‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 374 sur 766 · SCÈNE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERE

HÉRACLIUS

Quelle confusion étrange De deux princes fait un mélange Qui met en discord deux amis!

Un père ne sait où se prendre; Et plus tous deux s'osent défendre Du titre infâme de son fils, Plus eux-mêmes cessent d'entendre Les secrets qu'on leur a commis.

Léontine avec tant de ruse Ou me favorise ou m'abuse, Qu'elle brouille tout notre sort :

Ce que j'en eus de connaissance Brave une orgueilleuse puissance Qui n'en croit pas mon vain effort :

Et je doute de ma naissance Quand on me refuse la mort.

Ce fier tyran qui me caresse Montre pour moi tant de tendresse Que mon cœur s'en laisse alarmer :

Lorsqu'il me prie et me conjure, Son amitié paraît si pure, Que je ne saurais présumer Si c'est par instinct de nature, Ou par coutume de m'aimer.

Dans cette croyance incertaine, J'ai pour lui des transports de haine Que je ne conserve pas bien :

Cette grâce qu'il veut me faire Étonne et trouble ma colère ; Et je n'ose résoudre rien, Quand je trouve un amour de père En celui qui m'ôta le mien.

Retiens, grande ombre de Maurice, Mon âme au bord du précipice Que cette obscurité lu fait, Et m'aide à faire mieux connaître Qu'en ton fils Dieu n'a pas fait naître Un prince à ce point imparfait Ou que je méritais de l'être, Si je ne le suis en effet.

Soutiens ma haine qui chancelle, Et redoublant pour ta querelle Cette noble ardeur de mourir, Fais voir. . . mais il m'exauce ; on vient me secourir.

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