‹ Œuvres de P.L. Courier précédées de sa vieChapitre 25 sur 141 · PUBLIÉS DANS DIFPÉBENTS JOURNAUX · texte numérisé non relu

PUBLIÉS DANS DIFPÉBENTS JOURNAUX

rais pas, je vous assure, mes cent soixante, non quêtées, non sollicitées.

J’ai l’honneur d’être , etc.

Véretz, le 18 mai.

COURRIER FRANÇAIS. -1" février 1823.

{ Le public entendit mal cette lettre ; on y chercha des allusions qui n'y étaient pas. Ce fut la faute de l'auteur ; le public ne peut avoir tort. Il s'agit d'un fait véritable, le procès de Paul-Louis Courier contre certains chasseurs mglais. Cette affaire lut arrangée par l'entremise de quelques amis.)

Au rédacteur du Courrier Français.

Monsieur,

Apparemment vous savez, comme tout le monde, mon procès avec cet Anglais qui est venu chasser dans mes bois. Vous serez bien aise d’apprendre que nous nous sommes accommodés. La chose fait grand bruit; on ne parle que de cela depuis le Chêne Fendu jusqu’à Saint- Avertin ; et, comme il arrive toujours dans les affaires d’importance, on parle diversement. Les uns disent que j’ai bien fait d’entendre à un arrangement; que la paix vaut mieux que la -guerre; que l’Angleterre est à ménager dans les circonstances présentes; qu’on ne sait ce qui peut arriver. Mais d’autres soutiennent que j’ai eu tort d’épargner ces coureurs de renards ; qu’il en fallait faire un exemple ; qu’il y va du repos de toute notre commune. Pour moi , c’était mon sentiment ; aussi l’avais-je fait assigner, et j’allais parler de la sorte devant les juges:

« Messieurs, d’après le procès-verbal qu’on vient de mettre sous vos yeux , vous voyez de quoi il s’agit. Monsieur Fisher , Anglais, cité devant vous plusieurs fois pour avoir chassé sur les terres de différents particuliers, autant de fois condamné, paye l’amende, et se croit quitte envers ceux dont il a violé la propriété. C’est une grande erreur que cela , et vous le sentirez, j’espère. Outre que ceux même qui reçoivent de lui quelque argent ne sont point parla satisfaits, plusieurs ne reçoivent rien, et souffrent par son fait; car nos terres, comme vous savez , étant, grâce à Dieu , divisées en une infinité de petites

LETTBES ET ARTICLES

portions, et les héritages mêlés, avec ses chiens et ses piqueurs il ravage les champs de cent cultivateurs , ou de mille peut-être, et n’en dédommage qu’un seul qui a le temps et les moyens de lui faire uq procès , c’est-à-dire le riche. Celui qui ne possède qu’un arpent, un quartier, raccommode sa haie comme il peut, refait son fossé ; le blé foulé cependant ne se relève pas , ni la vigne froissée ne reprend son bourgeon. Le bonhomme disait, du temps de la Fontaine : Ce sont là jeux de princes, et on le laissait dire; mais aujourd’hui les princes même ne se permetleaî plus de pareils jeux; et l’on m’assure qu’en Angleterre , dans son pays , M. Fisher ne ferait pas ce qu’il fait ici. Je ne sais et ne veux point trop examiner ce qui en est; mais vous y pourrez réfléchir, et m’entendez à demi-mot. Votre pensée, sans doute, n’est pas qu’on doive tout endurer de messieurs les Anglais, et qu’ils puissent ici, chez nous, ce qu’ils n’osent chez eux ni ailleurs.

« Vous jugerez celui-ci d’après nos lois françaises; vous ne sauriez guère faire autrement; et la chose même semble juste au premier coup d’œil. Cependant il y a beaucoup à dire. Si j’allais, moi Français, eu Angleterre chasser sur les terres deM. Fisher, ne croyez pas, messieurs, que je fusse jugé d’après la loi commune, ainsi qu’un Auglais natif. Les étrangers , en ce pàys-là, sont tolérés, non protégés; une loi est établie ponr eux : contre eux serait plutôt le mot. En vertu de cette loi , qu’wi appelle alien-bill, si on faisait là quelque sottise, comme de courir avec une meute à travers vignes et guérets { il n’y a point de vignes, je le sais bien, faute de soleil, en Angleterre; mais je parle par supposition ) , si je commettais là de semblables dégâts, d’abord on me punirait d’une peine arbitraire, selon le bon plaisir du juge; puis je serais banni du royaume , ou , pour mieux dire, déporté : cela s’exécute militairement. L’étranger qui se conduit mal ou déplaît , on le prend , on le mène au port le plus proche, on l’embarque sur le premier bâtiment prêt à faire voile, qui le jette sur la première côte où il aborde. Voilà comme on me traiterait si j’allais chasser sur les terres de M. Fisher, ou même, sans que j’eusse chassé, si M. Fisher témoignait n’être pas content de moi dans son pays. Pour un ménre délit, on .distingue les étrangers des nationaux; on ne ponit

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