‹ Œuvres de P.L. Courier précédées de sa vieChapitre 83 sur 141 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

« brillante mise au œuvre! comment ses joues sont colorées d'un « vif incarnat ! et cette bouche vermeille ornée de dents blanches « comme ivoire , quel est celui si insensible et si ennemi d’A* « mour, qui n’en désirât un baiser? J’ai mis mon amour en un « pâtre ; mais en cela j’imite les dieux. Anchise gardait les « bœufs, Vénus le vint trouver aux champs ; Branchus paissait ^ les chèvres, et Apollon l’aima ; Ganymède était berger, et Ju- « piter le ravit pour en avoir son plaisir. Ne méprisons point « un enfant auquel nous voyons les bêtes même si obéissantes; « mais bien plutôt remercions les aigles de Jupiter, qui souffrent O telle beauté demeurer encore sur la terre. »

Astyle à ces mots se prit à rire, disant qu’Amour, à ce qu’il voyait, faisait de grands orateurs, et depuis cherchait occasion d’en pouvoir parler à son père. Mais Eudrome avait écouté en cachette tout leur devis ; et étant marri qu’une telle beauté fût abandonnée à,cet ivrogne, outre ce que d’inclination il voulait grand bien à Daphnis, alla aussitôt tout conter et à lui-même et à Lamon. Daphnis en fut tout éperdu de prime abord , délibérant s’enfuir plutôt avec Chloé, ou bien ensemble mourir. Mais Lamon appelant Myrtale hors de la cour ; « Nous sommes pér- « dus, ma femme, lui dit-il ; voici tantôt découvert ce que nous n tenions caché. Deviennent ce qu’elles pourront et les chèvres « et le reste; mais, par les Nymphes et Pan, dussé-je, comme « on dit, rester bœuf à l’étable et ne faire plus rien, je ne me « tairai point de la fortune de Daphnis, ains déclarerai comment «* je l’ai trouvé abandonné, dirai comment je l’ai vu nourri, et « montrerai ce que j’ai trouvé quant et lui, afin que ce coquin n voie où s’adresse son amour. Prépare-moi seulement les « enseignes de reconnaissance. » Cela dit , ils rentrèrent tous deux.

Cependant Astyle, trouvant son père à propos, lui demanda permission d’emmener Daphnis à Mitylène, disant que c’était un trop gentil garçon pour le laisser aux champs , et que Gnathon l’aurait bientôt instruit au service de la ville. Le père y consentit volontiers; et faisant appeler Lamon et IMyrtale, leur dit pour bonne nouvelle que Daphnis, au lieu de garder les bêtes, servirait de là en avant son fils Astyle en la ville, et promit qu’il leur donnerait deux autres bergers au lieu de lui. Adonc, étant

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fà les autres esclaves accourus, bien joyeux d’avoir un tel compagnon, Lamon demanda congé de parler ; ce qui lui étant accordé , il parla en cette sorte : « Je te prie , mon maître, écoute « un propos véritable de ce pauvre vieillard ; Je jure les Nymphes « et le dieu Pan que je ne te mentirai d’un mot. Je ne suis pas le « père de Daphnis , ni n’a été ma femme Myrtale si heureuse que « de porter un tel enfant. Il fut exposé tout petit par des parents « qui en avaient possible assez d’autres plus grands. Je le trouvai * abandonné de père et mère, allaité par une de mes chèvres, « laquelle j'ai enterrée dans le jardin, après qu’elle fut morte de « sa mort naturelle, l’ayant aimée pource qu’elle avait fait œu- « vre de mère envers cet enfant. Je trouvai quant et quant des « joyaux qu’on avait laissés avec lui, pour une fois le reconnaî- <• tre. Je le confesse et les garde ; car ce sont marques auxquelles « on peut voir qu’il est issu de bien plus haut état que le nôtre. « Or, ne suis-je point marri qu'il serve ton fils Astyle, et soit à » l)eau et bon maître un beau et bon serviteur : mais je ne puis « du tout souffrir qu’on le livre à Guathon , pour en faire comme « d’une femme. »

