‹ Œuvres de P.L. TchebychefChapitre 85 sur 374 · I. Fans, 1681, % vol. iii · texte numérisé non relu

I. Fans, 1681, % vol. iii

SUE LA FONTAIIIB. ozxtit

I«po€iiMda<^iilMfKliM8enftiiiiefiuitaiiiein^ sH

n'avait Àë demandé à la Fontaine par k dochease de BooilkNiiy ffà il fut âédié ;

C*ett pour toos obéir, et non point par mon choix, Qa'à dei tnjets profonds j^occupe mon génie.

Il disait sans doute tout bas : à des sojets d'un profond ennui; mais un désir de la belle duchesse était un ordre. L'Anglais Talbot (ou Tab€r) avait réoeomieiit apporté son remède en France, avec la recommandation de la duchesse de Masarin. Cette dernière circonstance rendait asses naturel que la sœur d'Hortense Mandni portât au quinquina un vif intérêt ; il aurait peut-être même su£B pour elle que la mode y fât. La Fontaine invoque la duchesse de Bouillon, au début de son oenvre, pour qu'eUe la favorise :

Empêches qa*on ne die

Que met Tert tons le poids langoiront abattus/

Ce qu'elle n'aurait pu empêcher, si Molière eût encore été là, c'eût été qu'il ne se moquât de la Fontaine avec sa poésie médicale, où il étalait, comme un docteur de Pourceaugnae^ les doctrines de Galien sur la fièvre et la science puisée dans un livre de son ami, le médecin François Monginot. Deux chants sur un tel sujet, quel pensum beaucoup plus dur que celui dont Port-Royal l'avait naguère chargé] Aussi, à la fin du premier chant, paralt-il bien las :

Allons quelques moments dormir sur le Parnasse.

Le voilà bien avec son assoupissement, qui devançait celui du lecteur. Au milieu de ce sonuneil, qu'il ne faut pas prendre au figuré, comme celui du bon Homère, il s'est acquitté de son labeur en conscience, mais malgré Bfinerve et malgré les Grâces. Il y a cependant, lorsqu'il arrive à sa dernière page, une petite fable sur Jupiter et les deux Tonneaux qm nous réveille en même temps que le poète. Sans que ce soit un de ses meilleurs apologues, on y reconnaît sa plume.

Ces très-petits faits de l'histoire de ses ouvrages nous ont arrêtés devant les portes de l'Académie auxquelles nous avons dit qu'il vint frapper quelques années après que la seconde

czziY NOTICE BIOGRAPHIQUE

de 868 grande8 piiblication8 de fables eat mis le sceau à sa renommée. Il avait tente, dit-on', une première candidature, quand fut ouverte la succession de Gotin, en jauger 1682. Il y renonça sans doute, ayant trouvé un concurrent trop redoutable dans Tabbé de Dangeau, qui avait sur lui l'avantage d'être lecteur du Roi et de rendre, dans cette charge, de grands services aux gens de lettres. La [^ace de Gotin ne fut pas longtemps à disputer, puisque Dangeau fut reçu le a 6 février 1681. La mort de Golbert (6 septembre i683) parut offrir une occasion plus favorable. La Fontaine, qui n'aimait pas plus qu'il n'était aimé de lui le sévère ministre, un des prindpauz auteurs de la disgrâce de Foucquet, s'était mis cependant en règle avec lui dans son poème du Quinquina^ où il a célébré ses louanges, promettant même d'y trouver un jour une digne matière de ses chants. Il n'en fit pas moins, à l'occasion de sa mort, une épigramme contre lui, plus sincère que les vers où il l'avait encensé; mais il ne la rendit certainement pas publique ; et d'ailleurs l'Académie n'a jamais exigé qu'on fût grand admirateur de l'Immortel dont on brigue la succession : il suffit que, dans son compliment, le récipiendaire ne lui marchande pas trop le panégyrique funèbre. Ce ne fut donc pas de ce côté que vinrent les difficultés auxquelles se heurta la nouvelle candidature de la Fontaine.

Le Roi désirait alors que Boileau entrât à l'Académie, que lui avaient jusque-là fermée les haines soulevées par ses satires. La Fontaine alla demander à son ami, dit Louis Racine*, « s'il seroit son concurrent. Boileau l'assura que non, et ne fit aucune démarche. » Mais il eut des amis qui en firent contre notre poète. Le jour où l'on délibéra sur l'élection, l'acadénû-

I. OEu»res it la Fontaine^ Parif, 1877, i vol. grand in-8*. liOro^ ^aetiom par Edouard Fournier, p. xxxix. M. Foumier y cite, à Pappui, une lettre de la Monnoye. — Fnretière, dont le témoignage contemporain, n'était sa partialité haineuse, aurait de Tan^ toritë, fait remonter plus haut la brigue académique de la Fontaine, c Cest, dit-il, parknt de ses contes, ce qui Ta longtemps éloigné de rAcadëmie, dont il a brigué une place pendant sept années » [Second faetum^ p. agi et 293).

