LA STATUE DU COMMANDEUR, D. JUAN, LÉONOR, PASCALE, SGANARELLE
LA STATUE , prenant D. Juan par le bras. Arrête, Don Juan.
Ah! qu'est-ce que je voi?
Sauvons-nous vite, hélas !
D. JUAN , tâchant à se défaire de là slalue.
Ma belle, attendez-moi, Je ne vous quitte point.
LA STATUE
Encore un coup, demeure; Tu résistes en vain.
SGANARELLE
Voici ma dernière heure, C'en est fait.
D. JUAN , à la statue.
Laisse-moi.
SGANARELLE
Je suis à vos genoux , Madame la statue : ayez pitié de nous,
LA STATUE
Je t'attendais ce soir à souper.
D. JUAN
Je t'en quitte :
On me demande ailleurs.
LA STATUE
Tu n'iras pas si vite ; L'arrêt en est donné ; tu touches au moment Où le ciel va punir ton endurcissement. Tremble !
Tu me fais tort quand tu m'en crois capable : Je ne sais ce que c'est que trembler.
SGANARELLE
Détestable !
LA STATUE
Je t'ai dit, dès tantôt, que tu ne songeais pas Que la mort chaque jour s'avançait à grands pas. Au lieu d'y réfléchir tu retournes au crime, Et t'ouvres à toute heure abîme sur abîme. Après avoir en vain si longtemps attendu, Le ciel se lasse : prends, voilà ce qui t'est dû. (La statue embrasse D. Juan; et, un moment après, tous deux sont abîmés.)
D. JUAN
Je brûle, et c'est trop tard que mon âme interdite.., Ciel.
SGANARELLE
Il est englouti ! je cours me rendre ermite. L'exemple est étonnant pour tous les scélérats ; Malheur à qui le voit et n'en profite pas !
FIN DU FESTIN DE PIERRE
LE COMTE D'ESSEX
AU LECTEUR
Il y a trente ou quarante ans que feu M. delà Calprenède traita le sujet du comte d'Essex, et le traita avec beaucoup de succès. Ce que je me suis hasardé à faire après lui semble n'avoir point déplu ; et la matière est si heureuse par la pitié qui en est inséparable, quelle n'a pas laissé examiner mes fautes avec toute la sévérité que j'avais à craindre. Il est certain que le comte d'Essex eut grande part aux bonnes grâces d'Elisabeth. Il était naturellement ambitieux. Des services qu'il avait rendus à l'Angleterre lui enflèrent le courage. Ses ennemis l'accusèrent d'intelligence avec le comte de Tyron, que les rebelles d'Irlande avaient pris pour chef. Les soupçons qu'on en eut lui firent ôter le commandement de l'armée. Ce changement le piqua. Il vint à Londres , révolta le peuple , fut pris, condamné ; et, ayant toujours refusé de demander grâce, il eut la tête coupée le 25 février 1 601 . Voilà ce que l'histoire m'a fourni. J'ai été surpris qu'on m'ait imputé de l'avoir falsifiée , parce que je ne me suis point servi de l'incident d'une bague qu'on prétend que la reine avait donnée au comte d'Essex pour gage d'un pardon certain , quelque crime qu'il pût jamais commettre contre l'état ; mais je suis persuadé que cette bague est de l'invention de M. de la Calprenède ; du moins je n'en ai rien lu dans aucun historien. Cambdenus, qui a fait un gros volume de la seule vie d'Elisabeth, n'en parle point ; et c'est une particularité que je me serais cru en pouvoir de supprimer quand même je l'aurais trouvée dans son histoire.