‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 296 sur 766 · DORANTE, MÉLISSE, LYSE · texte numérisé non relu

DORANTE, MÉLISSE, LYSE

DORANTE

Madame, ce n'est rien :

Des marauds, dont le vin embrouillait la cervelle, Vidaient à coups de poing une vieille querelle; Ils étaient trois contre un, et le pauvre battu A crier de la sorte exerçait sa vertu.

(bas.) Si Cliton m'entendait, il compterait pour quatre.

MÉLISSE

Vous n'avez donc point eu d'ennemis à combattre ?

DORANTE

Un coup de plat d'épée a tout fait écouler.

MÉLISSE

Je mourais de frayeur, vous y voyant aller.

DORANTE

Que Philiste est heureux ! qu'il doit aimer la vie !

Vous n'avez pas sujet de lui porter envie.

DORANTE

Vous lui parliez naguère en termes assez doux.

MÉLISSE

Je pense d'aujourd'hui n'avoir parlé qu'à vous.

DORANTE

Vous ne lui parliez pas avant tout ce vacarme ? Vous ne lui disiez pas que son amour vous charme, Qu'aucuns feux à vos feux ne peuvent s'égaler?

MÉLISSE

J'ai tenu ce discours, mais j'ai cru vous parler. N'êtes-vous pas Dorante ?

DORANTE

Oui, je le suis, madame, Le malheureux témoin de votre peu de flamme. Ce qu'un moment fit naître , un autre l'a détruit ; Et l'ouvrage d'un jour se perd en une nuit.

MÉLISSE

L'erreur n'est pas un crime ; et votre aimable idée Régnant sur mon esprit, m'a si bien possédée, Que dans ce cher objet le sien s'est confondu, Et lorsqu'il m'a parlé je vous ai répondu ; En sa place tout autre eût passé pour vous-même : Vous verrez par la suite à quel point je vous aime. Pardonnez cependant à mes esprits déçus ; Daignez prendre pour vous les vœux qu'il a reçus; Ou si, manque d'amour, votre soupçon persiste...

DORANTE

N'en parlons plus, de grâce, et parlons de Philiste ; Il vous sert, et la nuit me l'a trop découvert.

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