‹ Œuvres de P.L. Courier précédées de sa vieChapitre 67 sur 141 · I.ES PASTOHALES DE LONGUS · texte numérisé non relu

I.ES PASTOHALES DE LONGUS

leur beauté devant Chloé, qui les jugea , et un baiser de Chloé fut le prix destiné au vainqueur ; là où Dorcon le premier parla : « Moi, dit-il, je suis plus grand que lui. Je garde les bœufs, « lui les chèvres; or, autant les bœufs valent mieux que les « chèvres, d’autant vaut mieux le bouvier que le chevrier. Je « suis blanc comme le lait , blond comme gerbe à la moisson , « frais comme la feuillée au printemps. Aussi est-ce ma mère, « et non pas quelque bête , qui m’a nourri enfant. 11 est petit a lui, chétif, n’ayant de barbe non plus qu’une femme, le corps « noir comme peau de loup. 11 vit avec les boucs, ce n’est pas « pour sentir bon. Et puis, chevrier, pauvre hère, il n’a pas ■ vaillant tant seulement de quoi nourrir un chien. On dit qu’il « a tété une chèvre; je le crois, ma fy, et n’est pas merveille « si , nourrisson de bique, il a l’air d’un biquet. »

Ainsi dit Dorcon ; et Oaphnis : « Oui, une chèvre m’a nourri, « de même que Jupiter; et je garde les chèvres , et les rends « meilleures que ne seront jamais les vaches de celui-ci. Je mène « paître les boucs, et si n’ai rien de leur senteur, non plus que « Pan , qui toutefois a plus de bouc en soi que d'autre nature. « Pour vivre , je me contente de lait , de fromage , de pain bis et « de vin clairet, qui sont mets et boissons de pâtres comme nous ; « et les partageant avec toi, Chloé, il ne me Soucie de ce que a mangent les riches. Je n’ai point de barbe , ni Bacchus non a plus; je suis brun, l’hyacinthe est noire; et si vaut mieux poura tant Bacchus que les satyres, et préfère-t-on l’hyacinthe au a lis. Celui-là est roux comme un renard, blanc comme une fille a de la ville, et le voilà tantôt barbu comme un boue. Si c’est a moi que tu baises, Chloé, tu baiseras ma bouche; si c’est lui, a tu baiseras ses poils qui lui viennent aux lèvres. Qu’il te sou* a vienne, pastourelle, qu’à toi aussi une brebis t’a donné son a lait, et cependant tu es belle. >» A ce mot, Chloé ne put le laisser achever; mais, en partie pour le plaisir qu'elle eut de s’entendre louer, et aussi que de longtemps elle avait envie de le baiser, sautant en pieds, d'une gentille et toute naïve façon, elle lui donna le prix. Ce fut bien un baiser innocent et sans art; toutefois c’était assez pour enflammer un cœur dans ses jeun» années.

Dorcon , se voyant vaincu , s’enfuit dans le bois pour cadier

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