1. Mémoires sur la pm tU Jean Racine^ tome I des OSupres dt /. Racine^ p. a8o.

Sn& LA FONTAINK. czzt

den Rofie, secrëtam du Roi, dont il croyait sans doute, en boa courtisan qu'il ëtait, ne fias contrarier les intentions, jeta sur la table de la salle des séances un volume des Contes de la Fontaine^ puis, s'apercevant qu'il n'avait pas produit grand effet, dit avec dépit : « Je vois bien, Messieurs, qu'il vous faut un Bfarot. » Le président Rose était plaisant; et c'était évidemment un maraud qu'il voulait dire. Bensserade, qui, pour les jeux de mots, n'était jamais en reste, répliqua : « et à vous une marotte. » La bouffonnerie de Rose, ainsi comparée à celle d'un fou du Roi, se trouvait bien payée, argent comptant. Le scrutin par billets fut ouvert. La Fontaine eut seize suffrages, Boileau sept. Dans le scrutin par ballottes, où il y eut encore vingt^trois votants, notre poète ne gagna pas de suffrages; il y eut contre lui sept boules noires; et comme la règle était que, s'il se tixmvait de celles-ci un nombre égal au tiers de celui des votants, le candidat était à jamais exclu *, la Fontaine l'aurait été, s'il y avait eu une boule noire de plus. U avait échappé à ce danger et était élu par les seiae boules blanches du premier scrutin par ballottes, qui n'était, comme on va dire, qu'une épreuve préliminaire. Rien n'était fini. « L'Académie, dit d'Olivet', par un ancien statut..., ne peut recevoir personne qui ne soit agréable au Protecteur.... L'ordre est qu'il y ait deux scrutins* : l'un pour déterminer à la pluralité des suffrages quel sujet elle proposera au Protecteur ; l'autre pour consonmier l'élection, après que le Protecteur a répondu en &veur du sujet proposé. 3» *

Le Protecteur fut mécontent de l'échec de Boileau, k qui il avait dit : « Je veux que vous soyez de l'Académie, » mécontent aussi du choix qu'on avait fait de l'auteur des Contes, Hus que jamais ces badinages grivois l'indisposaient contre la Fontaine, sa conscience étant devenue scrupuleuse. Lorsque le directeur de l'Académie, Jean Doujat, alla lui demander

I. Voyez d*Alembert, Histoire des membres Je t Académie fran» foise^ tome V, p. 388, à la note.

s. Histoire de P Académie , p. 3o et 3i.

3. Il y en STuit réellement trois, le scrutin par billets, les deusr scrutins par ballottes. D*01iyet ne compte que ceux-ci.

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son agrAnènt pour Pâection faite par la Compagnie, il répondit : « Je sais qa'il y a en da bruit et de la cabale dans l'Acadteie. » Donjat assara qne tout s'ëtait passe dans les formes ; mais le Roi coupa court, en disant : « Je ne suis pas encore détermine; je ferai savoir mes intentions à TAcadëmie*. » Tout demeura donc en suspens.

Le pauvre k Fontaine était bien embarrassé de ses Contes. Il avait, au témoignage de Charles Perrault*, écrit avant l'élection, à un prélat académicien, qu'il les regrettait et n'y reviendrait plus. Quand 0 connut le déplaisir persistant du Roi, il tenta de se le rendre plus favorable. Il fit une ballade* où il vanta en beaux vers les grandes actions de son règne et dont le refrain était :

L*éTénement n*en peut être qa*beureux.

Voici quel en fut ¥ Envoi ^ que Mme de Thianges se chargea de commenter en le lisant au Roi :

Cedoux penser, depuis un mois ou deux, Console un peu mes Muses inquiètes.

Quelques esprits ont blâmé certains jeux, Certains récits qui ne sont que sornettes. Si je déftre aux leçons qu^ils m'ont faites, Que Teut-on plus? Soyez moins rigoureux, Plus indulgent, plus farorable qu'eux ; Prince, en un mot, soyes ce que vous êtes.

L^évâiement n'en peut être qu'heureux.

Pour qu'il le devint, pour que Louis XIV fût désarmé, il fallut l'élection de Boileau. L'académicien Bezons étant mort e 12 mars 1684, il y eut un nouveau fauteuil à donner. Au premier scrutin, qui eut lieu le i5 avril, pour l'élection de Boileau, celui-ci obtint l'unanimité des suffrages, unanimité vraiment royale. Le 20, on rendit compte du vote à Louis XIV, qui déclara que « ce choix lui étoit trèsHigréable et seroit généralement approuvé. Vous pouvez, ajouta-t^il^ recevoir incea-

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