THÉRÈSE, LÉONOR, D. JUAN, SGANARELLE
THÉRÈSE, à Léonor.
Vraiment! j'aime assez à vous voir, Impudente ! Il vous faut parler avec des hommes!
SGANARELLE , à Thérèse.
Vous ne savez pas bien, madame, qui nous sommes.
LÉONOR
Est-ce faire du mal, quand c'est à bonne fin ? Ce monsieur-là m'a dit qu'il était médecin ; Et je lui demandais si, pour guérir votre asthme, Il ne savait pas...
SGANARELLE
Oui, j'ai certain cataplasme Qui, posélorsqu'on tombe en suffocation, Facilite aussitôt la respiration.
THÉRÈSE
Hé, mon Dieu ! là-dessus j'ai vu les plus habiles ; Leurs remèdes me sont remèdes inutiles.
SGANARELLE
Je le crois. La plupart des plus grands médecins Ne sont bons qu'à venir visiter des bassins : Mais pour moi, qui vais droit au souverain dictame, Je guéris de tous maux ; et je voudrais, madame, Que votre asthme vous tînt du haut jusques au bas ;
Trois jours mon cataplasme, il n'y paraîtrait pas.
THÉRÈSE
Hélas ! que vous feriez une admirable cure !
SGANARELLE
Je parle hardiment, mais ma parole est sure. Demandez jt monsieur. Outre l'asthme, il avait Un bolus au côté, qui toujours s'élevait. Du diaphragme impur l'humeur trop réunie Le mettait tous les ans dix fois à l'agonie ; En huit jours je vous ai balayé tout cela, Nettoyé l'impur, et... Regardez, le voilà Aussi frais, aussi plein de vigueur énergique, Que s'il n'avait jamais eu tache d'asthmatique.
THÉRÈSE
Son teint est frais, sans doute, et d'un vif éclatant.
SGANARELLE
Ça, voyons votre pouls. Il est intermittent, La palpitation du poumon s'y dénote.
THÉRÈSE
Quelquefois...
SGANARELLE
Votre langue ? Elle n'est pas tant sotte. En dessous; levez-la. L'asthme y paraît marqué. Ah! si mon cataplasme était vite appliqué...
THÉRÈSE
Où donc l'applique-t-on ?
SGANARELLE, lui parlant avec action, pour l'empêcher de voir que don Juan entretient tout bas Léonor.
Tout droit sur la partie Où la force de l'asthme est le plus départie. Comme l'obstruction se fait de ce côté, Il faut, autant qu'on peut, la mettre en liberté ; Car, selon que d'abord la chaleur restringente A pu se ramasser, la partie est souffrante, Et laisse à respirer le conduit plus étroit. Or est-il que le chaud ne vient jamais du froid : Par conséquent, sitôt que dans une famille Vous voyez que le mal prend cours...
THÉRÈSE , à Léonor.
Petite fille, Passez de ce côté.
SGANARELLE, continuant.
Ne différez jamais.
D. JUAN, basa Léonor.
Vous viendrez donc ce soir ?
LÉONOR
Oui, je vous le promets.
SGANARELLE
A vous cataplasmer commencez de bonne heure. En quel lieu faites-vous ici votre demeure ?
THÉRÈSE
Vous voyez ma maison.
SGANARELLE, liront sa tabatière.
Dans trois heures d'ici, Prenez dans un œuf frais de cette poudre-ci , Et du reste du jour ne parlez à personne.