'Lamon, ayant dit ces paroles, se tut, et répandit force larmes. Gnathon fit du courroucé en le menaçant de le battre; mais Dionysopbane, frappé de ce qu’avait dit Lamon, regarda Gnathon de travers, et lui commanda qu’il se tût ; puis interrogea derechef le vieillard , lui enjoignant de dire vérité , sans controuverdesmcnteries pourcuider retenir .son fils. Lamon, persistant dans son dire , attesta les dieux , et s’offrit à tout souffrir s’il mentait. Dionysopbane adonc examinant ses paroles avec Cléariste, assise auprès de lui : « A quelle fin aurait Lamon con- « trouvé ce récit, vu que pour un cbevrier on lui en veut donner « deux? Comment serait-ce qu’un rude paysan eût inventé tout « cela? Puis n’était-il pas visible qu’un si bel enfant n’avait pu « naître de telles gens? » Si pensèrent d’un commun accord que, sans y songer davantage ni tant deviner, il fallait voir les enseignes de reconnaissance, pour s’assurer si elles appartenaient, ainsi qu’il disait, à plus haut état que le sien. Myrtale les alla incontinent quérir dedans un vieux sac où ils les gardaient. Le premier qui les vit fut Dionysopbane; et dès qu’il aperçut le petit mantelet d’écarlate , avec une boucle d’or et le couteau à

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manche d’ivoire, il s’écria à haute voir : O Jupiter! et appela sa femme pour les voir aussi ; laquelle sitôt qu’elle les vit , s’écria semblablemeut : « O fatales déesses! ne sont-ce point là les joyaux « que nous mîmes avec notre enfant, quand nous l’envoyâmes « exposer par notre servante Sophroné? Il n’y a point de doute, « ce sont ceux-là mêmes. Mon mari , l’enfant est nôtre. Daphnis « est ton fils, et garde les chèvres de son propre père. »

Comme elle parlait encore, et que Dionysophane, jetant abondance de larmes de grande joie qu’il avait, baisait ces enseignes de reconnaissance, Astyle, ayant entendu que Daphnis était son frère, posa vitement sa robe, et s’en courut par le jardin, pour être le premier à le baiser. Daphnis , le voyant accourir vers lui avec tant de gens, et qu’il criait, Daphnis, Daphnis, pensant que ce fdt pour le prendre , jette sa flûte et sa panetière , et se met à fuir vers la mer pour se précipiter du haut du rocher; et possible Daphnis, par étrange accident, allait être aussitôt perdu que retrouvé, si Astyle, se doutant pourquoi il fuyait, ne lui eût crié de tout loin : « Arrête, Daphnis , n’aie point de « peur : je suis ton frère; tes maîtres sont tes parents; Lamon « nous a tout conté , nous a tout montré ; regarde seulement , vois « comme nous rions. Mais baise- moi le premier. Par les Nym- « phes , je ne te mens point. »

A peine s’arrêta Daphnis quand il eut ouï ce serment , et attendit Astyle, qui, les bras ouverts, accourait, et J’ayant joint, l’embrassa. Puis toute la maison, serviteurs, servantes, père, nîère, venus à leur tour, l’embrassaient , le baisaient. Lui de sa part leur faisait fête, mais sur tous autres à son père et à sa mère, et semblait qu’il les connût jà longtemps auparavant, tant les serrait contre son sein, et à peine se pouvait arracher de leurs bras. INalure se reconnaît d’abord. 11 en oublia un moment Chloé. Si le conduisirent au logis , et lui donnèrent une belle et riche robe neuve; puis, étant vêtu, fut assis auprès de son père, qui leur commença tel propos :

a Mes enfants, je fus marié bien jeune, et, après quelque « temps, devins père bien heureux, comme il me semblait pour « lors; car le premier enfant que ma femme fit fut un fils, le « second une fille, et le troisième fut Astyle. Je pensai que « trois me seraient suffisante lignée ; et venant celui-ci après tous ,

