‹ Œuvres de P.L. TchebychefChapitre 144 sur 374 · I. Voyez lirre III, fable t · texte numérisé non relu

I. Voyez lirre III, fable t

a. Dans la rëimpretaion de 1719 : « qa^au contraire »; et à la ligne siÛTante : c et que par conséquent ».

3. Yab. : et les conséquences. (1668, 1669, 1679, 1729.) Cette leçon est aoisi celle de Walckenaer.

J. OB xjk FomAin, i a*

i8 FABLES.

Tabrégé de ce qu^il y a de bon et de mauvais dans les créatures irraisonnables. Quand Prométhëe voulut former rhomme, il prit la qualité dominante de chaque bete : de ces pièces si différentes il composa notre espèce* ; il fit cet ouvrage qu'on appelle le Petit-Monde*. Ainsi ces fables sont un tableau où chacun de nous se trouve dépeint. Ce qu'eUes nous représentent confirme les personnes d*âge avancé dans les connoissances que Tusage leur a données, et apprend aux enfants ce qu*il faut qu^ils sachent. Comme ces derniers sont nouveauvenus dans le monde, ils n*en connoissent pas encore les habitants : ils ne se connoissent pas eux-mêmes. On ne les doit laisser dans cette ignorance que le moins qu^on peut : il leur faut apprendre ce que c*est qu'un lion, un renard, ainsi du reste; et pourquoi Ton compare quelquefois un homme à ce renard ou à ce lion. C^est à quoi les fables travaillent : les premières notions de ces choses proviennent d'elles.

J'ai déjà passé la longueur ordinaire des préfaces ; cependant je n'ai pas encore rendu raison de la conduite

I I . Dans TouTrage de M. Goigniaut sur les Religions de Pantifuité^ on peut Toir (tome IV, planche 60 a) la représentation d*un bas-relief, tiré d*un sarcophage romain, où Prométhée, formant la première femme, est entouré d'un taureau, d*un âne et d*im lièvre, qui expriment les qualités des divers animaux mêlées par le grand artiste au limon dont il forma ses créatures. — - Horace (livre I, ode xti, Ters i3-i6) fait aussi allusion à ce même mélange :

Fertwr Prometheus addere pr'meipi Limo eoaettts partiadam undtque Desectam^ et intani leonu Vîm stomaeho apposuUse nottro,

i. Ou Microcosme, « On appelle ainsi l'homme, comme étant un abrégé des merveilles du monde. » {^Dictionnaire de Furetière, 1690.)

de mon ouvrage. L'apolopie est composé de denx par*»

ties^ dont T^n p<^"t app^»!»!» r«»i^ ]p fiorp y^«*^ r&w*âi,

Le corps est la fab^/^j V?im*îi 1** iTf/^i»oli't^ jiwat/^»^ n'admet dans la fable que les animanx; il en exclut les hommes et les plantes*. Cette règle est moins de nécessité que de bienséance, puisque ni Ésope, ni Phèdre, ni aucun des fabulistes, ne Ta gardée, tout au contraire de la moralité, dont aucun ne se dispense. Que s'il m*est arrivé de le faire, ce n*a été que dans les endroits où elle n'a pu entrer avec grâce, et où il est aisé au lecteur de la suppléer. On ne considère en France que ce qui plaît* : c'est la grande règle, et pour ainsi dire la seule. Je n'ai donc pas cru que ce fût un crime de passer par-dessus les anciennes coutumes lorsque je ne pouvois les mettre en usage sans leur faire tort. Dû temps d'Ésope la fable étoit contée simplement; la moralité séparée, et toujours ensuite. Phèdre est venu, qui ne s'est pas assujetti à cet ordre : il embellit la narration, et transporte quelquefois la moralité de la fin au commencement. Quand il seroit nécessaire de lui trouver place, je ne manque à ce précepte que pour en observer un qui n'est pas moins important : c'est Horace qui nous le donne. Cet auteur ne veut pas qu'un écrivain s'opiniâtre contre l'incapacité de son esprit, ni contre celle de sa matière. Jamais, à ce qu'il prétend, un

I . Nous aTont Tainement cherché le passage d'Arbtote auquel la Fontaine reut faire allosion. Aristote parle de la fable an lirre II de la Rhétorique (chapitre xx), maia il n*y dit rien de l'excliuion dès hommes et des plantes.

3. c Tons les genres sont bons, dit Voltaire, hors le genre ennuyeux, s Ce mot, souTent cité comme un yers parce qu'il en a la mesure , se trouve dans la préface de V Enfant prodigué , vers la fin (tome IV, p. 939, édition de Beuchot). Voltaire lui-même le répète dans une lettre du x5 juillet 1768, adressée à Horace Walpole (tome LXV, p. i35).

%o FABLES.

homme qai veut réussir n'en vient jasque-li ; il aban-*

donne les choses dont il voit bien qu'il ne sauroit rien

faire de bon :

••.• Etqum Desperai iraetata nitescere passe relinquit^.

C'est ce que j'ai fait à l'égard de quelques moralités du succès desquelles je n'ai pas bien espéré.

n ne reste plus qu'à parler de la vie d'Ésope. Je ne vois presque personne qui ne tienne pour fabuleuse ceUe que Planude ' nous a laissée. On s'imagine que cet auteur a voulu donner à son héros un caractère et des aventures qui répondissent à ses fables. Gela m'a paru d'abord spécieux; mais j'ai trouvé à la fin peu de certitude en cette critique. Elle est en partie fondée sur ce qui se passe entre Xantus et Ésope : on y trouve trop de niaiseries. Et' qui est le sage à qui de pareflles choses n'arrivent point? Toute la vie de Socrate n'a pas été sérieuse. Ce qui me confirme en mon sentiment, c'est que le caractère que Planude donne à Ésope est semblable à celui que Plutarque lui a donné dans son Banquet des sept Sages^ c'est-à-dire d'un homme subtil, et qui ne laisse rien passer. On me dira que le Banquet des sept Sages est aussi une invention. Il est aisé de douter de tout : quant à moi, je ne vois pas bien pourquoi Plutarque auroit voulu imposer à la postérité dans ce traité-là, lui qui fait profession d'être véritable partout ailleurs, et de conserver à chacun son caractère. Quand cela seroit, je ne saurois que mentir sur la foi d'autrui : me croira-t-on moins que si je m'arrête à la

Page 1