‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 291 sur 766 · LA SUITE DU MENTEUR, ACTE IV, SCENE JI · texte numérisé non relu

LA SUITE DU MENTEUR, ACTE IV, SCENE JI

MELISSE.

Quel bruitetqueléclatn'eûtpointfaitson courroux!

LYSE

Il eût été peut-être aussi honteux que vous.

Un homme un peu content et qui s'en fait accroire, Se voyant méprisé, rabat bien de sa gloire, Et, surpris qu'il en est en telle occasion, Toute sa vanité tourne en confusion.

Quand il a de l'esprit, il sait rendre le change ; Loin de s'en émouvoir, en raillant il se venge, Affecte des mépris, comme pour reprocher Que la perte qu'il fait ne vaut pas s'en fâcher; Tant qu'il peut, il témoigne une âme indifférente. Quoi qu'il en soit enfin, vous avez vu Dorante, Et fort adroitement je vous ai mise enjeu.

Et fort adroitement tu m'as fait voir son feu.

LYSE

Eh bien! mais que vous semble encor duperson- Vous en ai-je trop dit? [nage ?

MÉLISSE

J'en ai vu davantage.

LYSE

Avez-vous du regret d'avoir trop hasardé ?

MÉLTSSE.

Je n'ai qu'un déplaisir, d'avoir si peu tardé.

LYSE

Vous l'aimez?

MÉLISSE

Je l'adore.

LYSE

Et croyez qu'il vous aime?

MÉLISSE

Qu'il m'aime, et d'une amour, comme la mienne, lyse. [extrême.

Une première vue, un moment d'entretien, Vous fait ainsi tout croire, et ne douter de rien !

mélisse. [l'autre,

Quand les ordres du ciel nous ont fait l'un pour Lyse, c'est un accord bientôt fait que le nôtre : Sa main entre les cœurs, par un secret pouvoir, Sème l'intelligence avant que de se voir ; Il prépare si bien l'amant et la maîtresse, Que leur âme au seul nom s'émeut et s'intéresse. On s'estime, on se cherche, on s'aime en un mo- Tout ce qu'on s'entredit persuade aisément ; [ment; Et sans s'inquiéter d'aucunes peurs frivoles, La foi semble courir au-devant des paroles; La langue en peu de mots en explique beaucoup ; Les yeux, plus éloquents, font tout voir tout d'un

[coup ; Et de quoi qu'à l'envi tous les deux nous instruisent, Le cœur en entend plus que tousles deux n'en disent.

lyse.

Si, comme dit Sylvandre, une âme en se formant, Ou descendant du ciel, prend d'une autre l'aimant,

La sienne a pris le vôtre, et vous a rencontrée.

mélisse.

Quoi ! tu lis les romans ?

LYSE

Je puis bien lire Jstrêe; Je suis de son village, et j'ai de bons garants Qu'elle et son Céladon étaient de mes parents.

MÉLISSE

Quelle preuve en as-tu?

LYSE

Ce vieux saule, madame, Où chacun d'eux cachait ses lettres et sa flamme, Quand le jaloux Sémire en fit un faux témoin. Du pré de mon grand-père il fait encor le coin; Et l'on m'a dit que c'est un infaillible signe Que d'un si rare hymen je viens en droite ligne. Vous ne m'en croyez pas?

De vrai, c'est un grand point,

LYSE

Aurais-je tant d'esprit, si cela n'était point? D'où viendrait cette adresse à faire vos messages, A jouer avec vous de si bons personnages, Ce trésor de lumière et de vivacité, Que d'un sang amoureux que j'ai d'eux hérité ?

MÉLISSE

Tu le disais tantôt, chacun a sa folie;

Les uns l'ont importune, et la tienne est jolie.

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