RÉPONSE AOX LETTRES ANONYMES
reille , tout bas, par une jeune femme , ses fautes, ses passions, ses désirs , ses faiblesses, recueille ses soupirs sans se sentir ému, 1 et il a vingt-cinq ans. '
Confesser une femme! imaginez ce que c’est. Tout au fond de ' l’église , une espèce d’armoire , de guérite , est drfôsëe contre k mur exprès, où ce prêtre, non Mingrat, mais quelque homme de bien , je le veux , sage , pieux , comme j’en ai connu , homme pourtant et jeune ( ils le sont presque tous), attend le soir après vêpres sa jeune pénitente qu’il aime; elle le sait : l’amour ne se cache point à la personne aimée. Vous m’arrêterez là : son caractère de prêtre, son éducation, son vœu.... Je vous réponds qu’il n’y a vœu qui tienne; que tout curé de village , sortant du séminaire, sain, robuste et dispos, aime sans aucun doute une de ses paroissiennes. Cela ne peut être autrement; et si vous contestez, je vous dirai bien plus, c’est qu’il les aime toutes, celles du moins de son âge; mais il en préfère une, qui lui senvble, sinon plus belle que les autres, plus modeste et plus sage, et qu’il épouserait; il en ferait une femme vertueuse, pieuse, n’était le pape, il la voit chaque jour, la rencontre à l’église ou ailleurs, et, devant elle assis aux veillées de l’hiver, il s’abreuve, imprudent ! du poison de ses yeux.
Or, je vous prie, celle-là, lorsqu’il l’entend venir le lendemain , approcher de ce confessionnal , qu'il reconnaît ses pas et qu’il peut dire. C’est elle , que se passe-t-il dans l'âme du pauvre confesseur? Honnêteté, devoir, sages résolutions, ici servent de peu, sans une grâce du ciel toute particulière. Je le suppose un saint; ne pouvant fuir, il gémit apparemment, soupire, se recommande à Dieu ; mais si ce n’est qu’un iromme , il frémit, il désire, et déjà malgré lui, sans le savoir peut-être, il espère. FJle arrive, se met à ses genoux, à genoux devant lui, dont le cœur saute et palpite. Vous êtes jenne, monsieur, ou vous l’avez été; que vous semble, entre nous, d’une telle situation ? Seuls la plupart du temps, et n’ayant pour témoins que ces murs, que ces voûtes , ils causent; de quoi ? hélas! de tout ce qui n’est pas innocent. Ils parlent, ou plutôt murmurent à voix basse, et leurs bouches s’approchent, leur souffle se confond. Cela dure une heure ou plus, et se renouvelle souvent.
Ne pensez pas que j’invenie. Cette scène a lieu lellcque je vous
ADBESSÉES A PAUL-LOUIS COURIEK. 203
)a dépeins , et dans toute la France ; chaque jour se renouvelle par quarante mille jeunes prêtres , avec autant de jeunes filles qu’ils aiment parce qu’ils sont hommes, confessent de la §orte, entretiennent tête à tête, visitent parce qu’ils sont prêtres, et n’épousent point parce que le pape s’y oppose. Le pape leur pardonne tout, excepté le mariage, voulant plutôt un prêtre adultère, impudique, débauché, assassin , comme Mingrat, que marié. Miugrat tue ses maîtresses; on le défend en chaire : ici on prêche pour lui; là on le canonise. S’il en épousait une, quel monstre! il ne trouverait d’asile nulle part. Justice en serait faite bonne et prompte, comme du maire qui les aurait mariés. Mais quel maire oserait.^
Réfléchissez maintenant, monsieur, et voyez s’il était possible de réunir jamais en une même personne deux choses plus contraires que l’emploi de confesseur et le vœu de chasteté ; quel doit être le sort de ces pauvres jeunes gens, entre la défense de posséder ce que nature les force d’aimer, et l’obligation de converser intimement, confidemment avec ces objets de leur amour; si enfin ce n’est pas assez de cette monstrueuse conibinaison pour rendre les unS forcenés, les autres je ne dis pas coupables, car les vrais coupables sont ceux qui, étant magistrats , souffrent que de jeunes hommes confessent de jeunes filles, mais criminels, et tous extrêmement malheureux. Je sais là-dessus leur secret.
J’ai connu à Livourne le chanoine Fortini, qui peut-être vit encore, un des savants hommes d’Italie, et des plus honnêtes du monde. Lié avec lui d’abord par nos études communes, puis par une mutuelle affection, je le voyais souvent, et ne sais comme un jour je vins à lui demander s’il avait observé son vœu de chasteté, il me l’assura , et je pense qu’il disait vrai en cela comme en toute autre chose. Mais , ajouta-t-il , pour passer par les mêmes épreuves , je ne voudrais pas revenir à l’âge de vingt ans. Il en avait soixante et dix. J’ai souffert. Dieu le sait, et m’en tiendra compte, j’espère; mais je ne recommencerais pas. Voilà ce qu’il me dit, et je notai ce discours si bien dans ma mémoire , que je me rappelle ses propres mots.
