A M. BOISSON ADE
k PABIS.
Tivoli , le 1S septembre 18<6.
Il faut que vous croyiez mon affaire bien mauvaise , pour me chercher des protecteurs. Quant à moi, je ne sais ce qui en arrivera ; mais je ne ferai assurément aucune réclamation ; j’ai peur , si je redemandais mon livre saisi , qu’on ne me saisît moimême.
Pour votre ami , qui est si bon de s’intéresser à moi , je suis bien fâché de ne pouvoir vous envoyer un exemplaire. Qn m’en a pris vingt-sept , j’en avais distribué trente, il m’en reste donc trois; car, comme vous savez, il n’y en avait que soixante; et ces trois-là sont condamnés à toutes les ratures et biffures que j’y pourrai faire , si l’on réimprime quelque jour cette bagatelle corrigée. Au reste , je ne veux point en donner du tout à Son
LKTTHES IMEDlTESy
Excelleace, que je n’ai pas l'honneur de connaître. Remercier, je vous prie , ce bon monsieur de sa bonne volonté ; mais qu’il se garde de me nommer, ni de dire jamais en tels lieux un mot qui ait trait a moi. Je n’aime point que ces gens-là sachent que je suis au monde, parce qu’ils peuvent me faire du mai, et ne me sauraient faire du bien.
Quoi qu’il en soit , je vous admire d’avoir été songer à cela , et surtout d’avoir pu trouver quelqu’un’qui voulût dire un mot en ma faveur, comme s’il n’était pas tout visible que jamais je ne serai bon à rien pour personne.
Adieu ; souvenez-vous de moi , et gardez-moi toujours cette précieuse amitié.