‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 210 sur 766 · CÉSAR, CLÉOPATRE, ANTOINE, LÉPIDE, ACHORÉE, CHARMION · texte numérisé non relu

CÉSAR, CLÉOPATRE, ANTOINE, LÉPIDE, ACHORÉE, CHARMION

Plutôt qu'à ces périls je vous puisse exposer, Seigneur, perdez en moi ce qui les peut causer Sacrifiez ma vie au bonheur de la vôtre ;

EXAMEN DE POMPEE

I ,e mien sera trop grand, et je n'en veux point d'auïndigne que je suis d'un César pour époux, [tre, Que de vivre en votre âme, étant morte pour vous.

CÉSAR

Heine, ces vains projets sont le seul avantage Qu'un grand cœur impuissant a du ciel en partage : Comme il a peu de force, il a beaucoup de soins ; Et, s'il pouvait plus faire, il souhaiterait moins. Les dieux empêcheront l'effet de ces augures, Et mes félicités n'en seront pas moins pures, Pourvu que votre amour gagne sur vos douleurs, Qu'en faveur de César vous tarissiez vos pleurs, Et que votre bonté, sensible à ma prière, Pour un fidèle amant oublie un mauvais frère.

On aura pu vous dire avec quel déplaisir J'ai vu le désespoir qu'il a voulu choisir ; Avec combien d'efforts j'ai voulu le défendre Des paniques terreurs qui l'avaient pu surprendre ! 11 s'est de mes bontés jusqu'au bout défendu, Et de peur de se perdre il s'est enfin perdu. 0 honte pour César, qu'avec tant de puissance, Tant de soins pour vous rendre entière obéissance, Il n'ait pu toutefois, en ces événements, Obéir au premier de vos commandements ! Prenez-vous-en au ciel, dont les ordres sublimes, Malgré tous nos efforts, savent punir les crimes; Sa rigueur envers lui vous ouvre un sort plus doux, Puisque par cette mort l'Egypte est toute à vous.

Je sais que j'en reçois un nouveau diadème,

Qu'on n'en peut accuser que les dieux et lui-même , Mais comme il est, seigneur, de la fatalité Que l'aigreur soit mêlée à la félicité, Ne vous offensez pas si cet heur de vos armes, Qui me rend tant de biens, me coûte un peu de lar- Et si, voyant sa mort due à sa trahison, [mes, Je donne à la nature ainsi qu'à la raison. Je n'ouvre point les yeux sur ma grandeur si pro-

[che, Qu'aussitôt à mon cœur mon sang ne le reproche ; J'en ressens dans mon âme un murmure secret, Et ne puis remonter au trône sans regret.

ACHOREE.*

Un grand .peuple, seigneur, dont cette cour est plei- Par des cris redoublés demande avoir sa reine, [ne, Et, tout impatient, déjà se plaint aux deux Qu'on lui donne trop tard un bien si précieux

CÉSAR

Ne lui refusons plus le bonheur qu'il désire : Princesse, allons par là commencer votre empire.

Fasse le juste ciel, propice à mes désirs, Que ces longs cris de joie étouffent vos soupirs, Et puissent ne laisser dedans votre pensée Que l'image des traits dont mon âme est blessée ! Cependant qu'à l'envi ma suite et votre cour Préparent pour demain la pompe d'un beau jour, Où, dans un digne emploi l'une et l'autre occupée, Couronne Cléopâtre et m'apaise Pompée, Élève à l'une un trône, à l'autre des autels, Et jure à tous les deux des respects immortels.

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