ACTE CINQUIÈME
La conspiration de Lysander est découverte : Xénoclès remet à Agésilas deux lettres du général, adressées l'une au sénateur Cratès , l'autre à Véphore Arsidax. En ce moment Spitridate paraît , et Agésilas recommande à son confident de ne rien laisser apercevoir. — Spitridate lui dit que son cœur s'est tourné vers Elpinice ; le roi s'efforce de le dissuader de devenir le gendre de Lysander, et finit par avouer que lui-même subit le joug, mais qu'il sait triompher de son cœur.
SPITRIDATE.
Des climats différents la nature est diverse.
La Grèce a des vertus qu'on ne voit point en Perse :
Permettez qu'un Persan n'ose vous imiter,
Que sur votre partage il craigne d'attenter;
Qu'il se contente à moins de gloire, Et trouve en sa faiblesse un destin assez doux Pour ne point envier celle haute victoire Que vous seul avez droit de remporter sur vous.
AGÉSILAS
Mais de mon ennemi rechercher l'alliance !
SPITRIDATE.
De votre ennemi !
AGÉSILAS
Non, Lysander ne l'est pas ; Mais, s'il faut vous le dire, il y court à grands pas.
Spitridate se rend. Mais qu'ordonnera Agésilas relativement à Mandane ? A ce nom, qui réveille tout son amour pour la jeune Persane, le roi se plaint de l'empressement qu'elle met à choisir un époux.— Ma parole n'est pas encore donnée à Cotys, répond Spitridate; au surplus, voici Aglatide qui vient recevoir vos ordres elle-même.
Après une scène de désespoir et d'amour de la part d'Agésilas, de feinte résignation de la part
EXAMEN ANALYTIQUE
de Mandane , le roi donne son consentement au mariage d'Elpinice avec Spitridate, pourvu que la sœur de ce dernier soit à lui. Spitridate s'empresse de porter cette nouvelle à Lysander.
Demeurée avec Agésilas, Mandane lui fait l'aveu sincère de son amour pour Cotys. Elle ne peut plus offrir au roi qu'une foi inviolable ; qu'il choisisse donc, ou de vaincre son amour, ou de recevoir d'une femme ce grand exemple. Il est plongé dans une cruelle perplexité, quand Lysander vient demander pour Cotys la même faveur que le roi a bien voulu accorder à Spitridate. — J'y consens, répond Agésilas : je saurai me surmonter moimême.
AGESILAS à Xénoclès.
Allez dire à Cotys que Mandane est à lui ; Que si mes feux aux siens ne l'ont pas accordée, Pour venger son amour de ce moment d'ennui, Je veux la lui céder comme il me l'a cédée. Oyez de plus.
(Il lui parle bas; Xénoclès sort.)
Et que va devenir celte docte harangue
Que du fameux Cléon doit ennoblir la langue?
reprend-ii en se tournant vers Lysander qui s'apprête à se justifier. Mais Agésilas ne lui en laisse pas le temps, convient de ses torts, avoue qu'en la place de l'illustre général il eût agi de même; enfin il l'invite à ne plus usurper un pouvoir qui ne lui appartient pas.
Agésilas propose à Aglatide, que vient d'introduire Xénoclès, d'accepter un époux de sa main : la jeune étourdie le conjure de ne point la faire déroger, et lui rappelle que jadis il lui permit de croire qu'elle partagerait sa couronne.— Il la laisse dans l'incertitude, jusqu'au moment où les deux couples heureux viennent le remercier.
AGÉSILAS
Je vous ai fait justice à tous, Et je crois que ce jour vous doit être assez doux Qui de tous vos souhaits à votre gré décide; Mais, pour le rendre encor plus doux et plus charmant, Sachez que Sparte voit sa reine en Aglatide, A qui le ciel en moi rend son premier amant.
AGLATIDE.
C'est me faire, seigneur, des surprises nouvelles.
AGÉSILAS
Rendons nos cœurs, madame, à des flammes si belles ; Et tous ensemble allons préparer ce beau jour Qui par un triple hymen couronnera l'amour.