‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 220 sur 766 · LE MENTEUR, ACTE 1, SCÈNE V · texte numérisé non relu

LE MENTEUR, ACTE 1, SCÈNE V

Que lui va-t-il conter ?

DORANTE

Et durant ces quatre ans Il ne s'est fait combats, ni sièges importants, Nos armes n'ont jamais remporté de victoire, Où cette main n'ait eu bonne part à la gloire : Et même la gazette a souvent divulgué...

CLITON, le tirant par la basque.

Savez-vous bien, monsieur, que vous extravaguez?

DORANTE

Tais-toi.

CLITON

Vous rêvez, dis-je, ou...

DORANTE

Tais-toi, misérable.

CLITON

.Vous venez de Poitiers, ou je me donne au diable; Vous en revîntes hier.

DORANTE, à Cliton.

Te tairas-tu, maraud ?

(à Clarice.) Mon nom dans nos succès s'était mis assez haut Pour faire quelque bruit sans beaucoup d'injustice ; Et je suivrais encore un si noble exercice, N'était que l'autre hiver, faisant ici ma cour, Te vous vis, et je fus retenu par l'amour. Attaqué par vos yeux, je leur rendis les armes ; Je me fis prisonnier de tant d'aimables charmes; Je leur livrai mon âme; et ce cœur généreux Dès ce premier moment oublia tout pour eux. Vaincre dans les combats, commander dans l'armée, De mille exploits fameux enfler ma renommée, Et tous ces nobles soins qui m'avaient su ravir Cédèrent aussitôt à ceux de vous servir. ISABELLE, à Clarice, tout bas.

Madame, Alcippe vient; il aura de l'ombrage.

CLARICE

Nous en saurons, monsieur, quelque jour davantage. Adieu.

DORANTE

Quoi ! me priver si tôt de tout mon bien ?

CLARICE

Nous n'avons pas loisir d'un plus long entretien ;

Et, malgré la douceur de me voir cajolée,

Il faut que nous fassions seules deux tours d'allée.

DORANTE

Cependant accordez à mes vœux innocents La licence d'aimer des charmes si puissants.

CLARICE

Un cœur qui veut aimer, et qui sait comme on aime, N'en demande jamais licence qu'à soi-même.

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