ETTRBS PARTICULIÉBES
jainiu CoQstaut. — Allons, mon lieutenant. Mais, qui est ce Ben* jamin ? — Cest un coquin, un homme de la révolutiou. — Allons, mon lieutenant, courons vite l’assommer. C’est donc un de ces gens qui disent que tout allait mal du temps de mon grand-père ?
— Oui. — Oh le mauvais homme ! et je gage qu’il dit que tout va mieux maintenant ? — Oui. — Oh le scélérat I Dites-moi , mon
lieutenant , on va donc rétablir tout ce qui était jadis ? Assu^
rcment, mon cher. — Et ce Benjamin ne veut pas ? — Non, le coquin ne veut pas. — Et il veut qu’on mpintienne ce qui est à présent ? — Justement. — Quel maraud ! Dites moi , mon lieutenant, ce bon temps-là, c’était le temps des coups de bâton, de la schlague pour les soldats ? — Que sais-je , moi ? — C’était le temps des coups de plat de sabre? — Que veux-tu que je te dise? ma foi, je n’y étais pas. — Je n’y étais pas non plus; mais j’en ai ouï parler ; et , s’il vous plaît , il dit , ce monsieur Benjamin , que tout cela n’était pas bien ? — Oui. C’est un drôle qui n’aime que sa révolution ; il blâme généralement tout ce qui se faisait alors.
— Alors , mon lieutenant , nous autres sergents , pouvions-nous devenir officiers? Non certes, dans ce temps-là. — Mais la révolution changea cela , je crois , nous lit des officiers , ôta les coups de bâton? — Peut-être; mais qu’importe? Et ce Benjamin-là, dites- vous, mon lieutenant, approuve la révolution , ne veut pas qu’on remette les choses comme, elles étaient? — Que de discours; marchons. — Allez, mon lieutenant; allez, en m’attendant. — Ah! coquin , je te devine; tu penses comme Benjamin; tu aimes la révolution. — Je hais les coups de bâton. — Tu as tort, mon ami ; tu ne sais pas ce que c’est. Ils ne déshonorent point quand on les reçoit d’un chef ou bien d’un camarade. Que moi , ton lieutenant , je te donne la bastonnade, tu la donnes aux soldats en qualité de sergent; aucun de nous, je t’assure, ne serait déshonoré.— Fort bien. Mais, mon lieutenant, qui vous la donnerait? — A moi? personne, j’espère. Je suis gentilhomme. — Je suis homme. — Tu es un sot, mon cher. C’était comme cela jadis. Tout allait bien. L’ancien régime vaut mieux que la révolution. Pour vous, mon lieutenant. — Puis c’est la discipline des puis.sances étrangères : Anglais, Suisses, Allemands, Russes , Prussiens , Polonais, tous bâtonnent le soldat. Ce sont nos bous ami^ , nos fidèles allies; il faut faire comme
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eux. Les cabinets se füclieront , si nous voulons toujours vivre et nous gouverner à notre fantaisie. Martin bâton commande les troupes de la Sainte-Alliance. — Ma foi , mon lieutenant, je n’ai pas grande envie de servir sous ce général ; et puis , je vous l’avoue , j’aime l’avancement. Je voudrais devenir, s’il y avait moyen , maréchal. — Oui, j’entends , maréchal des logis dans la cavalerie. — INon, ce n’est pas cela. — Quoi! maréchal ferrant? — Non. — Propos séditieu.x. Tu te gâtes. Francisque. Qui diable te met donc ces idées dans la tête? tu ne sais ce que tu dis. Tu rêves, mon ami, ou bien tu n’entends pas la distinction des classes. Moi, noble, ton lieutenant, je suis de la haute classe. Toi, nis de mon fermier, tu es de la basse classe. Comprends-tu maintenant? Or, il faut que chacun demeure dans sa classe ; autrement ce serait un désordre, une cohue; ce serait la révolution.
— Pardon, mon lieutenant; répondez-moi , je vous prie. Vous voulez , j’imagine , devenir capitaine ? — Oui. — Colonel- ensuite ?
