‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 505 sur 766 · OTHON, ACTE II, SCENE VI · texte numérisé non relu

OTHON, ACTE II, SCENE VI

LACIS

L'un et l'autre sait trop quel respect vous est du.

CAMILLE

Le crime en est plus grand si vous l'avez perdu. Parlez, qu'avez-vous dit à Galba l'un et l'autre ?

MARTIAX .

Sa pensée a voulu s'assurer sur la nôtre ; Et s'étant proposé le choix d'un successeur, Pour laisser à l'empire un digne possesseur, Sur ce don imprévu qu'il fait du diadème, Vinius a parlé, Lacus a fait de même.

CAMILLE

Et ne savez-vous point, et Vinius, et vous, Que ce grand successeur doit être mon époux? Que le don de ma main suit ce don de l'empire ? Galba, par vos conseils, voudrait-il s'en dédire ?

LACUS

Il est toujours le même, et nous avons parlé Suivant ce qu'à tous deux le ciel a révélé : En ces occasions, lui qui tient les couronnes Inspire les avis sur le choix des personnes. Nous avons cru d'ailleurs pouvoir sans attentat Faire vos intérêts de ceux de tout l'état. > ous ne voudriez pas en avoir de contraires.

CAMILLE-

Vous n'avez, vous ni lui, pensé qu'à vos affaires ; Et nous offrir Pison, c'est assez témoigner...

LACUS

Le trouvez -vous, madame, indigne de régner ? 11 a de la vertu, de l'esprit, du courage; Il a de plus...

CAMILLE

De plus, il a votre suffrage, Et c'est assez de quoi mériter mes refus. Par respect de son sang, je ne dis rien de plus.

MARTI AN

Aimeriez-vous Othon, que Vinius propose, Othon, dont vous savez que Plautine dispose, Et qui n'aspire ici qu'à lui donner sa foi ?

CAMILLE

Qu'il brûle encor pour elle, ou la quitte pour moi, Ce n'est pas votre affaire ; et votre exactitude Se charge en ma faveur de trop d'inquiétude.

LACUS

Mais l'empereur consent qu'ill'épouse aujourd'hui; Et moi-même je viens de l'obtenir pour lui.

CAMILLE

Vous en a-t-il prié ? dites, ou si l'envie...

LACUS

Un véritable ami n'attend point qu'on le prie.

CAMILLE

Cette amitié me charme, et je dois avouer Qu'Othon a jusqu'ici tout lieu de s'en louer, Que l'heureux contre-temps d'un si rare service ...

LACUS

Madame...

Croyez-moi, mettez bas l'artifice.

Ne vous hasardez point à faire un empereur. Galba connaît l'empire, et je connais mon cœur Je sais ce qui m'est propre ; il voit ce qu'il doit faire, Et quel prince à l'état est le plus salutaire. Si le ciel vous inspire, il aura soin de nous, Et saura sur ce point nous accorder sans vous.

LACUS

Si Pison vous déplaît, il en est quelques autres...

CAMILLE

N'attachez point ici mes intérêts aux vôtres. Vous avez de l'esprit, mais j'ai des yeux perçants. Je vois qu'il vous est doux d'être les tout-puissants ; Et je n'empêche point qu'on ne vous continue Votre toute-puissance au point qu'elle est venue ; Mais quant à cet époux, vous me ferez plaisir De trouver bon qu'enfin je puisse le choisir. Je m'aime un peumoi-même,et n'ai pas grande envie De vous sacrifier le repos de ma vie.

MARTIAN

Puisqu'il doit avec vous régir tout l'univers.

CAMILLE

Faut-il vous dire encor que j'ai des yeux ouverts ? Je vois jusqu'en vos cœurs, et m'obstine à me taire; Mais je pourrais enfin dévoiler le mystère.

MAETIAN.

Si l'empereur nous croit...

CAMILLE

Sans doute il vous croira ; Sans doute je prendrai l'époux qu'il m'offrira, Soit qu'il plaise à mes yeux, soit qu'il me choque en Il sera votre maître, et je serai sa femme; [l'âme. Le temps me donnera sur lui quelque pouvoir, Et vous pourrez alors vous en apercevoir. Voilà les quatre mots que j'avais à vous dire, Pensez-y.

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