‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 298 sur 766 · DORANTE, PHILISTE, CLITON · texte numérisé non relu

DORANTE, PHILISTE, CLITON

PHILISTE

Ami, vous m'avez tôt quitté !

DORANTE

Sachant fort peu la ville, et dans l'obscurité, En moins de quatre pas j'ai tout perdu de vue ; Et m'étant égaré dès la première rue, Comme je sais un peu ce que c'est que l'amour, J'ai cru qu'il vous fallait attendre en Bellecour; Mais je n'ai plus trouvé personne à la fenêtre. Dites-moi, cependant, qui massacrait ce traître: Qui le faisait crier?

PHÏLTSTE.

A quelque mille pas, Je l'ai rencontré seul tombé sur des plâtras.

DORANTE

Maraud , ne criais-tu que pour nous mettre en peine?

CLITON

Souffrez encore un peu que je reprenne haleine. Comme à Lyon le peuple aime fort les laquais, Et leur donne souvent de dangereux paquets, Deux coquins, me trouvant tantôt en sentinelle, Ont laissé choir sur moi leur haine naturelle ; Et sitôt qu'ils ont vu mon habit rouge et vert...

dorante. [vert,

Quand il est nuit sans lune, et qu'il fait temps cou- Connaît-on les couleurs? tu donnes une bourde.

Ils portaient sous le bras une lanterne sourde. C'était fait de ma vie, ils me traînaient à l'eau ; Mais sentant du secours , ils ont craint pour leur

[peau, Et, jouant des talons tous deux en gens habiles, Ils mont fait trébucher sur un monceau de tuiles, Chargé de tant de coups et de poing et de pied, Que je crois tout au moins en être estropié, Puissé-je voir bientôt la canaille noyée!

PHILISTE

Si j'eusse pu les joindre, ils me l'eussent payée L'heureuse occasion dont je n'ai pu jouir, Et que cette sottise a fait évanouir.

Vous en êtes témoin, cette belle adorable Ne me pourrait jamais être plus favorable ; Jamais je n'en reçus d'accueil si gracieux ; Mais j'ai bientôt perdu ces moments précieux

Adieu. Je prendrai soin demain de votre affaire. Il est saison pour vous de voir votre lingère. Puissiez-vous recevoir dans ce doux entretien Un plaisir plus solide et plus long que le mien !

DORANTE, CLITON

DORANTE

Cliton, si tu le peux, regarde-moi sans rire.

CLITON

J'entends à demi-mot, et ne m'en puis dédire. J'ai gagné votre mal.

DORANTE

Eh bien? l'occasion?

Elle fait le menteur, ainsi que le larron. Mais si j'en ai donné, c'est pour votre service.

DORANTE

Tu l'as bien fait courir avec cet artifice.

CLITON

Si je ne fusse chu, je l'eusse mené loin ;

Mais surtout j'ai trouvé la lanterne au besoin;

Et, sans ce prompt secours, votre feinte importune

M'eût bien embarrassé de votre nuit sans lune.

Sachez une autre fois que ces difficultés

Ne se proposent point qu'entre gens concertés.

DORANTE

Pour le mieux éblouir, je faisais le sévère.

CLITON

C'était un jeu tout propre à gâter le mystère. Dites-moi cependant, êtes-vous satisfait?

DORANTE

Autant comme on peut l'être.

CLITOIN.

En effet?

DORAS TE.

En effet.

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