‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 199 sur 766 · PTOLOMÉE, ACHILLAS, PHOTIN · texte numérisé non relu

PTOLOMÉE, ACHILLAS, PHOTIN

PTOLOMÉE

Quoi ! de la même main et de la même épée Dont il vient d'immoler le malheureux Pompée, Septime, par César indignement chassé, Dans un tel désespoir à vos yeux a passé !

ACHILLAS

Oui, seigneur ; et sa mort a de quoi vous apprendre La honte qu'il prévient et qu'il vous faut attendre. Jugez quel est César à ce courroux si lent. Un moment pousse et rompt un transport violent ; Mais l'indignation qu'on prend avec étude Augmente avec le temps, et porte un coup plus rude ; Ainsi n'espérez pas de le voir modéré ; Par adresse il se fâche après s'être assuré. Sa puissance établie, il a soin de sa gloire. Il poursuivait Pompée, et chérit sa mémoire ; Et veut tirer à soi, par un courroux accort, L'honneur de sa vengeance et le fruit de sa mort.

PTOLOMÉE

Ah ! si je t'avais cru, je n'aurais pas de maître ; Je serais dans le trône où le ciel m'a fait naître : Mais c'est une imprudence assez commune aux rois D'écouter trop d'avis, et se tromper au choix; Le destin les aveugle au bord du précipice ; Ou si quelque lumière en leur âme se glisse, Cette fausse clarté, dont il les éblouit, Les plonge dans un gouffre, et puis s'évanouit.

PHOTIN

J'ai mal connu César ; mais puisqu'en son estime Un si rare service est un énorme crime, Il porte dans son flanc de quoi nous en laver ; C'est là qu'est notre grâce, il nous l'y faut trouver, .le ne vous parle plus de souffrir sans murmure, D'attendre son départ pour venger cette injure ; Je sais mieux conformer les remèdes au mal : Justifions sur lui la mort de son rival : Et notre main alors également trempée Et du sang de César et du sang de Pompée, Rome, sans leur donner de titres différents, Se croira par vous seul libre de deux tyrans.

PTOLOMÉE

Oui, parla seulement ma perte est évitable, C'est trop craindre un tyran que j'ai fait redoutable . Montrons que sa fortune est l'œuvre de nos mains ; Deux fois en même jour disposons des Romains :

POMPÉE, ACTE IV, SCENE il.

Faisons leur liberté comme leur esclavage. César, que tes exploits n'enflent plus ton courage; Considère les miens, tes yeux en sont témoins. Pompée était mortel, et tu ne l'es pas moins : Il pouvait plus que toi ; tu lui portais envie : Tu n'as, non plus que lui, qu'une âme et qu'une vie ; Et son sort que tu plains te doit faire penser Que ton cœur est sensible, et qu'on peut le percer. Tonne, tonne à ton gré, fais peur de ta justice : C'est à moi d'apaiser Rome par ton supplice ; C'est à moi de punir ta cruelle douceur, Qui n'épargne en un roi que le sang de sa sœur. Je n'abandonne plus ma vie et ma puissance Au hasard de sa haine, ou de ton inconstance ; Ne crois pas que jamais tu puisses à ce prix Récompenser sa flamme, ou punir ses mépris : J'emploierai contre toi de plus nobles maximes. Tu m'as prescrit tantôt de choisir des victimes, De bien penser au choix ; j'obéis, et je voi Que je n'en puis choisir de plus digne que toi, Ni dont le sang offert, la fumée, et la cendre, Puissent mieux satisfaire aux mânes de ton gendre.

Mais ce n'est pas assez, amis, de s'irriter ; Il faut voir quels moyens on a d'exécuter : Toute cette chaleur est peut-être inutile ; Les soldats du tyran sont maîtres de la ville ; Que pouvons-nous contre eux Pet pour les prévenir, Quel temps devons-nous prendre, et quel ordre tenir? achillas. [mes.

Nous pouvons tout, seigneur, en l'état où nous som- A deux milles d'ici vous avez six mille hommes, Que depuis quelques jours, craignant des remue- Je faisais tenir prêts à tous événements ; [ments, Quelques soins qu'ait César, sa prudence est déçue. Cette ville a sous terre une secrète issue, Par où fort aisément on les peut cette nuit Jusque dans le palais introduire sans bruit : Car contre sa fortune aller à force ouverte, Ce serait trop courir vous-même à votre perte. 11 nous le faut surprendre au milieu du festin, Enivré des douceurs de l'amour et du vin. Tout le peuple est pour nous. Tantôt, à son entrée, J'ai remarqué l'horreur que ce peuple a montrée Lorsque avec tant de faste il a vu ses faisceaux Marcher arrogamment, et braver nos drapeaux : Au speclacle insolent de ce pompeux outrage Ses farouches regards étincelaient de rage : Je voyais sa fureur à peine se dompter; Et pour peu qu'on le pousse, il est prêt d'éclater : Mais surtout les Romains que commandaitSeptime , Pressés de la terreur que sa mort leur imprime, Ne cherchent qu'à venger par un coup généreux Le mépris qu'en leur chef ce superbe a fait d'eux.

PTOLOMEE.

Mais qui pourra de nous approcher sa personne, Si durant le festin sa garde l'environne ?

PHOT1N

Les gens de Cornélie, entre qui vos Pvomains Ont déjà reconnu des frères, des germains, Dont l'âpre déplaisir leur a laissé paraître Une soif d'immoler leur tyran à leur maître : Ils ont donné parole, et peuvent, mieux que nous, Dans les flancs de César porter les premiers coups : Son faux art de clémence, ou plutôt sa folie, Qui pense gagner Rome en flattant Cornélie, Leur donnera sans doute un assez libre accès Pour de ce grand dessein assurer le succès. Mais voici Cléopâtre : agissez avec feinte, Seigneur, et ne montrez que faiblesse et que crainte. Nous allons vous quitter, comme objets odieux Dont l'aspect importun offenserait ses yeux.

PTOLOMÉE

Allez, je vous rejoins.

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