A Rocca di Papa, je logeais chez le vicaire, où je tombai malade. Il eut grand soin de moi , et prit cette occasion pour me
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parler de Dieu, auquel je pensais plus que lui et plus souvent, mais autrement. II voulait me convertir, me sauver, disait-il. Je l’écoutais, volontiers; car il parlait toscan, et s’exprimait des mieux dans ce divin langage. A la fln je guéris; nous devînmes amis ; et comme il me prêchait toujours, je lui dis : Cher abbé, demain je me confesse, si tu veux te marier et vivre heureux. Tu ne peux l’être qu’avec une femme, et je sais celle qu’il te faut. Tu la vois chaque jour, tu l’aimes, tu péris. Il me mit la main sur la bouche , et je vis que ses yeux se remplissaient de pleurs. J’ai ouï conter de lui, depuis, des choses fort étranges, et qui me rappelèrent ce qu’on lit d’Origène.
Voilà où les réduit le malheur de leur état. Mais pourquoi, me direz-vous, quand on est susceptible de telles impressions, se faire prêtre? Hé! monsieur, se font-ils ce qu’ils sont? Dès l’enfance élevés par la milice papale, séduits, on les enrôle; ils prononcent ce vœu abominable, impie, de n’avoir jamais femme, famille, ni maison; à peine sachant ce que c’est, novices , adolescents , excusables par là ; car un vœu de la sorte , celui qui le ferait avec une pleine connaissance, il le faudrait saisir, séquestrer en prison , ou reléguer au loin dans quelque île déserte. Ce vœu fait, ils sont oints, et ne s’en peuvent dédire ; que si l’engagement était à terme, certes peu le renouvelleraient. Aussitôt on leur donne filles, femmes à gouverner. On approche du feu le soufre et le bitume; car ce feu a promis, dit-on, de ne point brûler. Quarante mille j.eunes gens ont le don de continence pris avec la soutane, et sont dès lors comme n’ayant plus ni sexe ni corps. Le croyez- vous? De sages, il en est, si sage se peut dire qni combat la nature. Quelques-uns en triomphent; mais combien , au prix de ceux que la grâce abandonne dans ces tentations ? La grâce est pour peu d’hommes , et manque même au plus juste. Comment auraient-ils, eux, ce don de continence, jeunes, dans l’ardeur de l’âge, quand les vieux ne font pas ?
Ce curé de Paris, que Vautrin, tapissier, le trouvant avec sa femme, tua et jeta par la fenêtre, il y a peu d'années (l’aventure est connue dans le quartier du Temple; on n’en fit point de bruit , à cause du clergé ) ; ce curé avait soixante ans , et celui de Pezay en a soixante-huit, qui ne l’ont pas empêché.
OAZETTB DU VILLAGE.
dernièrement encore , de prendre dans les boues une fille mendiante et tombant du haut mal. Il en fit sa maîtresse : autre affaire étouffée par le crédit des oints, car le père se plaignit, voyant sa fille grosse; mais l’Église intervint. Celui qui ne peut à cet âge s’abstenir d’un objet horrible et dégoûtant, que pensez-vous qu’il ait fait à vingt ou vingt-cinq ans, gouverneur d’innocentes et belles créatures? Si vous avez une fille , envoyez-la, monsieur, au soldat , au hussard , qui pourra l’épouser, plutôt qu’à l’homme qui a fait vœu de chasteté , plutôt qu’à ces séminaristes. Combien d’affaires 5 étouffer, si tout ce qui se passe en secret avait des suites évidentes, ou s’il y avait beaucoup de maires comme celui de Saint-Quentin ! Que d’horreurs laissent entrevoir ces faits, qui transpirent malgré la connivence des magistrats, les mesures prises pour arrêter toute publicité, le silence imposé sur de telles matières! Et sans même parler des crimes, quelles sources d’impuretés, de désordres, de corruption que ces deux inventions du pape, le célibat des prêtres et la confession nommée auriculaire! que de mal elles font! que de bien elles empêchent! Il le faut voir et admirer là où la famille du prêtre est le modèle de toutes les autres, où le pasteur n’enseigne rien qu’il ne puisse montrer en lui, et, parlant aux pères, aux époux, donne l’exemple avec le précepte. Là, les femmes n’ont point l’impudence de dire à un homme leurs péchés; le clergé n’est point hors du temple, hors de l’État, hors de la loi; tous abus établis chez nous dans les temps de la plus stupide barbarie, de la plus crédule ignorance, difficiles à maintenir aujourd’hui que le monde raisonne, que chacun sait compter ses doigts.
