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menaçait de m’ôter mon état de garde particulier. Le préfet même daigna , et plus d’une fois , écrire aux juges contre moi. Les puissjfbces de Tours étaient coalisées pour écraser Blondeau.
Et l’occasion de tout cela , c’est qu’en effet j’avais parlé h M. le maire; grande imprudence assurément. Si j’eusse pu m’en dispenser! Mais le moyen? On avait volé quatre gros arbres dans nos bois ; et ces arbres , pour les saisir chez les voleurs assez connus, il me fallait non-seulement l’autorisation de M. le maire, mais sa présence, suivant la loi. Je fus le trouver, et le requis, mon procès-verbal 5 la main, de m’accompagner ; je lui lis lecture de la loi, le tout en vain: il refusa, et fut cause que liuit jours après on nous coupa vingt autres arbres choisis dans toute la forêt, les plus grands de tous , les plus beaux , et avec le même succès : et depuis, une autre fois encore... mais ce n’est pas de quoi il s’agit. Il refusa de m’accompagner , sans autre raison que son plaisir; et de là même prit prétexte de me faire un procès, de se plaindre, disant que je l’avais insulté. Quelle apparence ? je n'en fis que rire. Mais me voyant tant d’ennemis, que tous ceux qui pouvaient me nuire s’y employaient avec chaleur, j’eus recours à M. Courier. Je lui dis : Aidez-moi ; la chose vous regarde. Parlez , faites agir vos amis. Mais il me répondit : Mes amis sont à Rome , à Naples , à Paris, à Constantinople, à Moscou. Mes amis s’occupent beaucoup de ce que l’on faisait il y a deux mille ans , peu de ce qu’on fait à présent. S’il est ainsi, lui dis-je, qui me protégera, qui prendra ma défense? j’ai contre moi tout le monde.
Alors il me répond : Blondeau , que vous êtes simple ! Mettez le feu à mes bois , au lieu de les garder; et vous ne manquerez pas de protecteurs. Vous aurez pour appui tout ce qui pense bien dans le département. L’homme le plus méprisé, le plus vil , le plus abject de la province entière , a trouvé des amis , des parents , même parmi les magistrats de Tours, dès qu’il m’a voulu faire quelque mal; et pour avoir chassé ma femme de chez elle, il va recevoir de moi deux mille francs à titre de dommages et intérêts. Le fripon qui me vola , l’an passé , la moitié d’une coupe de bois, obtient de l’équité des juges un léger encouragement de huit cents francs, que je lui paye comme indemnité. Ces gensci aujourd’hui , sous la sauve garde de toutes les autorités, cou-
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pent mes plus beaux arbres, les serrent paisiblement chez eux; défense de les troubler. Demain ils me plaideront sur le vol qu’ils m’ont fait, et gagneront assurément. Faites comme eux; voYis serez favorisé de même. Si , au lieu de me piller, vous défendez mon bien, vous irez en prison; attendez-vous à cela.
Tout comme il l’avait dit , la chose est arrivée. Je fus jugé , ou , pour parler exactement, je fus condamné à un mois de prison, sans preuves, sans audition de témoins. Les témoins, vous le savez, n’ont été entendus que depuis, ici, devant vous, messieurs, après mon appel de la sentence rendue à Tours contre moi. A Tours, les juges n’ont pas voulu, sans doute de peur de scandale, examiner si j’avais dit : Allez vous promener, ou allez vous faire f..... ; question délicate, qui roulait sur la différence de/)rowie«er à l’autre mot. Il fut décidé, sur le seul procès-verbal de M. le maire, que je l’avais outragé; en conséquence, on me condamne à un mois de prison. Mes amis trouvent que j’en suis quitte à bon marché. Car il eût pu tout aussi bien mettre sur son procès-verbal que je l’avais volé ou tué; et vous voyez ce qui s’ensuivait, puisque sa parole fait foi, sans qu’il soit tenu de rien prouver.
Mais moi, je ne m'en crois pas quitte : ce qu’il n'a pas fait, il le fera. Déjà il répand le bruit que je l’ai menacé; déjà il l'a écrit de sa main , sur le registre de la commune. Bien plus, il l’a fait publier au prône de la paroisse. Oui, messieurs, au prône, un dimanche, par la voix du curé en chaire, tout le monde a été informé que Blondeau menaçait M. le maire. Cela vous étonne, messieurs. C’est que vous connaissez les lois : mais moi je connais M. le maire , et je sais qu’un mois de prison , mes travaux d’une année perdus, ma famille désolée, un procès qui me ruine, ce n’est pas vengeance pour lui. Ce qui m’étonne , moi, c’est de le voir agir avec tant de mesure, user de prévoyance, et même, avant la fin de cette affaire-ci , se ménager des preuves pour une accusation plus grave, comme s’il n’avait pas toujours ses procès-verbaux, qui sont parole d’Évangile pour messieurs les juges de Tours. Sitôt qu’il lui plaira d'avoir été frappé ou même assassiné, qui le contredira dans ses déclarations ? Craint-il qu’on ne s’avise d’examiner les faits? que le procureur dt> roi . le préfet, ne lui manquent au besoin, et qu’un
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jour res messieurs, ne pensant plus aussi bien, ne se fassent scrupule de perdre un malheureux, parce qu’il sert M. Courier! Et p«HS , si l’on voulait des preuves, des témoins, u’a-t-il pas ses fermiers, que vous l’avez vu, messieurs, amener ici dans sa voiture ; gens de bien comme lui , auxquels il codte peu de lever la main , jurer devant les magistrats? Enfin , les signatures peuvent-elles Jamais manquer à l’auteur d’un écrit qu’on va vous lire, messieurs? C’est l’original meme de la publication faite en chaire contre moi par M. le curé.
Par jugement rendu, te 5 mars dernier, au tribunal depo^ lice correctionnelle de Tours, Qarier- Blondeau, garde particulier, a été condamné à 30 francs d'amende, a la confiscation de son fusil à deux coups, et aux frais du procès, pour avoir porté des armes de chasse et chassé sans permis de port d armes.
Plus, à un mois d'emprisonnement , pour avoir menaxé et injurié M. le maire de Véretz.
Pour extrait conforme au jugement ,
Signé Bouksassé , commis greffier.
Pour copie conj'orme ,
DK Beau?»e, maire.
Je, soussigné, certifie avoir publié au prône de ma messe paroissiale, le dimanche 21 mars de la présente année 1819, les copies du jugement de P autre part, d'après C invitation qui m'en a été faite par M. de Beauive, maire de cette commune.
.Marchandeau , curé desservant de Têretz.
Voilà, messieurs, ce qu’a publié M. le curé dans la cftaire de vérité, ce qu'il a notlllé comme un acte autiientique aux habitants de la paroisse. Il n’y a de vrai néanmoins, dans cette piece écrite tout entière de la main de M. de Beaune, que sa seule signature : le reste se peut dire imaginé par lui, ou arrangé selon ses vues. Il n’est point du tout vrai que l’on m’ait condamné pour avoir menacé et injurié le maire. 11 n’est point vrai non pllis que ce soit là un extrait du Jugement rendu contre moi. Il est encore moins vrai que ce prétendu extrait ait été délivré par