LE FESTIN DE PIERRE, ACTE IV, SCÈNE V
Et le petit Colin, est-il encor de même ?
Fait-il toujours grand bruit avecque son tambour ?
M. DIMANCHE
Oui, monsieur, on en est étourdi tout le jour. Je venais...
D. JUAN
Et Brusquet, est-ce à son ordinaire ?
L'aimable petit cbien pour ne pouvoir se taire ! Mord-il toujours les gens aux jambes?
M. DIMANCHE
A ravir.
C'est pis que ce n'était ; nous n'en saurions chevir : Et quand il ne voit pas notre petite fille...
D. JUAN
Je prends tant d'intérêt à toute la famille, Qu'on doit peu s'étonner si je m'imforme ainsi De tout l'un après l'autre.
M. DIMANCHE
Oh! je vous compte aussi Parmi ceux qui nous font...
Allons donc, je vous prie, Touchez, monsieur Dimanche.
M. DIMANCHE
Ah!
D. JUAN
Mais, sans raillerie, M'aimez-vous un peu? Là.
M. DIMANCHE
Très-humble serviteur.
D. JUAN
Parbleu ! je suis à vous aussi de tout mon cœur.
M. DIMANCHE
Vous me rendez confus. Je...
D. JUAN
Pour votre service, Il n'est rien qu'avec joie en tout temps je ne fisse.
M. DIMANCHE
C'est trop d'honneur pour moi ; mais, monsieur, s'il Je viens pour... [vous plaît,
D. JUAN
Et cela, sans aucun intérêt ; Croyez-le.
M. DIMANCHE
Je n'ai point mérité cette grâce. Mais...
D. JUAN
Servir mes amis n'a rien qui m'embarrasse.
M. DIMANCHE
Si vous...
D. JUAN, se levant.
Monsieur Dimanche, ho çà, de bonne foi, Vous n'avez point dîné; dînez avecque moi. Vous voilà tout porté.
M. DIMANCHE
Non, monsieur, une affaire
Me rappelle chez nous, et m'y rend nécessaire.
D. JUAN
Vite, allons, ma calèche.
M. DIMANCHE
Ah ! c'est trop de moitié.
D. JUAN
Dépêchons.
M. DIMANCHE
. Non, monsieur.
D. JUAN
Vous n'irez point à pié.
M. DIMANCHE
Monsieur, j'y vais toujours.
La résistance est vaine.
Vous m'êtes venu voir, je veux qu'on vous remène.
M. DIMANCHE
J'avais là...
D. JUAN
Tenez-moi pour votre serviteur.
M. DIMANCHE
Je voulais...
D. JUAN
Je le suis et votre débiteur.
M. DIMANCHE
Ah ! monsieur!
D. JUAN
Je n'en fais un secret à personne ; Et de ce que je dois j'ai la mémoire bonne.
M. DIMANCHE
Si vous me...
D. JUAN
Voulez- vous que je descende en bas, Que je vous reconduise ?
M. DIMANCHE
Ah! je ne le vaux pas.
Mais...
Embrassez-moi donc ; c'est d'une amitié pure Qu'une seconde fois ici je vous conjure D'être persuadé qu'envers et contre tous Il n'est rien qu'au besoin je ne fisse pour vous. (Don Juan se retire.)
SGANARELLE , reconduisant M. Dimanche.
Vous avez en monsieur un ami véritable, Un...
M. DIMANCHE
De civilités il est vrai qu'il m'accable, Et j'en suis si confus, que je ne sais comment Lui pouvoir demander ce qu'il me doit.
SGANARELLE
Vraiment, Quand on parle de vous, il ne faut que l'entendre ! Comme lui tous ses gens ont pour vous le cœur tendre, Et pour vous le montrer, ah ! que ne vous vient-on