GAZETTE DU VILLAGE
Ce journal n’est ni littéraire , ni scientifique , mais rustique. A ce titre , il doit intéresser tous ceux que la terre fait vivre, ceux oui mangent du pain, soit avec un peu d’ail, soit avec d’au-
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1res mets moins simples. Les rédacteurs sont gens connus, demeurant la plupart entre le pont Clouet et le Chêne Fendu, laboureurs, vignerons, bûcherons, scieurs de long et botteleurs de foin, dont les opinions, les principes, n’ont jamais varié, incapables de feindre ou d’avoir d’autres vues que leur propre intérêt , qui , comme chacun sait, est celui de l’État; tranquilles sur le reste , et croyant qu’eux repus , tout le monde a dîné. Paul-Louis, quelque peu clerc, écoute leurs récits, recueille leurs propos, sentences, dits notables, qu’il couche par écrit, et en fait ces articles , sans y rien sous-entendre. 11 ne faut point diercher ici tant de finesse. Nous nommons par leur nom les choses et les gens. Quand nous disons un chou, des citrouilles, un concombre , ce n’est point de la cour ni des grands que nous parlons. Si gros Pierre bat sa femme, nous n’irons pas écrire : Le bruit courait hier que M. de G... P... ; ou dans certains salons, on se dit à fom'üc... Nous contons bonnement, comme on conte chez nous, et plaignons l’embarras de nos pauvres confrères , ayant à satisfaire à la fois les lecteurs qui demandent du vrai, le gouvernement qui prétend que nulle vérité n’est bonne à dire.
— Monsieur le maire a entendu la messe dans sa tribune. Après le service divin, monsieur le maire a travaillé dans son cabinet avec monsieur le brigadier de la gendarmerie; ensuite de quoi ces messieurs ont expédié leur messager, dit le Bossu, avec un paquet pour monsieur le préfet en main propre. Nous savons cela de bonne part , et le porteur doit revenir avec la réponse ou le reçu : même on l’a vu passer près de la Ville aux Dames, où il a bu un coup. Quant au contenu de la dépêche, rien n’a transpiré. On soupçonne qu’il s’agit de quelques mauvais sujets qui veulent danser le dimanche et travailler le jour de Saint- Gilles.
Madame, femme de monsieur le maire, est accoucliée d’un gentilhomme, au son des cloches de la paroisse.
— Les rossignols chantent, et l’iiirondelle arrive; voilà la nouvelle des champs. Après un rude hiver et trois mois de fâcheux temps , pendant lesquels on n’a pu faire charrois ni labours , l’année s’ouvre enOn , les travaux reprennent leur cours.
— Charles Avenel est en prison pour avoir parlé aux soldats.
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Revenant hier de Sainte-lVIaure , il rencontra quelques soldats, et les mena au cabaret. Ils furent bientôt bons amis; Avenet a servi longtemps; il est membre, non chevalier de la Légion d’honneur. En buvant bouteille, Camarades, leur dit il, qu’il ne vous déplaise , où allez- vous le sac au dos? A l’armée, dirent ces jeunes gens. Fort bien. Et demandant une seconde bouteille : Qu’allez-vous faire? Hé! mais, la guerre apparemment. Fort bien , répond Avenet. A la troisième bouteille ; Çà , dites-moi , pour qui allez-vous faire la guerre? Ils se mirent à rire. On parla des affaires. Deux gendarmes étaient là, qui, connaissant Avenet, l’appellent et lui disent : Va-t’en, Avenet, va-t’en» Il les crut, s’en alla; les gendarmes aussi. Mais il revint bientôt, rejoignit ses convives , et reprit son propos. Alors on l’arrêta. Cétaient d’autres gendarmes. On l'a mis au cachot. Le cas est grave : il a dit ce qui se dit entre soldats, après trois bouteilles hues.
— Les vaches ne se vendent point. Les lilles étaient chères à rassemblée de Véretz, les garçons hors de prix. Ou n’en saurait avoir. Tous et toutes se marient à cause de la conscription. Deux cents francs un garçon ! sans le denier à Dieu , sabots , blouse et chapeau pour la première année. Une fille , vingt-cinq écus.
La petite Madelon les refuse de Jean Bedout; encore ne sait-elle boulanger ni traire.
— Ou voit dans nos campagnes des gens qui , ne gagnant rien , dépensent gros, étrangers, inconnus. L’un, marchand d’allumettes, l’autre, venu pour vendre un cheval qui vaut vingt francs , s’établissent à l’auberge , et mangent di.x francs par jour.
