‹ Œuvres de P.L. TchebychefChapitre 35 sur 374 · Mémoires de Trépoux^ juillet 1755, p · texte numérisé non relu

Mémoires de Trépoux^ juillet 1755, p

4. Elle dut être de celai de i658. La Fontaine écnTait à Jannart, le aS février i658 : « Nous avons résolu (sa femme et iui) d'aller incontinent après Pâques à Paris, pour accommoder notre af&Ltre » ; et le a6 mars suivant : 0 Tirai à Paris devant la fin du carême.... Bflie de la Fontaine ne veut pas faire à Paris un long séjour. » La Fontaine, en z658, logea chez Jacques Jannart, quai des Âugustins, nous Tavons pu constater dans trois actes, Tun du Il juin, les autres du ai et du i3 décembre i658. Loub Racine veut parler (cela est clair) d*un temps beaucoup moins ancien, où les deux époux se seraient encore trouvés ensemble à Paris. Ce ne fut pas en i658 que les deux sages conseillers de la Fontaine Tex-

SUR LA FONTAINE, xlv

s'en ^tait pas bien trcmvée. « Lorsque Mme de la Fontaine, dit Loois Racine^, ennuyée de ^ivre avec son mari, se fot retirée à Château-Thierry, Boileau et mon père dirent à la Fontaine qne cette séparation ne lui faisoit pas honneur, et l'engagèrent à faire un voyage à Château-Thierry, pour s'aller réconcilier avec sa femme. Il part dans la voiture publique, arrive chez lui, et la demande. Le domestique, qui ne le connaissoit pas, répond que Madame est au salut. La Fontaine va ensuite chez un ami qui lui donne à souper et à coucher, et le régale pendant deux jours. La voiture publique retourne à Paris ; Û s'y met, et ne songe plus à sa femme. Quand ses amis de Paris le revoient, ils lui demandent s'il est réconcilié avec elle : « Tai été pour la voir^ leur dit-il, mais je ne l'ai pas trouvée : elle étoit au salut. » Le domestique qui le prend pour un étranger est un assez bon trait de l'histoire du singulier ménage.

hortèrent à un rapprochement : Boileau avait alors vingt-deux ans, Racine dix-neuf.

I. Mémoires sur la vis Je Jean Racine^ au tome I det OEwres de /. Radne^ p. 3 98 et SsQ. — Ajoutons, pour amener la citation d*un sous-seing, d^un petit intérêt, un commentaire naïf : c'en est peut-être le lieu. Mile de la Fontaine ne put rester au salut pendant deux jours ; et si d'ailleurs la Fontaine, sans tarder, eût été la chercher à TégUse, il Ty aurait trouvée sans peine. Elle j avait une place que désigne la pièce suirante, produite dans Fin- Tentaire fait après le décès de son mari : c Je soussigné, cède et transporte à M. Pintrel, gentilhomme de la vénerie, demeurant à Château-Thierry, le droit et propriété, telle qu*il me peut appartenir, au banc, place et cabinet que j'ay dans Téglise de Chasteau- Thierry, sous le jubé, pour en jouir par luy, toutefois après le deceds de demoiselle Héricart ma femme, et ce pour des raisons et considérations qui sont particulières entre nous. — Fait à Chasteau-Thierry ce deuxiesme janvier mil-sîx-cent-soixante et seize. {Signé) Dm ul Foitaiix. » — A en croire une Leiire sur la Fontaine y insérée dans V Esprit des journaux (décembre 1774, p. x58x65), on n'aurait pas exactement raconté les circonstances de la visite manquée, afin d'y donner un tour plus piquant. Au sortir de sa maison, où il avait su que sa femme était au salut, la Fontaine avait rencontré un ami qui le força à venir souper. Un des convives exigea, à son tour, que, le lendemain, il dînât chez lui, à deux lieues de là. U y avait une conspiration pour s'amuser

XLvi NOTICE BIOGRAPHIQUE

Le soin qae prenait la F<HitaiDe d'éviter les rencontres avec sa femme, même encore au temps où tous deux avatent atteint Fâge qui doit laisser la sagesse reprendre son empire, était si bien connu de tout le monde, que Vergier pouvait lui en parler à lui-même dans la réponse qu'il faisait, en 1688, à une de ses lettres. U Y y comparait à Ulysse, à propos de ses aventures qui auraient mérité le nom d'Odyssée ; « Je ne trouverois, ajoutait-il, qu'une différence entre Ulysse et vous :

Ce héros 8*exposa mille fois au trépas ;

n parcounit les mers presque d'un bout à Tautre,

Pour chercher son épouse et rcToir ses appas.

