PHOCAS, HERACLIUS, MARTIAN, PULCHÉRIE, GAEDES
PHOCAS
Eh bien! serendra-t-il, madame?
PULCHÉEIE.
Quelque effort que je fasse à lire dans son âme, Je n'en vois que l'effet que je m'étais promis : Je trouve trop d'un frère, et vous trop peu d'un fils.
Ainsi le ciel vous veut enrichir de ma perte.
PULCHÉEIE.
Il tient en ma faveur leur naissance couverte : Ce frère qu'il me rend serait déjà perdu Si dedans votre sang il ne l'eût confondu.
PHOCAS , à Pulchérie.
Cette confusion peut perdre l'un et l'autre. En faveur de mon sang je ferai grâce au vôtre : Mais je veux le connaître, et ce n'est qu'à ce prix Qu'en lui donnant la vie il me rendra mon fils. (à Héraclius.) Pour la dernière fois, ingrat, je t'en conjure ; Car enfin c'est vers toi que penche la nature : Et je n'ai point pour lui ces doux empressements Qui d'un cœur paternel font les vrais mouvements. Ce cœur s'attache à toi par d'invincibles charmes. En crois-tu mes soupirs ? en croiras-tu mes larmes? Songe avec quel amour mes soins t'ont élevé, Avec quelle valeur son bras t'a conservé ; Tu nous dois à tous deux.
HÉEACL1US.
Et pour reconnaissance Je vous rends votre fils, je lui rends sa naissance.
PHOCAS
Tu me Tôtes, cruel, et le laisses mourir.
HÉEACLIUS.
Je meurs pour vous le rendre, et pour le secourir.
PHOCAS
C'est me l'ôter assez que ne vouloir plus l'être.
HÉEACLIUS.
C'est vous le rendre assez que le faire connaître.
C'est me l'ôter assez que me le supposer.
HÉEACLIUS.
C'est vous le rendre assez que vous désabuser.
PHOCAS
Laisse-moi mon erreur, puisqu'elle m'est si chère. Je t'adopte pour fils, accepte-moi pour père : Fais vivre Héraclius sous l'un ou l'autre sort; Pour moi, pour toi, pour lui, fais-toi ce peu d'effort.
HÉEACLIUS.
Ah ! c'en est. trop enfin, et ma gloire blessée Dépouille un vieux respect où je l'avais forcée.
E V, SCENE III. 2G5
De quelle ignominie osez-vous me flatter? Toutes les fois, tyran, qu'on se laisse adopter, On veut une maison illustre autant qu'amie, On cherche de la gloire, et non de l'infamie ; Et ce serait un monstre horrible à vos états Que le fils de Maurice adopté par Phocas.
PHOCAS
Va, cesse d'espérer la mort que tu mérites ; Ce n'est que contre lui, lâche, que tu m'irrites : Tu te veux rendre en vain indigne de ce rang; Je m'en prends à la cause, et j'épargne mon sang. Puisque ton amitié de ma foi se défie Jusqu'à prendre son nom pour lui sauver la vie, Soldats, sans plus tarder, qu'on l'immole à ses yeux; Et sois après sa mort mon fils, si tu le veux.
HÉRACLIUS
Perfides, arrêtez!
MARTIAN
Ah ! que voulez-vous faire, Prince?
HÉEACLIUS.
Sauver le fils de la fureur du père.
MAETIAN.
Conservez-lui ce fils qu'il ne cherche qu'en vous ; Ne troublez point un sort qui lui semble si doux. C'est avec assez d'heur qu'Héraclius expire, Puisque c'est en vos mains que tombe son empire. Le ciel daigne bénir votre sceptre et vos jours !
PHOCAS
C'est trop perdre de temps à souffrir ces discours. Dépêche, Octavian.
HÉEACLIUS.
N'attente rien, barbare!
Je suis ..
PHOCAS
Avoue enfin.
HÉEACLIUS.
Je tremble, je m'égare, Et mon cœur...
PHOCAS, à néraclius.
Tu pourras à loisir y penser.
(à Oclavian.)
Frappe.
HÉEACLIUS.
Arrête ; je suis... Puis-je le prononcer?
PHOCAS
Achève, ou...
HÉEACLIUS.
Je suis donc, s'il faut que je le die, Ce qu'il faut que je sois pour lui sauver la vie.
Oui, je lui dois assez, seigneur, quoi qu'il en soit. Pour vous payer pour lui de l'amour qu'il vous doir ; Et je vous le promets entier, ferme, sincère, Et tel qu'Héraclius l'aurait pour son vrai père. J'accepte en sa faveur ses parents pour les miens ; Mais sachez que vos jours me répondront des siens :
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