Ils font des connaissances, jouent et payent à boire les dimanches, lesjours de fête ou d'assemblée. Ils parlent des Bourbons, de la guerre d'Espagne; causent et font causer ; c’est leur état. Pour cela, ils vont par les villages , non pour aucun négoce. On appelle ces gens, à la ville, des mouchards; à l’armée, des espions ; à la cour, des agents secrets ; aux champs , ils n’ont point de nom encore, n’étant connus que depuis peu. Ils s’étendent, se répandent à mesure que la morale publique s’organise*.
— M. le maire est le télégraphe de notre commune; en le . voyant, on sait tous les événements. Lorsqu’il nous salue, c’est que l’année de la Foi a reçu quelque échec ; bonjour de lui veut dire une défaite là-bas. Passe-t-il droit et fier? la bataille est ga-
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gnce; il marche sur Madrid, entonce son '•hapeau oom entrer dans la ville capitale des Espagnes. Que demain on l’en chasse, il nous embrassera, touchera dans la main , amis comme devant. D’un jour à l’autre il change, et du soir au matin est affable ou brutal. Cela ne peut durer; on attend des nouvelles, et, selon la tournure que prendront les affaires , on élargira la prison ou les prisonniers.
— Pierre Moreau et sa femme sont morts, âgés de vingt-cinq ans. Trop de travail les a tués, ainsi que beaucoup d’autres. On dit. Travailler comme un nègre, comme un forçat; il faudrait : Travailler comme un homme libre.
— Milon fut quatre ans en prison pour son opinion, au temps de 1815; sa femme, cependant, et sa fille moururent; il en sortit ruiné; corrigé, non; son opinion est la même qu’auparavant, ou pire. Ce qu’il n’aimait pas, il l’abhorre à présent. Us sont dans la commune dix mal pensants , que le maire fit arrêter un jour, et qui souffrirent longtemps; en mémoire de quoi tous les ans, le 2 mai , ils font ensemble un repas. On n’y boit point à la santé du maireni du gouvernement. Le 2 mai , cette année, ils étaient chez Bourdon , à l’auberge du Cygne , et leur banquet fini, déjà se levaient de table, quand le maire passant. Milon, qui l’aperçut, le montra aux autres; chacun se mord le bout du doigt. Quelques moments après, soit hasard ou dessein , survint le garde-champêtre. Milon, sans dire gare, tombe sur lui, le chasse à coups de pied , de poing , et le poursuit dehors , l’appelant espion , mouchard. Celui-là s’en allait malmené du combat ; arrive Métayer ou monsieur Métayer, car il a terre et vigue. Milon va droit à lui : Êtes-vous royaliste? Oui, répond Métayer. L’autre, d’un revers de main, le jette contre la porte, et voulait redoubler; mais l’hôte le retint. Voilà une grosse affaire. Milon se cache, et fait bien. Les battus cependant n’ont point porté de plainte; l’un garde son soufllet, l’autre ses horions. Le maire ne dit mot. Qu’en sera-t-il? on ne sait. Il faut voir ce que fera notre armée en Espagne pour les révérends pères jésuites.
— Le curé d’Azai , jeune homme qui empêche de danser et de travailler le dimanche, est bien avec l’autorité, mais mol avec ses paroissiens. Il perd deux cents francs de la commune, que le conseil assembié lui retire cette année : résolution hardie,
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presque séditieuse. Ceux qui l’ont proposée, soutenue et votée, pourront ne s’en pas bien trouver. A Véretz, au contraire, on donne un supplément au curé, qui laisse danser, brouillé avec l’autorité. Les deux communes pensent de même. Rien ne fait tant de tort aux prêtres que l’appui du gouvernement : rien ne les recommande comme la haine du gouvernement.
— Simon Cabelin, ne voulant point aller à l’armée, a vendu tout son bien pour acheter un homme, et se fait remplacer. Il avait trois bons quartiers de vigne et un demi-arpent de terre joignant sa maison. Il a fait de tout dix-huit cents francs, et emprunte le reste (car il lui faut cent louis), espérant regagner cela par son travail de maréchal ferrant. On a eu beau lui remontrer qu’il travaillerait à l’armée, gagnerait plus qu’ici, et reviendrait un jcur ayant , outre son bien , bonne somme de deniers ; il ne veut point, dit-il, faire la guerre à Malmort. Malmort est en Espagne, avec trois cent mille hommes, ceiit mille pièces de canon , et son fils.
