‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 45 sur 766 · IE (EOE · texte numérisé non relu

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RODRIGUE

Ne diffère donc plus ce que l'honneur t'ordonne,; H demande ma tête, et je te l'abandonne :

Acài- s Se 4

Public par Furne. a Paris.

LE C1D, ACTE I, SCENE il.

CHIMENE

Dis-moi donc, je te prie, une seconde fois

Ce qui te fait juger qu'il approuve mon choix ; [dre ;

Apprends-moi de nouveau quel espoir j'en dois pren-

Un si charmant discours ne se peut trop entendre;

Tu ne peux trop promettre aux feux de notre amour

La douce liberté de se montrer au jour.

Que t'a-t-il répondu sur la secrète brigue

Que font auprès de toi donSanche et don Rodrigue ?

N'as-tu point trop fait voir quelle inégalité

Entre ces deux amants me penche d'un côté ?

EL VI RE

Non, j'ai peint votre cœur dans une indifférence Qui n'enfle d'aucun d'eux ni détruit l'espérance , Et, sans les voir d'un œil trop sévère ou trop doux Attend l'ordre d'un père à choisir un époux. Ce respect l'a ravi , sa bouche et son visage M'en ont donné sur l'heure un digne témoignage, Et puisqu'il vous en faut encor faire un récit , Voici d'eux et de vous ce qu'en hâte il m'a dit : « Elle est dans le devoir, tous deux sont dignes d'elle. « Tous deux formés d'un sang noble, vaillant, fidèle, « Jeunes, mais qui font lire aisément dans leurs yeux « L'éclatante vertu de leurs braves aïeux. « Don Rodrigue surtout n'a trait en son visage « Qui d'un homme de cœur ne soit la haute image, « Et sort d'une maison si féconde en guerriers, « Qu'ils y prennent naissance au milieu des lauriers. « La valeur de son père en son temps sans pareille, « Tant qu'a duré sa force a passé pour merveille ; « Ses rides sur son front ont gravé ses exploits , « Et nous disent encor ce qu'il fut autrefois. « Je me promets du fils ce que j'ai vu du père ; « Et ma fille, en un mot, peut l'aimer et me plaire. » Il allait au conseil , dont l'heure qui pressait A tranché ce discours qu'à peine il commençait ; Mais à ce peu de mots je crois que sa pensée Entre vos deux amants n'est pas fort balancée. Le roi doit à son fils élire un gouverneur, Et c'est lui que regarde un tel degré d'honneur ; Ce choix n'est pas douteux, et sa rare vaillance Ne peut souffrir qu'on craigne aucune concurrence. Comme ses hauts exploits le rendent sans égal, Dans un espoir si juste il sera sans rival : Et puisque don Rodrigue a résolu son père Au sortir du conseil à proposer l'affaire, * Je vous laisse à juger s'il prendra bien son temps, Et si tous vos désirs seront bientôt contents.

CHIMENE

Il semble toutefois que mon âme troublée Refuse cette joie, et s'en trouve accablée. Un moment donne au sort des visages divers, Et dansce grand bonheurje crains un grand revers.

1. Proposer l'affaire est du style comique; mais le Cid fut donné d'abord sous le litre de tragi-comédie.

ELVIBE.

Vous verrez cette crainte heureusement déçue.

CHIMÈÎNE.

Allons, quoi qu'il en soit, en attendre l'issue.

L'INFANTE, LÉONOR , page.

l'infante.

Page , allez avertir Chimène de ma part Qu'aujourd'hui pour me voir elle attend un peu tard, Et que mon amitié se plaint de sa paresse.

( Le page rentre.) LÉONOB.

Madame, chaque jour même désir vous presse ; Et dans son entretien je vous vois chaque jour Demander en quel point se trouve son amour.

l'infante.

Ce n'est pas sans sujet ; je l'ai presque forcée A recevoir les traits dont son âme est blessée : Elle aime don Rodrigue, et le tient de ma main, Et par moi don Rodrigue a vaincu son dédain ; Ainsi de ces amants ayant formé les chaînes, Je dois prendre intérêt à voir finir leurs peines.

LÉONOB.

Madame, toutefois parmi leurs bons succès Vous montrez un chagrin qui va jusqu'à l'excès. Cet amour qui tous deux les comble d'allégresse, Fait-il de ce grand cœur la profonde tristesse? Et ce grand intérêt que vous prenez pour eux Vous rend-il malheureuse alors qu'ils sont heureux ? Mais je vais trop avant, et deviens indiscrète.

l'infante.

Ma tristesse redouble à la tenir secrète. Écoute, écoute enfin comme j'ai combattu, Écoute quels assauts brave encor ma vprtu. L'amour est un tyran qui n'épargne personne. Ce jeune cavalier, cet amant que je donne, Je l'aime.

LÉONOB.

Vous l'aimez !

l'infante.

Mets la main sur mon cœur, Etvoiscommeil se trouble au nom de son vainqueur, Comme il le reconnaît.

LÉONOB.

Pardonnez-moi, madame, Si je sors du respect pour blâmer cette flamme. Une grande princesse à ce point s'oublier Que d'admettre en son cœur un simple chevalier! Et que dirait le roi, que dirait la Caslille ? Vous souvient-il encor de qui vous êtes fille ?

l'infante.

Il m'en souvient si bien que j'épandrai mon sang,

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