Quel péril ne courriei-Tous pas,

Pour TOUS éloigner de la TÔtre?

Dans un ménage où l'union et la sagesse ont toujours manqué à ce point, les enfants semblent de trop. La Fontaine, k. qui, trop jalouses de lui, la Muse et la Rêverie ont, parmi leurs précieux dons, joué de bien mauvais tours, n'était pas plus fait pour la paternité que pour le mariage. Celui qui, avec les défauts de l'enfance, en a toujours gardé les grâces, ne paraît cependant avoir jamais connu l'amour des enfants. Il en faisait beaucoup trop franchement l'aveu. Lorsqu'il vit, à Chfitellerault, ce Pidoux dont la gaieté lui plaisait tant, il prit garde à tout dans sa maison, excepté à sa nombreuse progéniture, et il écrivait à sa femme : « De vous dire quelle est la famille de ce parent et quel nombre d'enfants il a, c'est ce que je n'ai pas remarqué, mon humeur n'étant nullement de

du bonhomme. Un nouvel amphitryon l'entrafaia à six lieues, sur la route de Paris. Un temps aflnnix surrint; pub il devait 7 avoir une assemblée solennelle à l'Académie. Une occasion s^ofirit pour le retour à Paris. La Fontaine dut en profiter, bien qu'à regret. Le signataire de la lettre tenait ces détails d'une petite^ fille de la Fontaine. Naturellement elle plaidait les circonstances atténuantes. C'était elle qui disait que son grand-père avait toujours aimé sa fenmie, laquelle était a très-douce, très-honnéte, spirituelle et jolie. » Au fond, l'anecdote est confirmée par cette explication. Ce qu'il y faut surtout remarquer, c'est que le mémorable voyage à Château-Thierry aurait eu lieu lorsque la Fontaine était déjà de l'Académie, où il n'entra qu'en 1684.

SDR LA FONTAINE. xlvii

m'arrêter à ce petit peuple ^ » Beaucoup plus tard il n'avait pas change d'humeur, et s'écriait dans une de ses fables * :

Toi donc, qui qae tu sois, à père de famille, Et je ne t'ai jamais enTië cet honneur....

Il avait fini par beaucoup oublier que, sans l'envier, U l'avait eu. Cette paternité est de i653 '. On trouve, pour le fik qui lui naquit alors, un tout petit souvenir dans la première des lettres à sa femme. Le petit Charles de la Fontaine avait dix ans : « Faites bien mes recommandations à votre marmot, et dites-lui que peut-être j'amènerai de ce pays-là [du Limousin) quelque beau petit chaperon pour le faire jouer et lui tenir compagnie*. » Nous ne croyons pas que les recommandaiions du père doivent s'entendre de ses exhortations à la sagesse (il n'aurait eu garde), mais de ses civilités, qui sont ici assez plaisantes. S*il a la politesse, à la fin de sa lettre, de penser un peu au marmot, n'est-il pas trop probable qu'il y pensait encore plus aux ce chaperons de drap rose sèche sur des cales de velours noir', » c'est-à-dire aux jeunes limousines, dont il eût volontiers ramené au logis quelque échantillon?

Que la Fontaine se soit en aucun temps beaucoup occupé de son filsy il n'est pas facile de le croire. Si l'on s'en rapporte à Blathieu Marais, il avait laissé à François de Maucroix le soin de l'élever*. Peut-être ne s'agit-il que de quelques leçons données à l'écolier par le chanoine de Reims. Saîis dire que

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