‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 372 sur 766 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

PHOCAS, à Léonlinc.

A pproehe , malheureuse.

HÉRACLTUS, à Léootine.

Avouez tout, madame.

J'ai tout dit.

LÉONTTNE, à Héraclius.

Quoi, seigneur?

PHOCÀS.

Tu l'ignores, infâme !

Qui des deux est mon fils?

LEONTINE.

Qui vous en fait douter ?

HÉRACLTUS, à Lconline.

Le nom d'Héraclius que son fils veut porter : Il en croit ce billet et votre témoignage ; Mais ne le laissez pas dans Terreur davantage.

mocas.

N'attends pas les tourments, ne me déguise rien. M'as-tu livré ton fils? as-tu changé le mien ?

LÉONTINE

Te t'ai livré mon fils ; et j'en aime la gloire. Si je parle du reste, oseras-tu m'en croire ? Et qui t'assurera que pour Héraclius, Moi qui t'ai tant trompé, je ne te trompe plus?

# PHOCAS

N'importe, fais-nous voir quelle haute prudence En des temps si divers leur en fait confidence, A l'un depuis quatre ans, à l'autre d'aujourd'hui.

LÉONTINE

Le secret n'en est su ni de lui, ni de lui ; Tu n'en sauras non plus les véritables causes : Devine, si tu peux, et choisis, si tu l'oses, [reur. L'un des deux est ton fils, l'autre est ton empe- Tremble dans ton amour, tremble dans ta fureur. Je te veux toujours voir, quoi que ta rage fasse, Craindre ton ennemi dedans ta propre race, Toujours aimer ton fils dedans ton ennemi, Sans être ni tyran, ni père qu'à demi. Tandis qu'autour des deux tu perdras ton étude, Mon âme jouira de ton inquiétude; Je rirai de ta peine ; ou, si tu m'en punis, Tu perdras avec moi le secret de ton fils.

PHOCAS

Et si je les punis tous deux sans les connaître , L'un comme Héraclius, l'autre pour vouloir l'être?

LÉONTINE

Je m'en consolerai quand je verrai Phocas Croire affermir son sceptre, en se coupant le bras, Et de la même main son ordre tyrannique Venger Héraclius dessus son fils unique.

PHOCAS

Quelle reconnaissance, ingrate! tu me rends Des bienfaits répandus sur toi, sur tes parents, De f avoir confié ce fils que tu me caches, D'avoir mis en tes mains ce cœur que tu m'arraches, D'atoir mis à tes pieds ma cour qui t'adorait !

Rends-moi mon fils, ingrate.

LÉONTINE

Il m'en désavoûrait , Et ce fils, quel qu'il soit, que tu ne peux connaître, A le cœur assez bon pour ne vouloir pas 1 être. Admire sa vertu qui trouble ton repos.

C'est du fils d'un tyran que j'ai fait ce héros; Tant ce qu'il a reçu d'heureuse nourriture Dompte ce mauvais sang qu'il eut de la nature ! C'est assez dignement répondre à tes bienfaits Que d'avoir dégagé ton fils de tes forfaits. Séduit par ton exemple et par sa complaisance, Il t'aurait ressemblé, s'il eut su sa naissance : Il serait lâche, impie, inhumain comme toi! Et tu me dois ainsi plus que je ne te doi.

EXUPÈRE

L'impudence et l'orgueil suivent les impostures. Ne vous exposez plus à ce torrent d'injures, Qui, ne faisant qu'aigrir votre ressentiment, Vous donne peu de jour pour ce discernement. Laissez-la-moi, seigneur, quelques moments en gar- Puisque j'ai commencé, le reste me regarde : [de, Malgré l'obscurité de son illusion, J'espère démêler cette confusion.

Vous savez à quel point l'affaire m'intéresse.

PHOCAS

Achève, si tu peux, par force, ou par adresse,

Exupère ; et sois sûr que je te devrai tout,

Si l'ardeur de ton zèle en peut venir à bout.

Je saurai cependant prendre à part l'un et l'autre;

Et peut-être qu'enfin nous trouverons le nôtre.

Agis de ton côté; je la laisse avec toi :

Gêne, flatte, surprends. Vous autres, suivez-moi.

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