, sers-moi de guide à l'être; Et ne dédaigne pas de m'instruire en ta foi, Ou toi-même à ton Dieu tu répondras de moi.

N'en riez point, Félix, il sera votre juge ; Vous ne trouverez pas devant lui de refuge ; Les rois et les bergers y sont d'un même rang : De tous les siens sur vous il vengera le sang.

FÉLIX

Je n'en répandrai plus, et, quoi qu'il en arrive, Dans la foi des chrétiens je souffrirai qu'on vive; J'en serai protecteur.

Non, non, persécutez, Et soyez l'instrument de nos félicités : [ces ;

Celle d'un vrai chrétien n'est que dans les souffran- Les plus cruels tourments lui sont des récompenses. Dieu, qui rend le centuple aux bonnes actions, Pour comble donne encor les persécutions : [dre ; Mais ces secrets pour vous sont fâcheux à compren- Ce n'est qu'à ses élus que Dieu les fait entendre.

FÉLIX

Je te parle sans fard, et veux être chrétien.

Qui peut donc retarder l'effet d'un si grand bien ?

FÉLIX

La présence importune...

Et de qui? de Sévère?

FELIX

Pour lui seul contre toi j'ai feiut tant de colère : Dissimule un moment jusques à son départ.

Félix , c'est donc ainsi que vous parlez sans fard? Portez à vos païens, portez à vos idoles, Le sucre empoisonné que sèment vos paroles. Un chrétien ne craint rien, ne dissimule rien; Aux yeux de tout le monde il est toujours chrétien.

FÉLIX

Ce zèle de ta foi ne sert qu'à te séduire,

Si tu cours à la mort plutôt que de m'instruire.

Je vous en parlerais ici hors de saison; Elle est un don du ciel, et non de la raison ; Et c'est là que bientôt, voyant Dieu face à face, Plus aisément pour vous j'obtiendrai cette grâce.

FÉLIX

Ta perte cependant me va désespérer.

Vous avez en vos mains de quoi la réparer;

En vous ôtant un gendre, on vous en donne un autre

Dont la condition répond mieux à la vôtre ;

Ma perte n'est pour vous qu'un change avantageux.

FÉLIX

Cesse de me tenir ce discours outrageux.

Je t'ai considéré plus que tu ne mérites;

Mais, malgré ma bonté, qui croît plus tu l'irrites,

Cette insolence enfin te rendrait odieux,

Et je me vengerais aussi bien que nos dieux.

Quoi ! vous changez bien tôt d'humeur et de langage! Le zèle de vos dieux rentre en votre courage ! Celui d'être chrétien s'échappe! et par hasard Je vous viens d'obliger à me parler sans fard !

FÉLIX

Va, ne présume pas que, quoi que je te jure, De tes nouveaux docteurs je suive l'imposture. Je flattais ta manie, afin de t'arracher Du honteux précipice où tu vas trébucher ; Je voulais gagner temps pour ménager ta vie Après l'éloignement d'un flatteur de Décie : Mais j'ai trop fait d'inj ure à nos dieux tout-puissants; Choisis de leur donner ton sang, ou de l'encens.

Mon choix n'est point douteux. Mais j'aperçois Pau- 0 ciel ! [line :

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