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« le fis exposer en maillot, avec ses bagues et bijoux, que je « croyais pour lui ornements funéraires plutôt que marques des- * tinées à le faire connaître un jour. Mais fortune en avait autre- « ment disposé. Car mon fils aîné et ma fille moururent de même B mal en mê.Tiejour; et toi, Dapbnis, par la providence des B dieux, tu nous as été conservé, afin que nous ayons plus de B support en notre vieillesse. Pourtant ne me bais point, mon B fils , de t’avoir fait exposer ; ainsi le voulaient les diedx. Et toi , B qu’il ne te fâche, Astyle, de partager ton héritage; car il n’est B richesse qui vaille un bon frère. Aimez-vous, ,nes enfants, B l’un l’autre; et quant aux biens, vous en aurez de quoi n’en- B vier rien aux rois. Je vous laisserai grandes terres, nombre de a gens habiles à tout, or, argent, et de toutes choses qu’ont les « hommes riches et heureux. Mais je veux que mon fils Daphnis B en son partage ait ce lieu-ci, et lui donne Lamon et Myrtale, a et les chèvres qu’il a gardées. »

Il parlait encore; et Daphnis, sautant en pieds soudainement: « Tu m’en fais souvenir, m()n père : je m’en vais mener boire » mes chèms, dit-il. Elles ont soif à cette heure, et attendent B pour aller boire le son de ma flûte, et je suis assis à ne rien « faire. » Chacun se prit à rire de voir Daphnis qui, devenu maître, voulait être encore chevrier. Ou envoya quelque autre avoir soin de ses chèvres, et puis ils sacrifièrent à Jupiter Sauveur, et firent un grand festin. Gnathon seul n’osa s’y trouver, mais demeurait jour et nuit dans le temple de Bacchus , comme un suppliant, pour la peur qu’il avait de Daphnis.

Le bruit incontinent s’étant épandu partout que Dionysophane avait retrouvé un sien fils, et que Daphnis, qui menait les chèvres aux champs, était devenu le maître et des chèvres et des champs, les voisins paysanè accoururent de toutes parts pour se conjouir avec lui , et faire des présents à son père, et Dryas tout des premiers, le nourricier de Chloé. Dionysophane les retint tous pour la fête , ayant fait d’avance préparer force pain , force vin , du gibier de toute sorte, des gâteaux au miel à foison , veaux et petits cochons de lait, et victimes à immoler aux dieux protecteurs du pays.

Et lors Daphnis amassa tous ses meubles de chevrier, dont il lit présent aux dieuxi consacrant sa panetière et sa peau de chèvre

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à Bacchus, à Pan sa flûte, sa houlette aux Nymphes avec ses sébiles à traire , qu’il avait lui-méme faites. Mais , tant est plus douce que richesse une première accoutumance, il ne pouvait sans pleurer laisser aucune de ces choses. Il ne suspendit ses sébiles qu’après y avoir trait ses chèvres , ni ne donna sa flûte à Pan qu’il n’en eût joué encore une fois, ni sa peau de chèvre à Bacchus qu’après se l’étre vêtue; et chaque chose qu’il donnait, il la baisait premièrement. Il dit adieu à ses chèvres; il appela ses boucquins l’un après l'autre par leur nom ; il but aussi à la fontaine où tant de fois il avait bu avec sa Chloé; mais il n’osait encore parler de leurs amours.

Or, cependant qu’il entendait aux offrandes et sacrifices, voici qu’il avint de Chloé. Seulette aux champs, elle était assise à garder ses moutons, disant comme pauvre délaissée : « Daphnis « m’oublie; maintenant il songe à quelque riche mariage. Pour- « quoi lui ai-je fait jurer, au lieu des Nymphes, ses chèvres? Il « les a oubliées aussi , et même en sacrifiant aux Nymphes et à V. Pan , n’a point désiré voir Chloé. Il aura trouvé chez sa mère « les servantes mêmes plus belles. Adieu donc, Daphnis. Sois « heureux ; mais moi je ne saurais plus vivre. »