— A Amboise , on plantait la croix dimanche passé , en grande pompe. Monseigneur y était, non pas notre archevêque , mais le coadjuteur, tous les curés des environs, et un concours de spectateurs. La fête fut belle. Dans cette foule, trois carabiniers se trouvaient en sale veste d’écurie , bonnet de police sur la tête. Un missionnaire les voit , leur crie : Bas le bonnet! Eux font la sourde oreille. Même cri, même contenance. Carabiniers ne s’émeuvent non plus que si on eût parlé à d’autres. Le prélat en colère arrête sa procession; le clergé, les dévots cessent leurs litanies. Le peuple regardait. Les gendarmes enfin ( car toute scène en France finit par les gendarmes) empoignent mes mutins , les mènent en prison. Ils gardèrent leur bonnet. Le soldat est du peuple , et n’a point de dévotion.
— Paul-Louis, sur les hauts de Veretz, fait des choses admirables. C’est le premier homme du monde pour terrasser un arpent de vigne. Il amène , d’un bois non fort voisin de là , cinq cents charges de gazon ou terre de bruyère. Il la laisse mûrir à l’air, de temps en temps la vire, la remue avec cent à cent cinquante charges de fumier qu’il entremêle parmi. Puis, ouvrant une fosse entre deux rangs de ceps, il y place ce terreau; sa vigne, au bout de deux ans. Jeune d'ailleurs, et n’ayant besoin
GAZETTE DU VILLAGE
que d’aliments, se trouve en pleine valeur. Ainsi amendé, un arpent, pourvu qu’on l’entretienne avec soin , diligence, patience, peine et travail , produit au vigneron cent cinquante franc.s par an , et , de plus , treize cents francs aux fainéants de la cour. Le compte en est aisé.
Cet arpent donne quelquefois vingt-quatre pièces ou poinçons de vin aux bonnes années , quelquefois rien : produit moyen , douze poinçons, qui se vendent chacun soixante francs; somme, sauf erreur, sept cent vingt. Déduisez les façons, l’impôt, le coulage, l’entretien, la garde, le coût de ce terreau qu’il faut renouveler tous les cinq ans, vous trouverez net cent cinquante * francs pour le bonhomme.
Mais pour la cour, c’est autre chose. Ces douze poinçons vont h Paris , où l’on en fait du vin de Bourgogne. Ils payent à l’entrée soixante et quinze francs chacun ; plus, six francs de remuage, taxe de l’usurpat'eur devenue légitime ; autant pour droit de patente, et quatre fois autant d’avanies, qu’on appelle réunies, sans les autres faites par la police au marchand débaillant; plus, trente francs d'impôt sur le fonds, dont la valeur en outre, par droit de mutation, passe entière dans les mains du lise tous les vingt ans. Comptez, et n’en oubliez rien : droit d’entrée, droit de remuage, droit de patente, droitde police, droit direct, droits indirects, droits réunis plusieurs ensemble, droit de mutation , c’est tout; faisant bien chaque année treize cents francs pour les courtisans, ou douze cent nouante et six, que je ne mente.
Paul-Louis a dix arpents qu’ilcultiveet façonnede la sorte avec sa famille. Ces bonnes gens en tirent tous les ans, comme on voit, quinze cents francs, dont ils vivent , et treize mille francs pour la splendeur du trône. Ce sont les appointements du procureur du roi qui a mis en prison Paul-Louis, et l’y remettra pour avoir fait ce calcul.
— On nous mande d’Azai : Le préfet a cassé l’arrété de la commune, qui ôtait au curé son traitement de deux cents francs. Ordre de s'assembler une seconde fois, de voter le traitement. On s’assemble, on se regarde; les plus hardis tremblaient. Quelqu’un prend la parole : « Je vote le traitement à monsieur le curé , car c’est un homme de bien. » Tout le monde aussitôt ; « C’est un homme de bien , il lui faut un traitement. » L’affaire
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allait passer à runanimité. Louis Bournegal se lève : « Ce que j’ai dit est dit, je ne m’en dédis pas. Le curé se mêle de tout, il veut tout gouverner; U nous fait enrager; partant, point de traitement. » De tous côtés : « Point de traitement! » Ou va aux voix ', refusé. 11 tonne fort d’en haut sur la pauvre commune.
— Vendredi dernier, les gendarmes, en passant, mirent pied à terre à l'auberge chez Jean Ricaut. !Nos déserteurs, cachés dans différentes maisons (car on les plaint, le monde les recueille volontiers), prirentpeur et s’enfuirent, les uns gagnant le bois, les autres traversant la rivière à la nage. Tous se sauvèrent , excepté Urbain Chevrier. Urbain, depuis peu revenu , ayant fait son temps de conscrit , quand il se vit rappelé par la nouvelle loi-, en eut tant de chagrin , qu’il semblait ne connaître plus parents ni amis, toujours seul et pensif. A la rumeur que fit l’arrivée des gendarmes , lui , comme hors de sens et déjà se croyant pris , s’en va tête baissée se jeter dans son puits, d’où on l’a retiré mort. Six semaines auparavant, il s’était marié avec Rose Deschamps. Jamais noce ne fut si joyeuse , jamais gens si heureux, de longtemps s’entr’aimant, s’étant promis d’enfance. Leur aise a duré peu. La pauvre veuve est grosse , et fait pitié à voir.
