‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 471 sur 766 · SERTORIUS, AC · texte numérisé non relu

SERTORIUS, AC

Sous ce titre adoptif, étant ce que vous êtes,

Je pense bien valoir une de mes sujettes ;

Et, si quelque Romaine a causé vos refus,

Te suis tout ce qu'elle est, et reine encor de plus. '

Peut-être la pitié d'une illustre misère....

SERTORIUS

Je vous entends, madame, et, pour ne vous rien taire, J'avoiirai qu'Aristie....

Elle nous a tout dit ; Je sais ce qu'elle espère et ce qu'on vous écrit. Sans y perdre de temps, ouvrez votre pensée.

SERTORIUS

Au seul bien de la cause elle est intéressée : Mais puisque, pour ôter l'Espagne à nos tyrans, Nous prenons, vous et moi, des chemins différents, De grâce, examinez le commun avantage, Et jugez ce que doit un généreux courage.

Je trahirais, madame, et vous et vos états, De voir un tel secours, et ne l'accepter pas : Mais ce même secours deviendrait notre perte, S'il nous ôtait la main que vous m'avez offerte, Et qu'un destin jaloux de nos communs desseins Jetât ce grand dépôt en de mauvaises mains. Je tiens Sylla perdu, si vous laissez unie A ce puissant renfort votre Lusitanie.

Mais vous pouvez enfin dépendre d'un époux, Et le seul Perpenna peut m'assurer de vous. Voyez ce qu'il a fait; je lui dois tant, madame, Qu'une juste prière en faveur de sa flamme....

YIRIATE.

Si vous lui devez tant, ne me devez-vous rien ? Et lui faut-il payer vos dettes de mon bien? Après que ma couronne a garanti vos têtes, Ne mérité-je point de part à vos conquêtes? Ne vous ai-je servi que pour servir toujours, Et m'assurer des fers par mon propre secours ? Ne vous y trompez pas : si Perpenna m'épouse, Du pouvoir souverain je deviendrai jalouse, Et le rendrai moi-même assez entreprenant Pour ne vous pas laisser un roi pour lieutenant. Je vous avoûrai plus : à qui que je me donne, Je voudrai hautement soutenir ma couronne ; Et c'est ce qui me force à vous considérer, De peur de perdre tout, s'il nous faut séparer. Je ne vois que vous seul qui des mers aux montagnes Sous un même étendard puisse unir nos Espagnes : Mois ce que je propose en est le seul moyen; Et, quoi qu'ait fait pour vous ce cher concitoyen, S'il vous a secouru contre la tvrannie, Il en est bien payé d'avoir sauvé sa vie. Les malheurs du parti l'accablaient à tel point, Qu'il se voyait perdu, s'il ne vous eût pas joint; Et même, si j'en veux croire la renommée,

Ses troupes, malgré lui, grossirent votre armée. Rome offre un grand secours, du moins on vous Té- Mais, s'armât-elletoute en faveur d'un proscrit, [crit ; Quand nous sommes auxbords d'une pleine victoire, Quel besoin avons-nous d'en partager la gloire ? Encore une campagne, et nos seuls escadrons Aux aigles de Sylla font repasser les monts. Et ces derniers venus auront droit de nous dire Qu'ils auront en ces lieux établi notre empire ! Soyons d'un tel honneur l'un et l'autre jaloux ; Et quand nous pouvons tout, ne devons rien qu'à

SERTORIUS. [nOUS.

L'espoir le mieux fondé n'a jamais trop de forces. Le plus heureux destin surprend par les divorces ; De trop de confiance il aime à se venger; Et dans un grand dessein rien n'est à négliger.

Devons-nous exposer à tant d'incertitude L'esclavage de Rome et notre servitude, De peur de partager avec d'autres Romains Un honneur où le ciel veut peut-être leurs mains ? Notre gloire, il est vrai, deviendra sans seconde, Si nous faisons sans eux la liberté du monde ; [bats, Mais si quelque malheur suit tant d'heureux com- Quels reproches cruels ne nous ferons-nous pas ! D'ailleurs, considérez que Perpenna vous aime. Qu'il est ou qu'il se croit digne du diadème, Qu'il peut ici beaucoup ; qu'il s'est vu de tout temps Qu'en gourvernantle mieux on fait des mécontents ; Que, piqué de mépris, il osera peut-être....

VIRIATE

Tranchezle mot, seigneur ,je vous aifait mon maître, Et je dois obéir malgré mon sentiment ; C'est à quoi se réduit tout ce raisonnement.

Faites, faites entrer ce héros d'importance, Que je fasse un essai de mon obéissance; Et si vous le craignez, craignez autant du moins LTn long et vain regret d'avoir prêté vos soins.

SERTORIUS

Madame, croiriez-vous....

VIRIATE

Ce mot vous doit suffire.

J'entends ce qu'on me dit, et ce qu'on me veut dire. .Allez, faites-lui place, et ne présumez pas....

SERTORIUS

Je parle pour un autre, et toutefois, hélas î Si vous saviez....

VIRIATE

Seigneur, que faut-il que je sache?

Et quel est le secret que ce soupir me cache?

SERTORIUS

Ce soupir redoublé....

VIRIATE

N'achevez point.; allez :

Je vous obéirai plus que vous ne voulez.

SERTORIUS, AG

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