Elle étant en cette rêverie, le bouvier Lampis , aidé de quelques autres paysans, la vint enlever, croyant que Daphnis ne devait plus l’épouser, et que Dryas , quand une fois elle serait entre ses mains, consentirait qu’elle lui demeurât. La pauvrette, comme on l’emportait , criait tant qu’elle pouvait ; et quelqu’un , qui vit cette violence , s’encourut avertir Napé, et elle Dryas, et Dr}'as Daphnis , lequel, à peine qu’il ne sortît du sens, n’osant recourir à son père, et ne pouvant néanmoins laisser Chloé sans secours, si s’en alla dans le jardin, et là faisait ses plaintes tout seul : « O malheureux que je suis d’avoir retrouvé mes parents! « Combien m’eût été meilleur de garder toujours les bêtes aux « champs! combien plus étais-je content quand j’étais serf avec « Chloé! Alors je la voyais, alors je la baisais ; et maintenant <t Lampis l’a ravie, et s’en va avec; et quand la nuit sera venue, « il se couchera avec elle , pendant que je suis ici à boire et « faire bonne chère. .T’ai donc en vain juré mes chèvres, le dieu « Pan, et les Nymphes. »

Or Gnathon, qui était caché dedans la chapelle du verger,

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entendit clairement ces complaintes de Daphnis ; et pensant que c’était une bonne occasion pour faire sa paix avec lui , prit quelques jeunes valets d’Astyle , et s’en alla après Drvas , lui disant qu’il les conduisît en la maison de Larapis, ce qu’il fit; et diligentèrent si bien, qu’ils surprirent Lampis ainsi comme il ne faisait que d’entrer en son logis avec Chloé, laquelle il lui ôta d’entre les mains à force, et dola très-bien les épaules de tous les rustauds qui lui avaient aidé à faire ce rapt, à grands coups de bâton; puis voulut prendre et lier Lampis, pour l’amener prisonnier ; mais il se sauva de vitesse.

Gnathon, ayant fait un tel exploit, s’en retourna qu’il était jà nuit toute noire , et trouva Dionysophane jà couché en son lit dormant. Mais le pauvre Daphnis veillait , et était encore dedans le verger, où il se déconfbrtait et pleurait : si lui amena Chloé , et la lui livrant entre ses mains , lui conta comme il avait fait , le priant de ne se vouloir souvenir en rien du passé, mais l’avoir pour sien serviteur, ni le débouter de sa table , sans laquelle il lui serait force de mourir de male faim. Daphnis, la tenant de Gnathon , fut facile à faire appointement avec lui , et envers elle s’excusa de ce qu’il pouvait sembler l’avoir oubliée; et de commun consentement furent d’avis de ne point encore déclarer leur mariage; que Daphnis continuerait de voir Chloé en secret, et ne découvrirait son amour qu’à sa mère. Mais Dryas ne le permit point, ains le voulut dire lui-même au père de Daphnis, se faisant fort de lui faire bien accorder. Si prit le lendemain, aussitôt qu’il fut jour, les enseignes de reconnaissance qu’il avait trouvées avec Chloé, et s'en alla devers Dionysophane, qu’il trouva dans le verger, assis avec Cléariste et leurs deux enùints, Astyle et Daphnis; si leur commença à dire : « Même nécessité O me contraint de vous déclarer un secret tout pareil à celui de <« Lamon , c’est que je n’ai engendré ni nourri le premier cette « jeune fille Chloé : autre que moi l’a engendrée; une brebis l’a « allaitée dedans la caverne des Nymphes , où enfant elle fut « exposée. Je la vis : ébahi, je la pris, l’emportai, et depuis « l’ai nourrie et élevée. Sa beauté même le témoigne , car elle « ne tient en rien de nous ; aussi font les marques et enseignes « que je trouvai avec elle, plus riches que ne porte létat duo « pauvre pâtre. Voyez-les . et nuis cherchez ses vrais parents ,

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• si à l’aventure elle serait point sortable pour femme à Da- « phnis. »

Dryas ne jeta point sans dessein cette parole, ni Dionysophane ne la reçut en vain ; mais, prenant garde au visage de Daphnis, et le voyant changer de couleur et se détourner pour pleurer, connut bien incontinent qu’il y avait des amourettes entre eux deux; et étant soigneux de son flls plus que de la fille d’autrui, examina le plus diligemment qu'il put la parole de Dryas : et quand encore il eut vu les marques de reconnaissance qui avaient été exposées avec elle, c’est à savoir des patins dorés, deschausses brodées , et une coiffe d’or, adonc appela-t-il Chloé , et lui dit qu’elle fit bonne chère, pourco que jà elle avait trouvé un mari, et bientôt après trouverait son vrai père et sa mère.