— Nous sommes douze, paysans qui achetâmes , il y a deux ans, les terres de la Borderie, vendues par messieurs de la bande noire. Elles nous coûtèrent deux cents francs l’arpent, que pas un de nous ne donnerait à moins de huits cents francs maintenant, et produisent bien quatre fois ce qu’en payait le fermier, quand il payait. Car, mourant de faim , il a mis la clef sous la porte et s’en est allé , comme on sait. Cinq familles ont trouvé logis dans les bâtiments délabrés de cette Borderie; chacun s’y est accommodé; chacun non-seulement a réparé le vieux toit, mais bâti à neuf quelque grange ou quelque pressoir avec-jardin , clienevière, saulaie autoUr de sa demeure. Voilà un village naissant qui va s’étendre et prospérer, jusqu’à ce que le gouvernement y fasse attention.
— Brisson ne pouvait payer ses dettes; il s’est jeté dans l’eau et noyé'. La femme Praut, d’Azai-sur-Cher, et à Mont-Louis un tonnelier, eu ont fait autant cette semaine, lui sans raison connue, elle parce qu’on l’accusait d’avoir voléde l’herbe aux champs. L’an passé, Jean Choinart, fermier de la commune de Toucigny,
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approchant l’août, va voir ses blés, trouve sa récolte trop belle ; il avait spéculé sur la hausse des grains), rentre chez lui, et se défait. Beaucoup de gens embarrassés dans leurs affaires prennent ce parti, le seul qui ne soit pas sujet au repentir. On aime mieux maintenant être mort que ruiné. Nos aïeux ne se tuaient peint. Naissant pour la misère, ils lasavaientsouffrir. Ils n’ambitionnaient point un champ, une niaison, s’en passaient comme de pain , n’espérant rien en ce monde , et ayant peur de l’autre.
— Nous voilà saufs de Saint- Anicet , temps critique pour nos bourgeons. Si la vigne peut passer fleur et ne point couler, on ne saura où mettre tout le vin cette année. Jamais tant de lame ne s’est vue au cep, ni si bien préparée. Les champs aussi promettent du blé à pleine faucille. Laboureur et vigneron sont contents jusqu’ici, chose rare; tous deux se louent du ciel et du temps. Mais combien de hasards encore avant que l’un ou l’autre puisse faire argent de son labeur, payer sa quote, et vivre ! Sécheresse, pluie, orages, ordonnances royales, arrêtés du préfet, du maire, mille chances , mille fléaux, et rien d’assuré que l’impôt. Il y a des gens dont la récolte ne craint ni temps ni grêle, et ce ne sont pas ceux qui , versant, labourant , font le meilleur guéret , mais qui , ayant une place , ne font rien, ou font la cour. Sans autre avance ni embarras, ils moissonnent en toute saison. Quand le bonhomme a dit. Travaillez, prenez de la peine, il sommeillait un peu , ce semble. Pour bien parler, il fallait dire : Présentez des respects , faites des révérences , c’est le fonds qui manque le moins.
— Personne maintenant ne veut être soldat. Ce métier sous les nobles , sans espoir d’avancement, est une galère , un supplice à qui ne s’en peut exempter : on aime encore mieux être prêtre. De jeunes paysans n’ayant rien se mettent volontiers au séminaire; mais avant de prendre les ordres , ceux qui trouvent quelque ressource jettent la soutane et s’en vont , comme Bt naguère Berthelot Sylvain , le second ûls de Berthelot de Ponceau. Agé de vingt-deux ans , il avait étudié pour se faire d 'Église. Une veuve l’épouse , le sauve et du service militaire (car elle paye un homme pour lui ) et du service divin , qui n’est guère meilleur. Us vont vivre heureux dans leur ferme entre Pernay et Embilloii.
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— La Lande noire achète encore le château des Ormes, le château de Chanteloup et le château de Leugny , voulant dépecer tous ces châteaux au très-grand profit du pays , et tous les biens qui en dépendent. On veàdra là des matériaux à bon marché, des terres fort cher. Plus de cinq cents maisons vont se refaire du débris de ces vieux dqnjons , depuis longtemps inhabités ou iohabitables. Plus de six mille arpents vont être cultivés par des propriétaires, au lieu de nonchalants fermiers. La bande noire fait beaucoup de bien. C’est une société infiniment utile, charitable, pieuse, qui divise la terre, et veut que chacun en ait, selon l’ordre de Dieu. Mais une autre bande vraiment noire, ennemie du partage, prétend que toute terre lui appartient, propriétaire universelle de droit divin ; acquiert tous les jours , De vend point ; bande la pire qui soit et la plus malfaisante , si on ne la connaissait.
