‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 390 sur 766 · ON, ACTE I, SCENE · texte numérisé non relu

ON, ACTE I, SCENE

Puisque les Castillans l'ont mis entre les trois Dont à leur grande reine ils demandent le choix; Et comme ses rivaux lui cèdent en mérite , Un espoir à présent plus doux le sollicite : Il régnera sans nous. Mais, madame, après tout, Savez-vous à quel choix l'Aragon se résout, Et quels troubles nouveaux j'y puis faire renaître S'il voit que je lui mène un étranger pour maître; Montons, degrâce, au trône; et de Jàbeaucoup mieux Sur le choix d'un époux nous baisserons les yeux.

D. LÉONOR

Vous les abaissez trop ; une secrète flamme A déjà malgré moi fait ce choix dans votre âme : De l'inconnu Carlos l'éclatante valeur Aux mérites du comte a fermé votre cœur. Tout est illustre en lui, moi-même je l'avoue ; Mais son sang, que le ciel n'a formé que de boue, Et dont il cache exprès la source obstinément...

D. ELVIRE

Vous pourriez en juger plus favorablement ; Sa naissance inconnue est peut-être sans tache : Vous la présumez basse à cause qu'il la cache; Mais combien a-t-on vu de princes déguisés Signaler leur vertu sous des noms supposés, Dompter des nations, gagner des diadèmes, Sans qu'aucun les connut, sans se connaître euxd. léoaor. [mêmes!

Quoi ! voilà donc enfin de quoi vous vous flattez !

D. ELVIRE

J'aime et prise en Carlos ses rares qualités.

Il n'est point d'âme noble à qui tant de vaillance

N'arrache cette estime et cette bienveillance;

Et l'innocent tribut de ces affections,

Que doit toute la terre aux belles actions,

N'a rien qui déshonore une jeune princesse.

En cette qualité, je l'aime et le caresse ;

En cette qualité, ses devoirs assidus

Me rendent les respects à ma naissance dus.

Il fait sa cour chez moi comme un autre peut faire :

Il a trop de vertus pour être téméraire;

Et si jamais ses vœux s'échappaient jusqu'à moi,

Je sais ce que je suis et ce que je me doi.

D. LÉONOR

Daigne le juste ciel vous donner le courage De vous en souvenir et le mettre en usage !

D. ELVIRE

Vos ordres sur mon cœur sauront toujours régner.

D. LÉONOR

Cependant ce Carlos vous doit accompagner, Doit venir jusqu'aux lieux de votre obéissance Vous rendre ces respects dus à votre naissance, Vous faire, comme ici, sa cour tout simplement?

D. ELVIRE

De ses pareils la guerre est l'unique élément :

Accoutumés d'aller de victoire en victoire,

Ils cherchent en tous lieux les dangers et la gloire.

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