‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 316 sur 766 · SÉLEUCUS, ANTIOCHUS, TIMAGÈNE, LAONICE · texte numérisé non relu

SÉLEUCUS, ANTIOCHUS, TIMAGÈNE, LAONICE

SÉLEUCUS

Vous puis-je en confiance expliquer ma pensée ?

ANTIOCHUS

Parlez ; notre amitié par ce doute est blessée.

SÉLEUCUS

Hélas ! c'est le malheur que je crains aujourd'hui. L'égalité, mon frère, en est le ferme appui; C'en est le fondement, la liaison, le gage, Et, voyant d'un côté tomber tout l'avantage, Avec juste raison je crains qu'entre nous deux L'égalité rompue en rompe les doux nœuds, Et que ce jour fatal à l'heur de notre vie Jette sur l'un de nous trop de honte ou d'envie.

ANTIOCHUS

Comme nous n'avons eu jamais qu'un sentiment, Cette peur me touchait, mon frère, également ; Mais, si vous le voulez, j'en sais bien le remède.

SÉLEUCUS

Si je le veux ! bien plus, je l'apporte et vous cède Tout ce que la couronne a de charmant en soi. Oui, seigneur, car je parle à présent à mon roi, Pour le trône cédé, cédez-moi Rodogune, Et je n'envirai point votre haute fortune. Ainsi notre destin n'aura rien de honteux, Ainsi notre bonheur n'aura rien de douteux; Et nous mépriserons ce faible droit d'aînesse, Vous, satisfait du trône, et moi, de la princesse.

Hélas !

SÉLEUCUS

Recevez-vous l'offre avec déplaisir ?

ANTIOCHUS

Pouvez-vous nommer offre une ardeur de choisir, Qui, de la même main qui me cède un empire, M'arrache un bien plus grand, etle seul où j'aspire ?

SÉLEUCUS

Rodogune ?

ANTIOCHUS

Elle-même ; ils en sont les témoins.

SÉLEUCUS

Quoi ! l'estimez-vous tant?

ANTIOCHUS

Quoi ! l'estimez-vous moins ?

SÉLEUCUS

Elle vaut bien un trône, il faut que je le die.

ANTIOCHUS

Elle vaut à mes yeux tout ce qu'en a l'Asie.

SELEUCUS

Vous l'aimez donc, mon frère ?

ANTIOCHUS

Et vous l'aimez aussi ; C'est là tout mon malheur, c'est là tout mon souci. J'espérais que l'éclat dont le trône se pare Toucherait vos désirs plus qu'un objet si rare; Mais aussi bien qu'à moi son prix vous est connu, Et dans ce juste choix vous m'avez prévenu. Ah ! déplorable prince !

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