ACTE V, SCENE III
Profiter sagement des faiblesses des hommes, Et qu'un esprit bien fait, s'il craint les mécontents, Se doit accommoder aux vices de son temps.
SGANARELLE
Qu'entends-je ? C'en est fait, monsieur, et je le quitte; Il ne vous manquait plus que vous faire hypocrite : Vous êtes de tout point achevé, je le voi. Assommez-moi de coups, percez-moi, tuez-moi, Il faut que je vous parle, il faut que je vous dise : « Tant va la cruche à l'eau, qu'enfin elle se brise. » Et, comme dit fort bien en moindre ou pareil cas Un auteur renommé que je ne connais pas, Un oiseau sur la branche est proprement l'exemple De l'homme qu'en pécheur ici-bas je contemple. La branche est attachée à l'arbre, qui produit, Selon qu'il est planté, de bon ou mauvais fruit. Le fruit, s'il est mauvais, nuit plus qu'il ne profite; Ce qui nuit vers la mort nous fait aller plus vite : La mort est une loi d'un usage important ; Qui peut vivre sans loi vit en brute ; et partant Ramassez; ce sont là preuves indubitables Qui font que vous irez, monsieur, à tous les diables.
D. JUAN
Le beau raisonnement !
SGANARELLE
Ne vous rendez donc pas ; Soyez damné tout seul, car, pour moi, je suis las. . .
D. JUAN, apercevant Léonor.
N'avais-je pas raison? Regarde, Sganarelle; Vient-on au rendez-vous ?