N'a-t-il pas dit lai-m6ne {Cljrmène^ Ter
n me faut du nouTeau, n*en fÛt-il point au monde ?
PREFACE. i5
an certain charme^ un air agréable qu^on peut donner à toutes sortes de sujets, même les plus sérieux.
Mais ce n^est pas tant par la forme que j'ai donnée à cet ouvrage qu'on en doit mesurer le prix, que par son utilité et par sa matièi*e ; car qu'y a-t-il de recommandable dans les productions de Tesprit, qui ne se rencontre dans l'apologue ? C'est quelque chose de si divin, que plusieurs personnages de l'antiquité ont attribué la plus grande partie de ces fables à Socrate, choisissant, pour leur servir de père, celui des mortels qui avoit le plus de communication avec les Dieux. Je ne sais comme ils n'ont point fait descendre du ciel ces mêmes fables S
I . Peut-être Tavaient-ils fait au contraire, à en juger par le panage suivant de Philostrate : t Ésope était berger, il faisait paître son troupeau près d'un temple de Mercure. Comme il aimait la science, il la demanda au Dieu. Beaucoup d'autres étaient venus faire la même demande à Mercure, déposant sur son autel soit de Tor, soit de l'argent, soit un caducée d'ivoire, soit quelque autre riche présent. Ésope n'était pas d^une condition à faire de telles offrandes, mais il était économe même de ce qu'il avait : il se bornait à verser en libation tout le lait d'une chèvre, à porter au Difeu autant de miel qu'en pouvait tenir sa nuin, ou encore à lui of&ir quelques grains de myrte, quelques roses ou quelques violettes, a Est-il nécessaire, « 6 Mercure, disait-il, que je néglige mon troupeau pour te tresser a des couronnes ?» Le jour ûxé pour le partage de la science arriva. Mercure, comme le dieu de l'éloquence et du gain, dit à celui qui lui avait apporté les plus riches offrandes : a Je te ferai part de ma a science ; prends place parmi les orateurs. » Puis se tournant vers ceux qui étaient au second rang par leurs dons : a Toi, tu seras astroa nome; toi, musicien ; toi, poète héroïque; toi, poëte ïambique. » Le Dieu, malgré son habileté, distribua par mégarde toutes les sciences, et dans cette distribution il onUia Ésope. En ce moment, il lui revint à la mémoire que les Heures, qui l'avaient nourri aur le sommet de l'Olympe, quand il était au berceau, lui avaient conté une fable sur l'Homme et le Bœuf, où le Bœuf disait toute sorte de choses sur lui-même et sur la terre, et que cela lui avait fait désirer les bœufs d'Apollon. Alors il fit don à Ésope de Tart des fables, le seul qui restât en sa possession. « Reçois, lui dit-il, la première « chose que j*aie apprise, b C'est ainsi qu'Ésope fut doté de sa
et comme ils ne leur ont point assigné un dieu qui en eût la direction, ainsi qu'à la poésie et à Téloquence. Ce que je dis n*est pas tout à fait sans fondement, puisque, s'il m'est permis de mêler ce que nous avons de plus sacré parmi les erreurs du paganisme, nous voyons que la Vérité a parlé aux hommes par paraboles; et la parabole est-elle autre chose que l'apologue, c'est-à-dire un exemple fabuleux, et qui s'insinue avec d'autant plus de facilité et d'effet, qu'il est plus commun et plus familier ? Qui ne nous proposeroit à imiter que les maîtres de la sagesse, nous fourniroit un sujet d'excuse : il n'y en a point quand des abeilles et des fourmis sont capables de cela même qu'on nous demande.
C'est pour ces raisons que Platon^, ayant banni Homère de sa république, y a donné à Esope une place très-honorable. Il souhaite que les enfants sucent ces fables avec le lait ; il recommande * aux nourrices de les leur apprendre ; car on ne sauroit s'accoutumer de trop bonne heure à la sagesse et à la vertu. Plutôt que d'être réduits à corriger nos habitudes, il faut travailler à les rendre bonnes pendant qu'elles sont encore indifférentes au bien ou au mal. Or quelle méthode y peut contribuer plus utilement que ces fables? Dites à un enfant que Crassus, allant ' cotitre les Parthes, s'engagea dans
facilité pour Tarier les formes de ton art, et qu*il excella dans la composition des fables. » (Apollonius de Tynue^ sa vU^ ses voyagea^ ses prodiges^ par Pkilostrate^ traduit du grec par A. Chassaog, Paris, i86a, i toI. in-8«, p. 198.)
1 . Voyez le troisième liTre de la République (tome VI, p. 4i^ àe Tédition citée). Du reste, dans ce passage, qui est célèbre, Platon ne nomme ni Homère, ni Ésope; mais tout le monde, à commencer par Cicéron [de Republiea^ lib. /f^, apud Nonmm)^ Ta appliqué à Homère; et la seconde partie peut bien se rapporter en effet à Ésope,