‹ Œuvres de P.L. Courier précédées de sa vieChapitre 121 sur 141 · LETTRE DE M. CLAVIER · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. CLAVIER

Paris, le <9 Janvier 1810.

Il a paru à Florence une nouvelle édition des fables d’Ésope,

d’après un manuscrit très-ancien ; je vous prie de me l’envoyer, si vous en trouvez l’occasion. Les Molini de Florence me doivent le prix de douze exemplaires d’Apollodore; veuillez leur en parler : je prendrai volontiers des livres pour cela.

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Je vous félicite de votre découverte, et je ne doute pas que vous n’en fassiez d’autres si vous vous donnez la peine de fouiller dans les manuscrits de Florence et de Rome , où depuis longtemps il y a peu de gens liabiles en grec.

Je travaille, dans ce moment , à un nouveau dictionnaire de grands hommes, où je me suis chargé de faire toute Thisloire ancienne, tant civile que littéraire , les Romains exceptés. Beaucoup de membres de l’Institut prennent part à cet ouvrage. *

Vous aviez sans doute appris que Gail a été reçu de l’Institut

avant moi : c’est une excellente acquisition ; il est le seul qui nous fasse rire. 11 nous a lu une dissertation pour prouver que l’ironie règne dans le banquet de Xénophon , et il s’est fort offensé de ce que je lui ai dit qu’on le contredirait d’autant moins là-dessus que personne jusqu’ici ne s’était avisé de prendre cet ouvrage au sérieux. 11 nous a aussi prouvé que Xantippe était une excellente femme, douce, pleine d’attention pour son mari , et que tous les bruits qui avaient couru sur son compte étaient de pures (xdomnies. C’est bien généreux de sa part que de faire l’apologie des méchantes femmes. Ses sottises ont tellement déconcerté tous ses partisans, qu’il se trouve maintenant que personne ne lui a donné sa voix.

A M. ET MADAME CLAVIER

A PARIS

Florence, le 13 mars 1810.

Monsieur, voici ce que ditMolini. Il va vous envoyer les fables d’Ésope , qui , par parenthèse , sont tirées du même manuscrit que mon Longus. Il vous enverra en même temps le compte de ce qu’il a vendu de votre Apollodore.

Vous êtes bien bon de vous occuper des grands hommes : j’en ai vu de près deux ou trois; c’étaient de sots personnages.

Lisez Daphnis et Chloé, madame; c’est la meilleure pastorale qu’ait jamais écrite un évêque. Messire Jacques la traduisit, ne pouvant mieux , pour les fidèles de son diocèse ; mais le bon homme eut dans ce travail d’étranges distractions, que j’attribue au sujet, et à quelques détails d’une naïveté rare. Pour moi, on m’accuse, comme vous savez , de m’occuper des mots plus que des choses ; mais je vous assure qu’en cherchant des mots pour cesdeux petits drôles, j’ai très-souvent pensé aux choses. Passez-

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moi c«tte turlupinade , comme dit madame de Sévigné, et ne doutez jamais de mon profond respect.

Il y a bien plus à vous dire. Amyot fut un des Pères du concile de Trente ; tout ce qu’il écrit est article de foi. Faites à présent des façons pour lire son Longus. En vérité, il n’y a point de meilleure lecture : c’est un livre à mettre entre les mains de mesdemoiselles vos Allés tout de suite après le catéchisme.

[ Courier quitta Florence le 24 mars , et vint à Rome. Il ue resta en ville que peu de jours, et alla s’établir à Tivoli avec ses livres pour travailler dans la solitude , et mettre la dernière main au texte de Longi;is, qu’il se jiroposait de publier. Au mois d’août il revint à Rome pour le faire imprimer : l’éditiou fut faite à ses frais, et l’ouvrage tiré à cinquante-deux exemplaires seulement, qu’il envoya à ses amis et aux hellénistes de sa connaissance, français, italiens et allemands. ]

A M. LAMBERTl,

X mLkx.

Rome, le 9 mai ISIO.

Je ne m’étonne pas qu’on vous ait bien reçu à Paris , avec ce que vous y portiez, et connu comme vous l’êtes en ce pays-là , où l’on aime les gens tels que vous. Cet accueil vous doit engager à y retourner, et ainsi j’espère que nous pourrons nous y revoir quelque Jour.

Si les Molini de Florence ne vous ont point envoyé la brochure* qu’ils m’out promis de vous faire tenir, écrivez-leur , ou faites-la réclamer par M. Fusi. Il y a un exemplaire pour vous , un pour Bossi, et uu pour le sénateur Testi.

La tache d’encre au manuscrit est peu de chose, et les sottises qu’on a mises à ce sujet dans les journaux ue méritent pas que Kenouard s’eu inquiète si fort. Uu papier qui me servait à marquer dans le volume l’endroit du supplément s’est trouvé, je ne sais comment, barbouillé d’encre eu dessous, et, s’étant collé au feuillet, en a effacé une vingtaine de mots dans presque autant de lignes : voilà le fait. Mais le bibliothécaire est un certain Furia, qui ne se peut consoler, ni me pardonner d’avoir fait cette petite découverte dans un manuscrit qu'il a eu longtemps

' La traduction de Oaphnis et Cliloé, imprimée à Florence.

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entre les mains, et dont il a même publié différents extraits : et voilà la rage.

Vos notes sur Homère seront assurément excellentes, et pour ma part je suis fort aise que vous les vouliez achever. Mais, dfe grâce, après cela ne penserez-vous point tout de bon à ces Argonautes? Songez que quatre beaux vers, tels que vous les savez faire, valent mieux que quatre volumes dénotés critiques. Assez de gens feront des notes , et même de bonnes notes; mais qui saura rendre dans nos langues modernes les beautés de l’antique? Il faut pour cela les sentir d’abord, c'est-à-dire avoir du goût, et puis entendre les textes, et puis savoir sa propre langue ; trois choses rares séparément , mais qui ne se trouvent presque jamais unies. Et de fait, excepté votre OEdipe , avonsnous, je dis nous Français et Italiens, une bonne traduction d'un poème grec? Celui d’Apollonius intéresserait davantage le public, et aurait plus de lecteurs que là tragédie. Le sujet en est beau, les détails admirables, et l’étendue telle, que vous en pouvez terminer avec soin toutes les parties, sans vous engager dans un travail infini. En un mot, c’est une très-belle chose à faire, et que vous seul pouvez faire. Ne me venez point dire : Ce ne sera qu’une traduction. La toile et les principaux traits , voilà ce que vous empruntez; mais les couleurs seront de vous. Vous en avez une provision de couleurs, et des plus belles; faites-en donc quelque chose. Je vous dirai plus; j’aime mieux cela qu’un poème sur un sujet neuf, entreprise que je ne conseillerais à personne.

Mon dessein est toujours de vous aller voir avant les grandes chaleurs : mais n’y comptez pas; car je change souvent d’idée, n’en ayant de fixe que celle de vous aimer, et de vous faire traduire Apollonius. Adieu. Je vous recommande cette toison. Chantez-nous un peu de la toison. Si ce sujet-là ne vous anime, cher Lamberti, qu’êtes- vous devenu?

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