‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 417 sur 766 · D. ALVAR, D. ELVIRE · texte numérisé non relu

D. ALVAR, D. ELVIRE

D. ALVAR

Enfin, après un sort à mes vœux si contraire, Je dois bénir le ciel qui vous renvoie un frère ; Puisque de notre reine il doit être l'époux, Cette heureuse union me laisse tout à vous. Je me vois affranchi d'un honneur tyrannique, D'un joug que m'imposait cette faveur publique, D'un choix qui me forçait à vouloir être roi : Je n'ai plus de combat à faire contre moi, Plus à craindre le prix d'une triste victoire; Et l'infidélité que vous faisait ma gloire Consent que mon amour, de ses lois dégagé, Vous rende un inconstant qui n'a jamais changé.

D. ELVIRE

Vous êtes généreux, mais votre impatience Sur un bruit incertain prend trop de confiance ; Et cette prompte ardeur de rentrer dans mes fers Me console trop tôt d'un trône que je perds. Ma perte n'est encor qu'une rumeur confuse Qui du nom de Carlos, malgré Carlos, abuse; Et vous ne savez pas, à vous en bien parler, Par quelle offre et quels vœux on m'en peut consoler. Plus que vous ne pensez la couronne m'est chère; Je perds plus qu'on ne croit, si Carlos est mon frère . Attendez les effets que produiront ces bruits ; Attendez que je sache au vrai ce que je suis, Si le ciel m'ôte ou laisse enfin le diadème, S'il vous faut m'obtenir d'un frère ou de moi-même, Si, par l'ordre d'autrui, je vous dois écouter, Ou si j'ai seulement mon cœur à consulter.

D. ALVAR

Ah ! ce n'est qu'à ce cœur que le mien vous demande, Madame, c'est lui seul que je veux qui m'entende; Et mon propre bonheur m'accablerait d'ennui Si je n'étais à vous que par l'ordre d'autrui. Pourrais-je de ce frère implorer la puissance

-292 DON SANCHE D'ARAGO

Pour ne vous obtenir que par obéissance; Et, par un lâche abus de son autorité, M'elever en tyran sur votre volonté ?

D. ELYIEE.

Avec peu de raison vous craignez qu'il arrive Qu'il ait des sentiments que mon âme ne suive : Le digne sang des rois n'a point d'yeux que leurs Et leurs premiers sujets obéissentle mieux, [yeux, Mais vous êtes étrange avec vos déférences, Dont les submissions cherchent des assurances. Vous ne craignez d'agir contre ce que je veux, Que pour tirer de moi que j'accepte vos vœux, Et vous obstineriez dans ce respect extrême Jusques à me forcer à dire « Je vous aime. » Ce mot est un peu rude à prononcer pour nous ; Souffrez qu'à m'expliquer j'en trouve de plus doux. Je vous dirai beaucoup, sans pourtant vous rien dire, lesaisdepuisquel temps vous aimez doneElvire ; Je sais ce que je dois, je sais ce que je puis : Mais, encore une fois, sachons ce que je suis; Et, si vous n'aspirez qu'au bonheur de me plaire, Tâchez d'approfondir ce dangereux mystère. Carlos a tant de lieu de vous considérer, Que s'il devient mon roi, vous devez espérer.

D. ALVAB.

Madame...

D. ELV1BE

En ma faveur donnez-vous cette peine , Et me laissez, de grâce, entretenir la reine.

D. ALVAR

J'obéis avec joie et ferai mon pouvoir

A vous dire bientôt ce qui s'en peut savoir.

D. LÉONOR, D. ELYIRE.

D. LÉONOR

Don Alvar me fuit-il?

T). ELVIRE

Madame, à ma prière, 11 va dans tous ces bruits chercher quelque lumière. J'ai craint, en vousvoyant, un secours pour ses feux, Et de défendre mal mon cœur contre vous deux.

D. LÉONOR

Ne pourra-t-il jamais gagner votre courage?

D. ELVIRE

Il peut tout obtenir, ayant votre suffrage.

I). LÉONOR

le lui puis donc enlin promettre votre foi ?

D. EL\ [RE

Oui, si vous lui gagnez celui du nouveau roi.

I). LÉONOR

Et si ce bruit est faux, si vous devenez reine ?

D. ELVIKE.

One vous puis-je répondre, en étant incertaine?

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