CONSEILLER ET SECRETAIRE
DE MONSEIGSEl'R LE PRINCE D ORANGE.
Monsieur,
Voici un poëme d'une espèce nouvelle , et qui n'a point d'exemples chez les anciens. Vous connaissez l'humeur de nos Français ; ils aiment la nouveauté; et je hasarde non tam meliora quam noca, sur l'espérance de les mieux divertir. C'était l'humeur des Grecs dès le temps d',Eschyle, apud quos ;
Illecebris eral el grala novilale morandus Speclalor.
Et, si je ne me trompe, c'était aussi celle des Romains :
Nec minimum meruere decus, vesligin grœca
Au.ii deserere...
Yel quiprœlexlas, vel qui docuere lo-jalas.
Ainsi j'ai du moins des exemples d'avoir entrepris une chose qui n'en a point. Je vous avouerai toutefois qu'après l'avoir faite je me suis trouvé fort embarrassé à lui choisir un nom. Je n'ai jamais pu me résoudre à celui de tragédie, n'y voyant que les personnages qui en fussent dignes. Cela eut suffi au bon homme Plaute , qui n'y cherchait point d'autre finesse : parce qu'il y a des dieux et des rois dans son Jmphitnjon , il veut que c'en soit une, et parce qu'il y a des valets qui bouî'fonnent, il veut que ce soit aussi une comédie, et lui donne l'un et l'autre nom, par un composé qu'il forme exprès , de peur de ne lui donner pas tout ce qu'il croit lui appartenir. Mais c'est trop déférer aux personnages , et considérer trop peu l'action. Aristote en use autrement dans la définition qu'il