‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 357 sur 766 · LÉONTINE, EUDOXE · texte numérisé non relu

LÉONTINE, EUDOXE

LEONTINE.

Ce n1est plus avec vous qu'il faut que je déguise ; A ne vous rien cacher son amour m'autorise : Vous saurez les desseins de tout ce que j'ai fait, Et pourrez me servir à presser leur effet. Notre vrai Martian adore la princesse : Animons toutes deux l'amant pour la maîtresse ; Faisons que son amour nous venge de Phocas, Et de son propre fils arme pour nous le bras. Si j'ai pris soin de lui, si je l'ai laissé vivre, Si je perdis Léonce, et ne le fis pas suivre, Ce fut sur l'espoir seul qu'un jour, pour s'agrandir, A ma pleine vengeance il pourrait s'enhardir. Je ne l'ai conservé que pour ce parricide.

EUDOXE

Ah ! madame !

léontine.

Ce mot déjà vous intimide !

C'est à de telles mains qu'il nous faut recourir ; C'est par là qu'un tyran est digne de périr ; Et le courroux du ciel, pour en purger la terre, Nous doit un parricide au refus du tonnerre. C'est à nous qu'il remet de l'y précipiter : Phocas le commettra s'il le peut éviter ; Et nous immolerons au sang de votre frère Le père par le fils, ou le tils par le père. L'ordre est digue de nous ; le crime est cligne d'eux : Sauvons Héraclius au péril de tous deux.

EUDOXE

Je sais qu'un parricide est digne d'un tel père, Niais faut-il qu'un tel fils soit en péril d'en faire ? Et sachant sa vertu, pouvez-vous justement Abuser jusque-là de son aveuglement ?

LÉONTINE

Dans le fils d'un tyran l'odieuse naissance Mérite que l'erreuxarrache l'innocence, Et que, de quelque éclat qu'il se soit revêtu, Un crime qu'il ignore en souille la vertu.

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