‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 685 sur 766 · AK1ANE, ACTE V, SCÉNÈ IV · texte numérisé non relu

AK1ANE, ACTE V, SCÉNÈ IV

ARIANE, PIRITHOUS.

ARIANE

El) bien ! puis-je accepter la main qui m'est offerte? Le roi s'empresse-t-il à réparer ma perte? Et, pour me laisser libre à payer son amour, De l'hymen de Thésée a-t-on choisi le jour?

PIRITHOUS.

Le roi sur ce projet entretint hier Thésée ; Mais il trouva son âme encor mal disposée. Il est pour les ingrats de rigoureux instants ; Thésée en fit l'épreuve, et demanda du temps.

ARIANE

Différer d'être heureux après son inconstance, C'est montrer en aimant bien peu d'impatience ; Et ce nouvel objet dont son cœur est épris Y doit pour son amour croire trop de mépris. Pour moi, je l'avoûrai, sa trahison me fâche ; Mais puisqu'en me quittant il lui plaît d'être lâche , Si je dois être au roi, je voudrais que sa main Eut pu déjà fixer mon destin incertain. L'irrésolution m'embarrasse et me gêne.

PIRITHOUS.

Si l'on m'avait dit vrai, vous seriez hors de peine; Mais, madame, je puis être mal averti.

ARIANE

Et de quoi, prince?

PIRITHOUS.

On dit que Thésée est parti.

Par là vous seriez libre.

ARTANE.

Ah ! que viens-je d'entendre ?

Il est parti, dit- on?

PIRITHOUS.

Ce bruit doit vous surprendre.

ARIANE

Il est parti! Le ciel me trahirait toujours! Mais non; que deviendraient ses nouvelles amours? Ferait-il cet outrage à l'objet qui l'enflamme? L'abandonnerait-il ?

PIRITHOUS.

Je ne sais ; mais, madame, Un vaisseau cette nuit s'est échappé du port.

Ce n'est pas lui, sans doute; on le soupçonne à tort. Peut-il être parti sans que le roi le sache, Sans que Pirithoûs, à qui rien ne se cache, [ner? Sans qu'enfin... Mais de quoi me voudrais-je éton- Que ne peut-il pas faire ? 11 m'ose abandonner, Oublier un amour qui. toujours trop fidèle, M'oblige encor pour lui...

ARIANE, PIRITHOUS, NÉRINE.

ARIANE, à Nérine.

Que fait ma sœur ? vient-elle?

Avec quelle surprise elle va recevoir La nouvelle d'un coup qui confond mon espoir, D'un coup par qui ma haine à languir est forcée !

NÉRINE

Madame, j'ai longtemps...

ARIANE

Où l'as-tu donc laissée ?

Parle.

NÉRINE

De tous côtés j'ai couru vainement ; On ne la trouve point dans son appartement.

ARIANE

On ne la trouve point! Quoi ! si matin ! Je tremble. Tant de maux à mes yeux viennent s'offrir ensemble, Que, stupide, égarée, en ce trouble importun, De crainte d'en trop voir, je n'en regarde aucun. N'as-tu rien ouï dire ?

On parle de Thésée.

On veut que cette nuit, voyant la fuite aisée...

ARIANE

0 nuit! ô trahison dont la double noirceur Passe tout... Mais pourquoi m'alarmerde ma sœur? Sa tendresse pour moi, l'intérêt de sa gloire, Sa vertu, tout enfin me défend de rien croire. Cependant contre moi quand tout prend son parti, Elle ne paraît point, et Thésée est parti ! Qu'onla cherche; c'est troplanguirdansce supplice; Je m'en sens accablée, il est temps qu'il finisse. Quoique mon cœur rejette un doute injurieux, Il a besoin ce cœur du secours de mes yeux. La moindre inquiétude est trop tard apaisée.

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