‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 192 sur 766 · V2 POMPEE, AGI · texte numérisé non relu

V2 POMPEE, AGI

Et l'eût mise eu état, malgré tout sou appui , De se plaindre à Pompée auparavant qu'à lui. L'arrogante! à l'ouïr elle est déjà ma reine ; Et si César en croit son orgueil et sa haiue, Si, comme elle s'en vante, elle est son cher objet, De son frère et son roi je deviens son sujet. Non, non ; prévenons-la : c'est faiblesse d'attendre Le mal qu'on voit venir sans vouloir s'en défendre : Otons-lui les moyens de nous plus dédaigner; Otons-lui les moyens de plaire et de régner ; Et ne permettons pas qu'après tant de bravades , Mon sceptre soit le prix d'une de ses œillades.

PHOT1N

Seigneur, ne donnez point de prétexte à César Pour attacher l'Egypte aux pompes de son char. Ce cœur ambitieux, qui, par toute la terre, Ne cherche qu'à porter l'esclavage et la guerre , Enflé de sa victoire, et des ressentiments Qu'une perte pareille imprime aux vrais amants , Quoique vous ne rendiez que justice à vous-même, Prendrait l'occasion de venger ce qu'il aime ; Et pour assujettir et vos états et vous , Imputerait à crime un si juste courroux.

PTOLOMÉE

Si Cléopâtre vit, s'il la voit, elle est reine.

PHOTIX.

Si Cléopâtre meurt, votre perte est certaine.

Je perdrai qui me perd, ne pouvant me sauver.

PHOTIX.

Pour la perdre avec joie il faut vous conserver.

PTOLOMÉE

Quoi ! pour voir sur sa tête éclater ma couronne ? Sceptre, s'il faut enfin que ma main t'abandonne , Passe, passe plutôt en celle du vainqueur.

PHOTIN

Vous l'arracherez mieux de celle d'une sœur. Quelques feux que d'abord il lui fasse paraître, Il partira bientôt, et vous serez le maître. L'amour à ses pareils ne donne point d'ardeur Qui ne cède aisément aux soins de leur grandeur : Il voit encor l'Afrique et l'Espagne occupées Par Juba, Scipion, et les jeunes Pompées; Et le monde à ses lois n'est point assujetti , Tant qu'il verra durer ces restes du parti. Au sortir de Pharsale un si grand capitaine Saurait mal son métier s'il laissait prendre haleine, Et s'il donnait loisir à des cœurs si hardis De relever du coup dont ils sont étourdis : S'il les vainc , s'il parvient où son désir aspire , Il faut qu'il aille à Ptome établir son empire , Jouir de sa fortune et de son attentat , Et changer à son gré la forme de l'état. Jugez durant ce temps ce que vous pourrez faire. Seigneur, voyez César, forcez-vous à lui plaire ; Et lui déférant tout, veuillez vous souvenir

Que les événements régleront l'avenir.

Remettez en ses mains trône, sceptre, couronne, Et, sans en murmurer, souffrez qu'il en ordonne : Il en croira sans doute ordonner justement, En suivant du feu roi l'ordre et le testament ; L'importance d'ailleurs de ce dernier service Ne permet pas d'en craindre une entière injustice. Quoi qu'il en fasse enfin, feignez d'y consentir, Louez son jugement, et laissez-le partir. Après, quand nous verrons le temps propre aux ven- Nous aurons et la force et les intelligences, [geauces, Jusque-là réprimez ces transports violents Qu'excitent d'une sœur les mépris insolents : Les bravades enfin sont des discours frivoles, Et qui songe aux effets néglige les paroles.

PTOLOMÉE

Ah ! tu me rends la vie et le sceptre à la fois : Un sage conseiller est le bonheur des rois. Cher appui de mon trône, allons, sans plus attendre, Offrir tout à César, afin de tout reprendre; Avec toute ma flotte allons Je recevoir, Et par ces vains honneurs séduire son pouvoir.

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