‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 501 sur 766 · OTHON, ACTE II, SCENE IV · texte numérisé non relu

OTHON, ACTE II, SCENE IV

Depuis que nos Romains ont accepté des maîtres, Ces maîtres ont toujours fait choix de mes pareils Tour les premiers emplois et les secrets conseils : Ils ont mis en nos mains la fortune publique ; Ils ont soumis la terre à notre politique ; Patrobe, Polyclète, et Narcisse, et Pallas, Ont déposé des rois, et donné des états. On nous élève au trône au sortir de nos chaînes ; Sous Claude on vit Félix le mari de trois reines : Et, quand l'amour en moi vous présente un époux, Vous me traitez d'esclave, et d'indigne de vous? Madame, en quelque rang que vous ayez pu naître, C'est beaucoup que d'avoir l'oreille du grand maître . Vinius est consul, et Lacus est préfet; Je ne suis l'un ni l'autre, et suis plus en effet; Et de ces consulats, et de ces préfectures, Je puis quand il me plaît faire des créatures : Galba m'écoute enfin ; et c'est être aujourd'hui, Quoique sans ces grands noms, le premier d'après plautine. [lui.

Pardonnez donc, seigneur, si je me suis méprise : Mon orgueil dans vos fers n'a rien qui l'autorise. Je viens de me connaître, et me vois à mon tour Indigne des honneurs qui suivent votre amour. Avoir brisé ces fers fait un degré de gloire Au-dessus des consuls, des préfets du prétoire ; Et si de cet amour je n'ose être le prix, Le respect m'en empêche, et non plus le mépris. On m'avait dit pourtant que souvent la nature Gardait en vos pareils sa première teinture, Que ceux de nos Césars qui les ont écoutés Ont tous souillé leurs noms par quelques lâchetés, Et que pour dérober l'empire à cette honte L'univers a besoin qu'un vrai héros y monte. C'est ce qui me faisait y souhaiter Othon : Mais à ce que j'apprends ce souhait n'est pas bon. Laissons-en faire aux dieux, et faites-vous justice; D'un cœur vraiment romain dédaignez le caprice. Cent reines à l'envi vous prendront pour époux ; Félix en eut bien trois , et valait moins que vous.

MARTIAN

Madanie,encore un coup, souffrez que je vous aime. Songez que dans ma main j'ai le pouvoir suprême, Qu'entre Othon et Pison mon suffrage incertain , Suivant qu'il penchera, va faire un souverain. Je n'ai fait jusqu'ici qu'empêcher l'hyménée Qui d'Othon avec vous eut joint la destinée : J'aurais pu hasarder quelque chose de plus ; Ne m'y contraignez point à force de refus. Quand vous cédez Othon, me souffrir en sa place, Peut-être ce sera faire plus d'une grâce : Car de vous voir à lui ne l'espérez jamais.

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