‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 247 sur 766 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

DORANTE. CLITON

DORANTE

Enfin j'en suis sorti.

CLITON

Il faut bonne mémoire après qu'on a menti.

DORANTE

L'esprit a secouru le défaut de mémoire.

CLITON

Mais on éclaircira bientôt toute l'histoire. Après ce mauvais pas où vous avez bronché, Le reste encor longtemps ne peut être caché : On le sait chez Lucrèce, et chez cette Clarice, Qui, d'un mépris si grand piquée avec justice, Dans son ressentiment prendra l'occasion De vous couvrir de honte et de confusion.

dorante. [presse,

Ta crainte est bien fondée , et puisque le temps Il faut tacher en hâte à m'engager Lucrèce. Voici tout à propos ce que j'ai souhaité.

DORANTE, CLITON, SABINE

DORANTE

Chère amie, hier au soir j'étais si transporté, Qu'en ce ravissement je ne pus me permettre De bien penser à toi quand j'eus lu cette lettre; Mais tu n'y perdras rien, et voici pour le port.

SABINE

Ne croyez pas, monsieur...

DORANTE

Tiens.

SABINE

Vous me faites tort.

Je ne suis pas de...

DORANTE

Prends.

SABINE

Hé, monsieur !

DORANTE

Prends , te dis-je ; Je ne suis point ingrat alors que l'on m'oblige ; Dépêche, tends la main.

CLITON

Qu'elle y fait de façons !

Je lui veux par pitié donner quelques leçons.

Chère amie, entre nous, toutes tes révérences En ces occasions ne sont qu'impertinences ; Si ce n'est assez d'une, ouvre toutes les deux : Le métier que tu fais ne veut point de honteux. Sans se piquer d'honneur, crois qu'il n'est que de

[prendre, Et que tenir vaut mieux mille fois que d'attendre. Cette pluie est fort douce ; et, quand j'en vois pleuvoir, J'ouvrirais jusqu'au cœur pour la mieux recevoir. On prend à toutes mains dans le siècle où nous

[sommes,

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