Cléaristedès lors la prit avec elle, la vêtit et accoutra comme femme de son fils. Mais Dionysophane appela Daphnis à part, et lui demanda si elle était encore pucelle. Daphnis lui Jura qu’elle ne lui avait rien été de plus près que du baiser, et du serment par lequel ils avaient promis mariage l’un à l’autre. Dionysophane se prit à rire de ce serinent , et les fit tous deux dîner avec lui.

Là eût-on pu voir ce que c’est qu’ornernent à naturelle beauté ; car Chloé vêtue , et coiffée bien que de sa simple chevelure, et ayant lavé son visage, sembla à chacun si belle par-dessus le passé, que Daphnis même à peine la reconnaissait; et quiconque l’eût vue en tel état n’eût point fait doute d'affirmer par sennent qu’elle, n’était point fille de Dryas, lequel toutefois était à table comme les autres avec sa femme ISapé, et Lamon et Myrtale aussi , tous quatre sur un même lit.

Quelques jours après , on fit derechef des sacrifices aux dieux pour l’amour de Chloé , comme l’on avait fait pour Daphnis , et fit-on semblablement le festindesa reconnaissance ; et elle de son côté distribua ses meubles de bergerie aux dieux, sa flûte et les tirouers où elle tirait les brebis , et épaudit , dedans la fontaine qui était en la caverne des Nymphes, du vin , à cause qu'elle avait été trouvée et nourrie auprès d’icelle fontaine; et sema de chapelets et bouquets de fleurs la sépulture de la brebis que Dryas lui enseigna, et joua encore de sa flûte pour réjouir ses brebis, faisant prière aux Nymphes que ceux qui seraient trou-

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vés ses naturels parents fussent dignes d’étre alliés de Daphnis.

Après qu’ils eurent fait assez de fêtes et de bonne clière aux cliamps , ils délibérèrent de s’en retourner à la ville , afin de clierclier les parents de Cbloé, pour ne différer plus les noces : par quoi, dès le matin, firent trousser tout leur bagage, et donnèrent à Dryas encore autres trois cents écus, et à Lamon la moitié des fruits de toutes les terres et vignes qu’il tenait , les chèvres avec leurs chevriers , quatre paires de bœufs, des robes fourrées pour l’iiiver, et par-dessus tout cela la liberté à lui et sa femme Myrtale ; puis cheminèrent vers Mitylène , avec grand train de chevaux et de chariots.

Or, ce jour-là , parce qu’ils arrivèrent le soir bien tard , les autres citoyens de la ville n’en surent rien : mais le lendemain au plus matin , le bruit en étant couru partout , il s'assembla au logis de Dionysophane grande multitude d’hommes et de femmes ; les hommes pour s’éjouir avec le père de ce qu’il avait retrouvé son fils, mêmement’ après qu’ils eurent vu comme il était beau et gentil ; et les femmes pour s’éjouir aussi avec Cléariste de ce qye non-seulement elle avait recouvré son fils, mais aussi trouvé une fille digne d’être sa femme; car Chloé les étonna toutes, quand elles virent en elle une si parfaite beauté, qu’il n’était possible d’en avoir une plus belle. Bref, toute la ville ne parlait d’autre chose que de ce jeune fils et de cette jeune tille , et disait chacun que l’on n’eût su choisir une plus belle couple : si priaient tous aux dieux que la parenté de la fille fut trouvée correspondante à sa beauté. Il y eut plusieurs femmes de riches maisons qui souhaitèrent en elles-mêmes , et dirent : Plût aux dieux que l'on pensât assurément qu’elle fût ma fille!

Mais Dionysophane, après avoir quelque temps pensé à cette affaire, s’endormit sur le matin profondément; et en dormant lui vint un songe : il lui fut avis que les Nymphes priaient Amour de parfaireet accomplira la fin le mariage qu’il leur avait promis ; et qu’Amour, détendant son petit arc , et le jetant en arrière auprès de son carquois, commanda à Dionysophane qu’il envoyât le lendemain semondre tous les premiers personnages de la ville pour venir souper en son logis; et qu’au dernier cratère, il fit apporter sur table les enseignes de reconnaissance qui avaient été trouvées avec Chloé, et qu’il les montrât à tous

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