— Quand Bonaparte reviendra, ou son fils que voilà tantôt grand , il ôtera les droits réunis , et ne lèvera d’argent que ce qu’il en faudra pour les dépenses publiques. 11 mariera les prêtres, car enfin ces gens-là ne se peuvent passer de femmes et ne s’en passent pas; cela fait du désordre. 11 avancera les soldats, nos enfants seront officiers. Nous élirons nos maires , nos juges ■ de paix ; ce sera le bon temps , qu’on attend depuis longtemps.
— Le maire de Véretz a battu le curé qui laisse danser, et en le battant lui a dit qu’il était mauvais prêtre; que sa messe ne I valait rien ; que chaque fois qu’il la disait , il commettait un sacrilège et recruciliait Jésus-Christ. Le curé est un vieillard de quatre-vingt-deux ans, instruit et sage; le maire, un jeune homme de trente ans, beaucoup plus occupé des filles que du sacriQce de la messe. Le soufflet qu’il a donné dans cette occasion parut tel aux témoins, qu’aucun prêtre, disent-ils , n’en a reçu de pareil depuis Boniface VIII. Le maire de Véretz n’a pas mis un gant de fer, comme fit l’ambassadeur pour souffleter ce pape au nom du roi son maître, mais du coup a jeté par terre le bonhomme, qui ne s’est pas relevé, garde encore le lit. Les apparences sont que Véretz ne dansera plus. '
— On a volé au Polonais deux mille francs qu’il amassait depuis qu’il est ici. Chacun le plaint. C’est un nomme doux, simple, bon, serviable comme tous ces déserteurs des armées
GAZETTE DG VtLI.ifi»..
étranjîères. Il y en a plusieurs établis liaiui nos environs, mariés , vivant bien , sans aucun regret du pays où le seigneur leur donnait la scblague, et leur vendait le bram^vin au prix qu’il voulait. Mauvais laboureurs la plupart , pom gouverner les chevaux ils n’ont point de pareils.
— La veuve Raillard , qui vend du vin aux bateliers, a une cave secrète que nous connaissons tous, mais que les commis ignorent. Elle en venait hier, sa clef dans une iiiain , dans l'autre une bouteille, quand les commis l’arrêtent audétcur des Ruaux . saisissent sa bouteille. Elle, d’un coup de ciel, la bri.se entre leurs mains. Tout le monde en a ri. L.a contrebamlc n’est point une chose qu’on blâme. Peu de gens aujourd’hui mettent dans un contrat le vrai prix de la vente. Le gouvernemcnl trompe, et qui le peut tromper est approuvé de tous. Il enseigne lui-même la fourbe , le parjure, la fraude et l’imposture. D'>ot empire si saint la moitié n'est fondée.
— Des gens ont conseillé au curé de ’Véretz , battu par le jeune maire, d’en demander justice, ayant preuves et témoins, il l’a
fait, il s’est plaint; les juges Ce curé est un de ceux de la
révolution; il prêta le serment, et même fut grandi vicaire constitutionnel, homme qui s’est assis dans la chaire empestée; il a contre lui toute sa robe. Tout ce qui pense bien le tient dûment battu, et applaudit au maire. Le procureur du roi, sans doute ignorant cela , d’abord prit fait et cause pour l’Église outragée; dans l’ardeur de son zèle, voulait couper le poing qui avait frappé l’oint; mais, averti depuis, il a changé de langage , trop tard; on ne lui pardonne pas d’avoir agi et fait agir la justice dans cette affaire , sans prendre le mot des jésuites. Messieurs les gens du roi , entre la chancellerie et la grande aumônerie , n’ont pas besogne faite , et sont en peine souvent. I.e préfet , mieux avisé, instruit d’ailleurs, guidé parie coadjuteur, les moines, les dé votes et les séminaristes, en appuyant .son maire, et criant anathème au prêtre de Baal , a montré qu’il entend la politique du jour. Les juges.... Comment faire contre un parti régnant.* Ils en eurent grand’houte, et, sortant de l’audience, ne regardaient personne après cette sentence. Ils ont, bien malgré eux, pauvres gens, en dépit de la clameur publique , des preuves, des témoins, condamné le plaignant aux frais et aux dépens. Le parti
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t'oulait plus, il voulait une amende, que messieurs de la justice ont bravenieut refusée. Le battu ne paye pas l’amende; c’est quelque chose, c’est beaucoup au temps où nous vivons. 11 n’en faut pas exiger plus , et ce courage aux juges pourra ne pas durer.