— Assurément. — Et puis général? — A mon tour. — Puis maréchal de France ? — Pourquoi non ? Je peux bien l’espérer comme
un autre Et moi , je reste sergent? — Quoi ! ce n’est pas assez
pour un homme de ta sorte, né rustre, lilsd’uu rustre? Sou vienstoi donc, moucher, que ton père est paysan. Tu voudrais me commander peut-être ? — Mon lieutenant, le maréchal duc de... qui nous passe en revue , est fils d’un paysan ? — On le dit. — 11 vous commande. — Eh I vraiment c’est le mal. VoilàTe désordre qu’a produit la révolution. Mais on y remédiera , et bientôt , j'en suis sûr, mon oncle me l’a dit; ou arrangera cela eu dépit de Benjamin , qui sera pendu le premier, si nous ne l’assommons tout à l’heure. Viens , Francisque, mon ami, mon frère de lait, mon camarade ; viens , sabrons tous ces vilains avec leur Benjamin. 11 n’y a point de danger ; lu sais.bien qu’à Paris ils se sont laissé faire. — Allez, mon lieutenant, mon camarade; allez devant et m’attendez. — Francisque, écoute-moi. Si tu te conduis bien, que tu sabres ces vilains quand je te le commanderai , si je suis content de toi! j’écrirai à mon père qu’il te fasse laquais , garde-chasse ou portier. — Allez , mon lieutenant. — Oh ! le mauvais sujet! Va, tu en mangeras, de Iq prison; je te le promets.
D’autres content autrement. L’arrivée de Benjamin , annoncée
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à Saamur , fit plaisir aux jeunes gens, qui voulurent le fSter : non que Benjamin soit jeune ; mais ils disent que ses idées sont de ce siècle-ci, et leur conviennent fort. La jeunesse ne vaut rien nulle part, comme vous savez ; à Saumur, elle est pire qu’ailleurs. Ils sortent au devant du député de gauche, et vont à sa rencontre avec musique, violons, flûtes, fifres, haut-bois. Les gentilshommes de la garnison , qui ne veulent entendre parler ni du siècle ni de ses idées , trouvèrent celle-là très- mauvaise; et , résolus de toubler la fête , attaquent les donneurs d'aubade, croyant ne courir aucun risque. Mais , en ce pays-là , la garde nationale ne laisse point sabrer les jeunes gens dans les rues ; aussi n'estelle pas commandée par un duc. La garde nationale armée fit tourner la tête aux nobles assaillants , qui bientôt, «mal menés, quittent le champ de bataille en y laissant des leurs. Tel est le second récit.
A Nogent-le-Rotrou , il ne faut point danser , ni regarder danser, de peur d’aller en prison. Là , les droits réunis s’en viennent au milieu d’une fête de village exercer ( c’est le mot, nousappelons cela vexer) ; on chasse mes coquins. Gendarmes aussitôt arrivent ; en prison le bal et les violons , danseurs et spectateurs , en prison tout le monde. Un maire verbalise ; un procureur du roi ( c'est comme qui dirait tin loup quelque peu clerc ) voit là dedans des complots, des machinations, des ramifications. Queue voit pas le zèle d’un procureur du roi ! 1! traduit devant la cour d’assises vingt pauvres gens qui ne savaient pas que le roi eût un procureur. Les uns sont artisans , les autres laboureurs, quelques-uns parents du maire , tous perdus sans ressource. Qui sèmera leur champ? Qui fera leurs travaux, pendant six mois de prison ou plus ? Qui prendra soin de leurs familles ? Et sortis , s’ils en sortent, que deviendront-i! après ? mendiants ou voleurs par force ; nouvelle matière pour le zèle de M. le procureur du roi.
Ici , scène moins grave; il s’agit de préséance. A i’église , c'était grande cérémonie : office pontifical, cierges allumés, fauxbourdon , procession , cloches en branle; le concours des fideles , et cet ordre pompeux, faisaient plaisir à voir. Au beau milieu du chœur , deux champions couverts d’or se gourmeut , s’apostrophent,— Ote-toi. — Non, c'est ma piace. — C’est la
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mienne. — Tu mens. Coups de pied , coups de poing. Tu u’es pas royaliste. — Je le suis plus que toi. — Non, mais moi plus que toi ; je te le prouverai, je te le ferai voir. Votre mère sainte Église , affligée du scandale , y voulut mettre fin ; le ministre du Très-Haut arrive crossé , mitré. Ali! monsieur le général ! ah ! monsieur le commandant de la garde nationale ! Mon cher comte ! mon cher chevalier ! Laisser-là cette chaise , monsieur le général ; rengainez votre épée, monsieur le commandant.
