‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 189 sur 766 · POMPÉE, ACTE II, SCENE II · texte numérisé non relu

POMPÉE, ACTE II, SCENE II

Et tient la trahison que le roi leur prescrit

Trop au-dessous de lui pour y prêter l'esprit. Sa vertu dans leur crime augmente ainsi son lustre; Et son dernier soupir est un soupir illustre, Qui, de cette grande âme achevant les destins, Étale tout Pompée aux yeux des assassins. Sur les bords de l'esquif sa tête enfin penchée, Par le traître Septime indignement tranchée, Passe au bout d'une lance en la main d'Achillas, Ainsi qu'un grand trophée après de grandscombats. On descend, et pour comble à sa noire aventure On donne à ce héros la mer pour sépulture, Et le tronc sous les flots roule dorénavant Au gré de la fortune, et de l'onde, et du vent. La triste Cornélie, à cet affreux spectacle, Par de longs cris aigus tâche d'y mettre obstacle, Défend ce cher époux de la voix et des yeux, Puis, n'espérant plus rien , lève les mains aux cieux, Et cédant tout à coup à la douleur plus forte, Tombe, dans sa galère, évanouie, ou morte. Les siens en ce désastre, à force de ramer, L'éloignent de la rive, et regagnent la mer. Mais sa fuite est mal sûre : et l'infâme Septime, Qui se voit dérober la moitié de son crime, Afin de l'achever, prend six vaisseaux au port, Et poursuit sur les eaux Pompée après sa mort.

Cependant Achillas porte au roi sa conquête : Tout le peuple tremblant en détourne la tête; Un effroi général offre à l'un, sous ses pas, Des abîmes ouverts pour venger ce trépas ; L'autre entend le tonnerre ; et chacun se figure Un désordre soudain de toute la nature ; Tant l'excès du forfait, troublant leurs jugements, Présente à leur terreur l'excès des châtiments !

Philippe, d'autre part, montrant sur le rivage Dans une âme servile un généreux courage, Examine d'un œil et d'un soin curieux Où les vagues rendront ce dépôt précieux, [rendre, Pour lui rendre, s'il peut, ce qu'aux morts on doit Dans quelque urne chétive en ramasser la cendre, Et d'un peu de poussière élever un tombeau A celui qui du monde eut le sort le plus beau. Mais comme vers l'Afrique on poursuit Cornélie, On voit d'ailleurs César venir de Thessalie : Une flotte paraît qu'on a peine à compter...

C'est lui-même, Achorée, il n'en faut point douter. Tremblez, tremblez, méchants,voici venir la foudre; Cléopâtre a de quoi vous mettre tous en poudre; César vient, elle est reine, et Pompée est vengé ; La tyrannie est bas, et le sort a changé.

Admirons cependant le destin des grandshommes, Plaignons-les, et par eux jugeons ce que nous som-

Ce prince d'un sénat maître de l'univers, [mes. Dont le bonheur semblait au-dessus du revers, Lui que sa Rome a vu, plus craint que le tonnerre,

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