Le maire, ainsi vainqueur du prêtre octogénaire , après avoir battu, dans une seule personne, la danse et la révolution, se flatte avec raison des bonnes grâces du parti puissant et gouvernant. C’est une action d’éclat dont on lui saura gré, d’autant plus qu’ayant pour tout bien une terre qui appartient à M. le marquis de Chabrülant, bien d’émigré s’il faut le dire , il semblerait intéressé à se conduire tout autrement, et ne devrait pas être ami de la contre-révolution. Mais son calcul est lin ; il raisonne à merveille. .Se rangeant avec ceux qui le nomment voleur, il fait rage contre ceux qui le veulent- maintenir dans sa propriété; conduite très-adroite. Si ces derniers triomphent, la révolutSou demeure, et tout ce qu’elle a fait ; il tient le marquisat, se moque du marquis. Les autres l’emportant, il pense mériter non-seulement sa grâce et de n être pas pendu, mais récompense, emploi, et peut-être, qui sait? quelque autre terre coüüs(]uée sur les libéraux lorsqu’ils seront émigrés.
— Annonce. Paul-Louis vend sa maison de Peauregard, acquise par lui de David Pacot, huguenot, et pourtant honnête homme. La de/neure est Jolie; le site, un des plus beoux qu’il y ait en Touraine , romantique de plus , et riche en souvenirs. Le château de la Bourdaisière se voit à peu de distance. Là furent inventées les faveurs par Babeau; là naquirent sept sœurs, galantes comme leur mère, et célèbres sous le nom des Sept péchés mortels; une desquelles était Gabrielle, maîtresse de ce bon roi Henri, et de tant d’autres à la fois, féaux et courtois chevaliers. Par le seigneur lui- même, père des belles biles et mari de Babeau, cette terre fut nommée un clapier de p.t.... Vieux temps, antiques mœurs, qu’étes-vous devenus? On aura ces souvenirs par-dessus ie marché, en achetant Beauregard, voisin de la Bourdaisière.
On aura trente arpents de terre , vigne et pré , grande propriété sur nos rives du Cher, où tout est divisé, où se trouvent à peiiw deux arpents d’un tenant , susceptibles d’ailleurs de beaucoup augmenter en valeur ou en étendue, selon les chaucesde la guerre
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qui se fait maintenant en Espagne. Car si le Trappiste là-bas met l'inquisition à la place de la constitution , Beauregard aussitôt redevient ce qu'il était jadis, lief, terre seigneuriale, étant bâti pour cela. Tours, tourelles, colombier, girouette, rien n’y manque. Vol du chapon, jambage, cuissage, etc., nous en avons les titres. Pur le triomphe du Trappiste et leretourdu bon régime , la petite culture disparaît, le seigneur de Beauregard s’arrondit et s’étend , soit en achetant à bas prix les terres que le vilain ne peut plus cultiver, soit en le plaidant à Paris devant messieurs de la grand’chambre , tous parents ou amis des possesseurs de ûefs, soit par voie de conGscation, ou autres moyens inventés ou pratiqués du temps des moeurs. Toute la garenne de Beauregard , si Dieu favorise don Antonio Maragnon , tout ce qui est maintenant plantation, vigne, verger, clos , jardin, pépinière , se convertit en nobles laudes et pays de chasse à la grande béte , seigneurie de trois mille arpents, pouvant produire par aü quinze cents livres tournois, et ne payant nul impôt. Beauregard gagne en domaines, mouvances, droits seigneuriaux, par la contrerévolution.
Si sa Révérence, au contraire, était malmenée en £s|>agne, et pendue, ce qu’à Dieu ne plaise ! Beauregard alors est et demeure maison , terre de vilain , et à ce titre paye l’impôt ; mais la petite culture continuant sous le régime de la révolution , parle partage des héritages et le progrès de l’industrie , nos trente arpents haussent en valeur , croissent en produits tous les ans, et quelque jour peuvent rapporter trois, quatre , cinq et six mille francs, que bon nombre de gens préfèrent à quinze cents livres tournois, tout en regrettant peut-être les droits et les mille arpents honoriGques de chasse au loup. En somme, il n’y a point de meilleur placement, plus proGtable ni plus sôr, quoi qu'il puisse arriver ; car enGn , si faut-il que le Trappiste batte ou soit battu. Dans les deux cas , Beauregard est bon , et le devient encore davantage.
Pour plus amples renseignements, s’adresser à Paul-Louis vigneron, demeurant près ladite maison ou château, selon qu’il en ira de la conquête des Espagnes.
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