FÉLIX, PAULINE, ALBIN
PAULINE
Père barbare, achève, achève ton ouvrage ; Cette seconde hostie est digne de ta rage :' Joins ta fille à ton gendre ; ose : que tardes-tu ? Tu vois le même crime, ou la même vertu : Ta barbarie en elle a les mêmes matières. Mon époux en mourant m'a laissé ses lumières ; Son sang, dont tesbourreaux viennent de me couvrir, M'a dessillé les yeux, et me les vient d'ouvrir. Je vois, je sais, je crois, je suis désabusée : De ce bienheureux sang tu me vois baptisée ; Je suis chrétienne enfin, n'est-ce point assez dit? Conserve en me perdant ton rang et ton crédit ; Redoute l'empereur, appréhende Sévère :
Si tu ne veux périr, ma perte est nécessaire; Polyeucte m'appelle à cet heureux trépas ; Je vois Néarque et lui qui me tendent les bras. Mène, mène-moi voir tes dieux que je déteste; Ils n'en ont brisé qu'un, je briserai le reste. On m'y verra braver tout ce que vous craignez, Ces foudres impuissants qu'en leurs mains vous
[peignez, Et, saintement rebelle aux lois de la naissance, Une fois envers toi manquer d'obéissance. Ce n'est point ma douleur que par là je fais voir ; C'est la grâce qui parle, et non le désespoir. Le faut-il dire encor, Félix? je suis chrétienne ; Affermis par ma mort ta fortune et la mienne ; Le coup à l'un et l'autre en sera précieux, Puisqu'il t'assure en terre en m'élevant aux cieux.