DON SANCHE D'ARAGON, ACTE II, SCENE IV
Adieu. Souvenez-vous surtout de ma défense; Et vous aurez demain l'honneur de ma présence.
CARLOS
Consens-tu qu'où diffère, honneur? le consens-tu?
Cet ordre n'a-t-il rien qui souille ma vertu?
N'ai-je point a rougir de cette déférence
Que d'un combat illustre achète la licence?
Tu murmures, ce semble? Achève; explique-toi.
La reine a-t-elle droit de te faire la loi ?
Tu n'es point son sujet, l' Aragon m'a vu naître.
0 ciel ! je m'en souviens; et j'ose encor paraître?
Et je puis, sous les noms de comte et de marquis,
D'un malheureux pêcheur reconnaître le fils!
Honteuse obscurité, qui seule me fais craindre! Injurieux destin, qui seul me rends à plaindre ! Plus on m'en fait sortir, plus je crains d'y rentrer ; Et crois ne t'avoir fui que pour te rencontrer. Ton cruel souvenir sans fin me persécute; Du rang où l'on m'élève il me montre la chute. Lasse-toi désormais de me faire trembler; Je parle à mon honneur, ne viens point le troubler. Laisse-le sans remords m'approcher des couronnes; Et ne viens pas m'ôter plus que tu ne me donnes. Je n'ai plus rien à toi : la guerre, a consumé Tout cet indigne sang dont tu m'avais formé; J'ai quitté jusqu'au nom que je tiens de ta haine, Et ne puis... Mais voici ma véritable reine.