‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 711 sur 766 · THÉRÈSE, LÉONOR, D. JUAN, SGANARELLE · texte numérisé non relu

THÉRÈSE, LÉONOR, D. JUAN, SGANARELLE

THÉRÈSE, à Léonor.

Vraiment! j'aime assez à vous voir, Impudente ! Il vous faut parler avec des hommes!

SGANARELLE , à Thérèse.

Vous ne savez pas bien, madame, qui nous sommes.

LÉONOR

Est-ce faire du mal, quand c'est à bonne fin ? Ce monsieur-là m'a dit qu'il était médecin ; Et je lui demandais si, pour guérir votre asthme, Il ne savait pas...

SGANARELLE

Oui, j'ai certain cataplasme Qui, posélorsqu'on tombe en suffocation, Facilite aussitôt la respiration.

THÉRÈSE

Hé, mon Dieu ! là-dessus j'ai vu les plus habiles ; Leurs remèdes me sont remèdes inutiles.

SGANARELLE

Je le crois. La plupart des plus grands médecins Ne sont bons qu'à venir visiter des bassins : Mais pour moi, qui vais droit au souverain dictame, Je guéris de tous maux ; et je voudrais, madame, Que votre asthme vous tînt du haut jusques au bas ;

Trois jours mon cataplasme, il n'y paraîtrait pas.

THÉRÈSE

Hélas ! que vous feriez une admirable cure !

SGANARELLE

Je parle hardiment, mais ma parole est sure. Demandez jt monsieur. Outre l'asthme, il avait Un bolus au côté, qui toujours s'élevait. Du diaphragme impur l'humeur trop réunie Le mettait tous les ans dix fois à l'agonie ; En huit jours je vous ai balayé tout cela, Nettoyé l'impur, et... Regardez, le voilà Aussi frais, aussi plein de vigueur énergique, Que s'il n'avait jamais eu tache d'asthmatique.

THÉRÈSE

Son teint est frais, sans doute, et d'un vif éclatant.

SGANARELLE

Ça, voyons votre pouls. Il est intermittent, La palpitation du poumon s'y dénote.

THÉRÈSE

Quelquefois...

SGANARELLE

Votre langue ? Elle n'est pas tant sotte. En dessous; levez-la. L'asthme y paraît marqué. Ah! si mon cataplasme était vite appliqué...

THÉRÈSE

Où donc l'applique-t-on ?

SGANARELLE, lui parlant avec action, pour l'empêcher de voir que don Juan entretient tout bas Léonor.

Tout droit sur la partie Où la force de l'asthme est le plus départie. Comme l'obstruction se fait de ce côté, Il faut, autant qu'on peut, la mettre en liberté ; Car, selon que d'abord la chaleur restringente A pu se ramasser, la partie est souffrante, Et laisse à respirer le conduit plus étroit. Or est-il que le chaud ne vient jamais du froid : Par conséquent, sitôt que dans une famille Vous voyez que le mal prend cours...

THÉRÈSE , à Léonor.

Petite fille, Passez de ce côté.

SGANARELLE, continuant.

Ne différez jamais.

D. JUAN, basa Léonor.

Vous viendrez donc ce soir ?

LÉONOR

Oui, je vous le promets.

SGANARELLE

A vous cataplasmer commencez de bonne heure. En quel lieu faites-vous ici votre demeure ?

THÉRÈSE

Vous voyez ma maison.

SGANARELLE, liront sa tabatière.

Dans trois heures d'ici, Prenez dans un œuf frais de cette poudre-ci , Et du reste du jour ne parlez à personne.

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