‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 244 sur 766 · LE MENTEUR, ACTE IV, SCENE IV · texte numérisé non relu

LE MENTEUR, ACTE IV, SCENE IV

ALCIPPE

Je n'ai de part ni d'antre aucune défiance : Excuse d'un amant la juste impatience.

Adieu.

DORANTE

Le ciel te donne un hymen sans souci !

DORANTE, CLITON

CLITON

Il est mort ! Quoi ! monsieur, vous m'en donnez aussi, A moi, de votre cœur l'unique secrétaire, A moi, de vos secrets le grand dépositaire ! Avec ces qualités j'avais lieu d'espérer Qu'assez malaisément je pourrais m'en parer.

DORANTE

Quoi ! mon combat te semble un conte imaginaire ?

CLITON

Je croirai tout, monsieur, pour ne vous pas déplaire; Maisvousenconteztant,àtouteheure, en tous lieux, Qu'il faut bien de l'esprit avec vous, et bons yeux. Maure, juif, ou chrétien, vous n'épargnez personne.

DORANTE

Alcippe te surprend ! sa guérison t'étonne !

L'état où je le mis était fort périlleux ;

Mais il est à présent des secrets merveilleux :

Ne t'a-t-on point parlé d'une source de vie

Que nomment nos guerriers poudre de sympathie ?

On en voit tous les jours des effets étonnants.

CLITON

Encor ne sont-ils pas du tout si surprenants ; Et je n'ai point appris qu'elle eût tant d'efficace, Qu'un homme que pour mort on laisse sur la place, Qu'on a de deux grands coups percé de part en part, Soit dès le lendemain si frais et si gaillard.

La poudre que tu dis n'est que de la commune, On n'en fait plus de cas ; mais, Cliton, j'en sais une Qui rappelle si tôt des portes du trépas [pas ; Qu'en moins d'un tourne-main on ne s'en souvient Quiconque la sait faire a de grands avantages.

CLITON

Donnez-m'en le secret, et je vous sers sans gages.

DORANTE

Je te le donnerais, et tu serais heureux; Mais le secret consiste en quelques mots hébreux, Qui tous à prononcer sont si fort difficiles, Que ce serait pour toi des trésors inutiles.

CLITON

Vous savez donc l'hébreu ?

DORANTE

L'hébreu ! parfaitement :

J'ai dix langues, Cliton, à mon commandement.

CLITON

Vous auriez bien besoin de dix des mieux nourries, Pour fournir tour à tour à tant de menteries ; Vous les hachez menu comme chair à pâtés. Vous avez tout le corps bien plein de vérités, Il n'en sort jamais une.

DORANTE

Ah, cervelle ignorante!

Mais mon père survient.

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