‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 639 sur 766 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Par un traité conclu entre Artabase, roi d'Arménie, et Orode, roi des Parthes, Eurydice, fille du premier de ces deux princes, doit épouser Pacorus, fils du second. Cependant elle aime Suréna, lieutenant d'Orode et général de l'armée des Parthes contre Crassus, et apprend à sa confidente Ormène que cet amour naquit lorsque, au nom

d'Orose et de Rome, Suréna et Cassius vinrent en même temps briguer l'appui de son père.

Tous deux ainsi qu'au roi me rendirent visite, Et j'en connus bientôt le différent mérite. L'un fier, et tout gonflé d'un vieux mépris des rois, Semblait pour compliment nous apporter des lois ; L'autre, par les devoirs d'un respect légitime, Vengeait le sceptre en nous de ce manque d'estime.

Les conseils de la princesse en faveur de l'ambassadeur des Parthes ne furent point écoutés , Suréna n'emporta qu'un dur refus; mais, ajoutet-elle,

Notre adieu ne fut point un adieu d'ennemis.

Vainqueur, Orode a offert la paix, et c'est alors qu'est intervenu le fatal traité. Cependant Eurydice a d'autres causes de chagrins ; Orode fait venir sa fille Mandane, et elle craint qu'il ne la destine à Suréna.

Palmis , sœur de Suréna , qui ignore l'amour mutuel d'Eurydice et de on frère , vient annoncer avec joie l'arrivée de Mandane. — Les inquiétudes de la princesse redoublent ; elle s'informe de l'effet que cette nouvelle a produit sur son amant, et finit par confier à Palmis ce que celle-ci ignorait complètement. En retour, Palmis avoue à Eurydice que naguère Pacorus lui avait promis sa foi, révélation qui ne fait qu'augmenter la répugnance de celle-ci pour l'époux qui lui est destiné. Enfin, revenant à son amour pour Suréna , la princesse force Palmis à lui répéter que celui du général parthe reste le même , malgré l'obstacle qui s'élève entre eux.

Suréna entre ; il renouvelle les protestations de sa tendresse, et Eurydice lui en demande une nouvelle preuve : c'est de ne point épouser Mandane :

N'ajoutez point, seigneur, à des malheurs si grands, Celui de vous unir au sang de mes tyrans; De remettre en leurs mains le seul bien qui me reste, Votre coeur : un tel don me serait trop funeste.

Suréna jure de ne former aucun lien , puisqu'il ne peut appartenir à Eurydice ; mais , par un généreux retour, elle ne veut pas l'empêcher de donner au monde des neveux dignes de lui. Suréna réplique.

Que tout meure avec moi, madame ! que m'importe Qui foule après ma mort la terre qui me porte? Sentiront-ils percer par un écbt nouveau, Ces illustres aïeux, la nuit de leur tombeau? Respireront-ils l'air où les feront revivre Ces neveux qui, peut-être, auront peine à les suivre, Peut-être ne feront que les déshonorer, Et n'en auront le sang que pour dégénérer?

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