‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 430 sur 766 · ARSINOÉ, CLÉONE · texte numérisé non relu

ARSINOÉ, CLÉONE

CLÉOSE.

Vous lui cachez, madame, un dessein qui le toucbe !

ARS1.XOÉ.

Je crains qu'en l'apprenant son cœur ne s'effaroucbe; Je crains qu'à la vertu par les Romains instruit De ce que je prépare il ne m'ôte le fruit, Et ne conçoive mal qu'il n'est fourbe ni crime Qu'un trône acquis par là ne rende légitime.

CLÉONE

J'aurais cru les Romains un peu moins scrupuleux, Et la mort d'Annibal m'eût fait mal juger d'eux.

Ne leur impute pas une telle injustice ; [ n Romain seul l'a faite, et par mon artifice. Rome l'eût laissé vivre, et sa légalité N'eût point forcé les lois de l'hospitalité. Savante à ses dépens de ce qu'il savait faire, Elle le souffrait mal auprès d'un adversaire. Mais quoique, par ce triste et prudent souvenir, De chez Antiochus elle l'ait fait bannir,

Elle aurait vu couler sans crainte et sans envie Chez un prince allié les restes de sa vie. Le seul Flaminius, trop piqué de l'affront Que son père défait lui laisse sur le front ; Car je crois que tu sais que, quand l'aigle romaine Vit choir ses légions au bord du Trasimène, Flaminius son père en était général, Et qu'il y tomba mort de la main d'Annibal ; Ce fils donc, qu'a pressé la soif de la vengeance, S'est aisément rendu de mon intelligence : L'espoir d'en voir l'objet entre ses mains remis A pratiqué par lui le bonheur de mon fils; Par lui j'ai jeté Rome en haute jalousie De ce que Isicomède a conquis dans l'Asie, Et de voir Laodice unir tous ses états, Par l'hymen de ce prince, à ceux de Prusias : Si bien que le sénat prenant un juste ombrage D'un empire si grand sous un si grand courage, Il s'en est fait nommer lui-même ambassadeur, Pour rompre cet hymen, et borner sa grandeur ; Et voilà le seul point où Rome s'intéresse.

CLÉONE

Attale à ce dessein entreprend sa maîtresse ! Mais que n'agissait Rome avant que le retour De cet amant si cher affermît son amour ?

ARSINOÉ

Irriter un vainqueur en tête d'une armée Prête à suivre en tous lieux sa colère allumée, C'était trop hasarder; et j'ai cru pour le mieux Qu'il fallait de son fort l'attirer en ces lieux. Métrobate l'a fait, par des terreurs paniques, Feignant de lui trahir mes ordres tyranniques, Et, pour l'assassiner se disant suborné, Il l'a, grâces aux dieux, doucement amené. Il vient s'en plaindre au roi, lui demander justice; Et sa plainte le jette au bord du précipice. Sans prendre aucun souci de m'en justifier, Je saurai m'en servir à me fortifier.

Tantôt en le voyant j'ai fait de l'effrayée, J'ai changé de couleur, je me suis écriée; Il a cru me surprendre, et l'a cru bien en vain, Puisque son retour même est l'œuvre de ma main.

CLÉONE

Mais, quoi que Rome fasse, et qu' Attale prétende, Le moyen qu'à ses yeux Laodice se rende?

ARSINOÉ

Et je n'engage aussi mon fils en cet amour Qu'à dessein d'éblouir le roi, Rome et la cour.

Je n'en veux pas. Cléone, au sceptre d'Arménie : Je cherche à m'assurer celui de Rithynie; Et, si ce diadème une fois est à nous, Que cet le reine après se choisisse un époux. Je ne la vais presser que pour la voir rebelle, Que pour aigrir les cœurs de son amant et d'elle. Le roi, que le Romain poussera vivement, De peur d'offenser Rome agira chaudement,

N1C0MEDE, AC

Et ce prince, piqué d'une juste colère, S'emportera sans doute, et bravera son père. S'il est prompt et bouillant, le roi ne l'est pas moins ; Et, comme à l'échauffer j'appliquerai mes soins, Pour peu qu'à de tels coups cet amant soit sensible, Mon entreprise est sure, et sa perte infaillible.

Voilà mon cœur ouvert, et tout ce qu'il prétend. Mais dans mon cabinet Flaminius m'attend. Allons, et garde bien le secret de ta reine.

cléone. [peine.

Vous me connaissez trop pour vous en mettre en

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