Par malheur, le payeur ne se trouvait pas là, car il eût apaisé la noise tout d’abord , en faisant savoir à ces messieurs ce que chacun d’eux touche par mois du gouvernement; on eût pu calculer, en francs, de combien l’un était plus royaliste que l’autre, et régler lesjrangs sans dispute. La charge de payeur devrait toujours s’unir à celle de maître des cérémonies. Je l’ai dit à Perceval , un de nos députés ; il en fera la proposition dès qu’il sera conseiller d’État.
Mais dites-moi, je vous prie, vous qui avez couru, .sauriezvous un pays où il n’y eût ni gendarmes , ni rats de cave , ni maire, ni procureur du roi, ni zèle, ni appointements ( je voulais dire n’importe , c’est tout un), ni généraux, ni
commandants , ni nobles , ni vilains qui |>ensent noblement ? Si vous savez un tel pays sur la mappemonde, montrez-le-moi , et me procurez un passe-port.
Voilà Perceval en bon chemin. Secrétaire de la guerre! cela s’appelle tirer son épingle du jeu. C’est un habile garçon ; il n’en demeurera pas là : tant vaut l’homme, tant vaut la députation Les sots n’attrapent rien; quelques-uns y meltent du leur. Il n’ose, dit-on, revenir ici, de peur de la sérénade. Quelle faiblesse ! je me mofjuerais et delà sérénade et de mes commettants. Bellart n'en est pas mort à Brest. Un autre de nos députés , M. Gouiu Moisan , est ici un peu fâché, à ce qu’on dit , de n’avoir pu encore rien tirer des ministres, ni pour lui, ni pour sa famille. Ce M. Gouin Moisan est un honnête marchand que la noblesse méprise, et qui vote avec elle sans qu’elle le méprise moins , comme vous pensez bien. Pour les services par lui rendus au parti gentilhomme ,il voudrait qu’on le fît noble ; il se contenterait du titre de baron. La noblesse française n’a point de baron Gouin , et s’en jasse volontiers ; mais Gouin ne se passe
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pas de noblesse. Depuis trois ans entiers , il se lève , il s’assied avec le côté droit , dans l’espérance d’un parchemin. Quand on peut à ce prix rendre les gens heureux , il faut avoir le cœur bien ministériel pour les laisser languir. Le service des nobles est dur et profite peu; on leur sacrifie tout; on renie ses amis, ses œuvres , ses paroles ; on abjure le vrai ; toujours dire et se dédire , parler contre son sens; combattre l’évidence, et mentir sans tromper ; je ne m’étonne pas que de Serre en soit malade. Renoncer à toute espèce de bonne foi , d’approbation de soi-méine et d’autrui ; affronter le haro , l’indignation publique ! pour qui ? pour des ingrats qui vous payent d’un cordon et disant : Le sieur I.aioé, le nommé de Villèle, un certain Donnadieu. Eh! bonjour, mou ami ; votre père fait-il toujours de bons souliers? Çà, vous dînerez chez moi , quand je n’aurai personne. Voilà la récompense Va , pour telles gens , va trahir ton mandat , et livre à l’étranger ta patrie et tes dieux. Ainsi parle un vilain dégoûté de bien penser ; mais la moindre faveur et un coup d'œil caressant le rengage comme Sosie , et fait taire la conscience , la patrie et le mandat.
Nous en allons faire de nouveaux , je dis des députés; Dieu sait quels, blancs ou noirs , mais bonnes gens, à coup sûr. En attendant ce jour, on rit de la querelle de Paul et du préfet : c’est affaire d’élections '. Paul veut être électeur ; le préfet ne veut pas qu’il le soit, et lui fait la plus plaisante chicane... Paul n’a pas de domicile, dit le préfet, attendu qu’il a été soldat; il a femme et enfant dans ce département, cultive son héritage, habite la maison de son père et de son grand-père , paye treize cents francs d’impôts : tout cela n’y fait rien. 11 a été soldat pendant seize ans, rebelle aux puissances étrangères , aux cabinets de l’Europe ; il a quitté le pays. Que ne restait-il chez lui? ou , s’il eût émigré... C’est un mauvais sujet , un vagabond , indigne d’être même électeur. Cette bouffonnerie réjouit toute la ville , et le département , et le bonhomme Paul qui, labourant son champ, se moque des cabinets. Adieu , portez-vous bien ; que tout ceci soit entre nous.
• Voir la requête au conseil de préfecture, qui précède.
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